Buffon's 'Histoire Naturelle'Les «Variétés dans l’espèce humaine» de G.L.L. Buffon
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pp 370-402 pp 403-435 pp 436-468 pp 469-501 pp 502-530
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size; and, in general, all their features are tolerably regular. They have black, long, and straight hair; and the men would have beards did they not pluck them out: their colour is tawny and their eye-brows are as black as jet. [499][500]
     These people are not the only natives of this Isthmus, for we find among them men who are white; but their colour is not the white of Europeans, but rather resembles that of milk, or the hairs of a white horse. Their skin is covered with a kind of short and whitish down, which on the cheeks and forehead is not so thick but the skin may be seen. The hair upon their head and eye-brows is perfectly white; the former is rather frizled, and from seven to eight inches long. They are not so tall as the other Indians; and, what is singular, their eye-lids are of an oblong figure, or rather in the form of a crescent, whose points turn downwards. So weak are their eyes, that they cannot support the light of the sun, and they see best by that of the moon. Their complexion is exceedingly delicate. To all laborious exercises they are averse; they sleep through the day, and never stir abroad till night. If the moon shines, they scamper through the forests as nimbly as the others can in the day. These men do not

form

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dans l’histoire de l’Académie, j’ai vû moi-même l’un des deux, & on assure qu’il s’en trouve un assez grand nombre en Afrique parmi les autres Nègres*. Ce que j’en ai vû, indépendamment de ce qu’en disent les voyageurs, ne me laisse aucun doute sur leur origine; ces Nègres blancs sont des Nègres dégénérez de leur race, ce ne sont pas une espèce d’hommes particulière & constante, ce sont des individus singuliers qui ne font qu’une variété accidentelle, en un mot, ils sont parmi les Nègres ce que Wafer dit que nos Indiens blancs sont parmi les Indiens jaunes, & ce que sont apparemment les Chacrelas & les Bedas parmi les Indiens bruns: ce qu’il y a de plus singulier, c’est que cette variation de la Nature ne se trouve que du noir au blanc, & non pas du blanc au noir; car elle arrive chez les Nègres, chez les Indiens les plus bruns, & aussi chez les Indiens les plus jaunes, c’est-à-dire, dans toutes les races d’hommes qui sont les plus éloignées du blanc, & il n’arrive jamais chez les blancs qu’il naisse des individus noirs: une autre singularité, c’est que tous ces peuples des Indes orientales, de l’Afrique & de l’Amérique, chez lesquels on trouve ces hommes blancs, sont tous sous la même latitude; l’isthme de Darien, le pays des Nègres & Ceylan sont absolument sous le même parallèle.  Le blanc paroît donc être la couleur primitive de la Nature, que le climat, la nourriture & les mœurs altèrent & changent, même jusqu’au jaune, au brun ou au noir, & qui reparoît dans de

* Voyez la Vénus physique. Paris, 1745.

certaines

NATURAL HISTORY. 323

form a particular and distinct race, as it sometimes happens, that from parents who are both of a copper-colour one of these children is produced. [500][501] Wafer, who relates these facts, says, that he saw a child, not a year old, who had been thus produced.
     If this were the case, the strange colour, and temperament of these white Indians, can only be a kind of malady, which they inherit from their parents. But if, instead of being sprung from the yellow Indians, they formed a separate race, then would they resemble the Chacrelas of Java, and the Bedas of Ceylon, whom we have already mentioned. If, on the other hand, these white people are actually born of copper-coloured parents, we shall have reason to believe, that the Chacrelas and the Bedas originate also from parents of the same colour; and that all the white men, whom we find at such distances from each other, are individuals who have degenerated from their race by some accidental cause.
     This last opinion, I own, appears to me the most probable; and had travellers given us as exact descriptions of the Bedas and Chacrelas, as Wafer has done of the Dariens, we should, perhaps, have discovered that they

were

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certaines circonstances, mais avec une si grande altération, qu’il ne ressemble point au blanc primitif, qui en effet a été dénaturé par les causes que nous venons d’indiquer.
     En tout, les deux extrêmes se rapprochent presque toûjours, la Nature aussi parfaite qu’elle peut l’être, a fait les hommes blancs, & la Nature altérée autant qu’il est possible, les rend encore blancs; mais le blanc naturel ou blanc de l’espèce est fort différent du blanc individuel ou accidentel; on en voit des exemples dans les plantes aussi-bien que dans les hommes & les animaux, la rose blanche, la géroflée blanche, &c. sont bien différentes, même pour le blanc, des roses ou des géroflées rouges, qui dans l’automne deviennent blanches, lorsqu’elles ont souffert le froid des nuits & les petites gelées de cette saison.
     Ce qui peut encore faire croire que ces hommes blancs ne sont en effet que des individus qui ont dégénéré de leur espèce, c’est qu’ils sont tous beaucoup moins forts & moins vigoureux que les autres, & qu’ils ont les yeux extrêmement foibles; on trouvera ce dernier fait moins extraordinaire, lorsqu’on se rappellera que parmi nous les hommes qui sont d’un blond blanc, ont ordinairement les yeux foibles, j’ai aussi remarqué qu’ils avoient souvent l’oreille dure: & on prétend que les chiens qui sont absolument blancs & sans aucune tache, sont sourds, je ne sais si cela est généralement vrai, je puis seulement assurer que j’en ai vû plusieurs qui l’étoient en effet.

Les

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were no more of European origin than the latter. This opinion receives great weight from the fact that negroes sometimes have white children.1 [501][502] Of two of those white negroes we have a description in the history of the French Academy; one of the two I saw myself, and am assured there are many to be met with among the other negroes of Africa.
     From what I have myself observed, independent of the information of travellers, I have no doubt, but that they are only negroes degenerated from their race, and not a peculiar and established species of men. In a word, they are among the negroes, what Wafer says, the white Indians are among the yellow Indians2 of Darien, and what the Chacrelas and the Bedas are among the brown Indians3 of the East. Still more singular is it that this variation never happens but from black to white, and also that all the nations of the East Indies, of Africa, and of America, in which these white men are found, are in the same latitude. The isthmus of Darien, the country of the negroes, and Ceylon, are absolutely under the same line. White then appears to be the primitive4 colour of Nature, which climate, food, and manners, alter, and even change into

1 Albinos. Buffon is correct in comparing the “Chacrelas” of Java, who must have presented the same anomaly, with them but not the Bedas of Ceylan who are a particular ethnic group. It can be supposed that in the Panama Isthmus, as in Java, the natives forced all the individuals who exhibited this anomaly to live on the margin of the community. Voltaire, it is known, for his part, persisted in making the albinos or White Moors a “race,” in the same right as Whites, Negroes, Hottentots, Lapps, Chinese, and Americans... In contrast, Buffon’s explanation was adopted by De Pauw, in his Recherches philosophiques sur les Américains, 4th part, section I: “‘Blafards’ and White Negroes.” De Pauw likewise joined Darien’s “Blafards,” Africa’s Albinos or Dondos, and Asia’s Kakurlackos. The word “Chacrelas” is a distortion from the Malay “Kackerlake.” [Duchet 303n119]
2 American natives. [Meijer]
3 Asians. [Meijer]
4 In the eighteenth century, the word “primitive” meant “primordial,” “first,” or “original.” [Meijer]

yellow,

504 HISTOIRE NATURELLE

     Les Indiens du Pérou sont aussi couleur de cuivre comme ceux de l’Isthme, sur-tout ceux qui habitent le bord de la mer & les terres basses, car ceux qui demeurent dans les pays élevez, comme entre les deux chaînes des Cordillères, sont presque aussi blancs que les Européens; les uns sont à une lieue de hauteur au dessus des autres, & cette différence d’élévation sur le globe fait autant qu’une différence de mille lieues en latitude pour la température du climat. En effet, tous les Indiens naturels de la terre ferme, qui habitent le long de la rivière des Amazones & le continent de la Guiane, sont basanez & de couleur rougeâtre, plus ou moins claire: la diversité de la nuance, dit M. de la Condamine, a vrai-semblablement pour cause principale la différente température de l’air des pays qu’ils habitent, variée depuis la plus grande chaleur de la zone torride jusqu’au froid causé par le voisinage de la neigea. Quelques-uns de ces Sauvages, comme les Omaguas, aplatissent le visage de leurs enfans, en leur serrant la tête entre deux planchesb; quelques autres se percent les narines, les lèvres ou les joues, pour y passer des os de poissons, des plumes d’oiseaux & d’autres ornemens; la plûpart se percent les oreilles, se les agrandissent prodigieusement, & remplissent le trou du lobe d’un gros bouquet de fleurs ou d’herbes qui leur sert de pendans d’oreillesc. Je ne dirai rien de ces Amazones

a Voyez le voyage de l’Amérique méridionale, en descendant la rivière des Amazones, par M. de la Condamine. Paris, 1745, page 49.
b Idem, page 72.
c Idem, page 48 & suivantes.

dont

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yellow, brown, or black; [502][503] and which, in certain circumstances, reappears, though by no means equal to its original whiteness* on account of its corruption from the causes here mentioned.
     Nature, in her full perfection, made men white; and, reduced to the last stage of adulteration, she renders them white again. But the natural white is widely different from the individual, or accidental white. In plants, as well as in men and animals, do we find examples of this fact. The white rose, &c. differs greatly in point of whiteness from the red rose, which becomes white by the cold evenings and frosty chills of autumn.
     A further proof that these white men are merely degenerated individuals, is their being less strong and vigorous than others, and their eyes being extremely weak. The fact will appear less extraordinary, when we recollect, that, among ourselves, very fair men have very weak eyes, and that such people are often slow of hearing. It is pretended that dogs absolutely white, are deaf. Whether the observation is generally just, I know not, but in a number of instances I have seen it confirmed.

* Meaning “primitive” in the eighteenth-century meaning. [Meijer]

The

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dont on a tant parlé, on peut consulter à ce sujet ceux qui en ont écrit; & après les avoir lûs, on n’y trouvera rien d’assez positif pour constater l’existence actuelle de ces femmesa.
     Quelques voyageurs font mention d’une nation dans la Guiane, dont les hommes sont plus noirs que tous les autres Indiens: les Arras, dit Raleigh, sont presque aussi noirs que les Nègres, ils sont fort vigoureux, & ils se servent de flèches empoisonnées: cet auteur parle aussi d’une autre nation d’Indiens qui ont le col si court & les épaules si élevées, que leurs yeux paroissent être sur leurs épaules, & leur bouche dans leur poitrineb; cette difformité si monstrueuse n’est sûrement pas naturelle, & il y a grande apparence que ces Sauvages qui se plaisent tant à défigurer la Nature en aplatissant, en arrondissant, en alongeant la tête de leurs enfans, auront aussi imaginé de leur faire rentrer le col dans les épaules; il ne faut pour donner naissance à toutes ces bizarreries, que l’idée de se rendre par ces difformités, plus effroyables & plus terribles à leurs ennemis.  Les Scythes, autrefois aussi sauvages que le sont aujourd’hui les Américains, avoient apparemment les mêmes idées qu’ils réalisoient de la même façon; & c’est ce qui a sans doute donné

a Voyez le voyage de M. de la Condamine, page 101 jusqu’à 113; la relation de la Guiane par Walter Raleigh, tome II des voyages de Coreal, page 25; la relation du P. d’Acuña, traduite par Gomberville. Paris, 1682, volume I, page 237; les Lettres édifiantes, Recueil X, page 241, & Recueil XII, page 213; les voyages de Mocquet, page 101 jusqu’à 105, &c.
b Voyez le second tome des voyages de Coreal, pages 58 & 59.

lieu

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[503][504]     The Indians of Peru, like the natives of the Isthmus, are copper-coloured; those especially who live near the sea, and in the plains. Those who live between the two ridges of the Cordeliers, are almost as white as the Europeans. Some live in Peru more than a league higher than others; and which elevation, with respect to the temperature of the climate, is equal to twenty leagues in latitude. All the native Indians, who dwell along the river of the Amazons, and in Guiana are tawny, and more or less red. The diversity of shades, says M. de la Condamine,1 is principally occasioned by the different temperature of the air, varied as it is, from the extreme heat of the torrid zone, to the cold occasioned by the vicinage of snow. Some of these Savages, as the Omaguas, flatten the visages of their children, by compressing the head between two planks; others pierce the nostrils, lips, or checks, for the reception of the bones of fishes, feathers, and other ornaments; and the greatest part bore their ears, and fill the hole with a large bunch of flowers, or herbs, which serves them for pendants.2 With respect to the Amazons,3 about whom so much has been said, I shall be silent. [504][505] To those who have written on the subject I refer the

1 Charles-Marie de La Condamine, Relation abrégée d’un voyage fait dans l’intérieur de l’Amérique méridionale depuis la côte de la mer du Sud jusqu’aux côtes du Brésil et de la Guiane en descendant la rivière des Amazones... (Paris: Vve Pissot, 1745). On his return from a trip to Peru, where he had gone on a scientific mission, La Condamine went down the entire course of the Amazon River. This Report was highly valued because it was written by a renowned scholar. [Duchet 304n120]
2 Charles-Marie de La Condamine, Relation abrégée d’un voyage fait dans l’intérieur de l’Amérique méridionale depuis la côte de la mer du Sud jusqu’aux côtes du Brésil et de la Guiane en descendant la rivière des Amazones... (Paris: Vve Pissot, 1745). La Condamine cited a large number of witnesses: Améric Vespuce, Orellana, Walter Raleigh, etc. He himself imagined that the wretched condition of savage women could have forced some of them to form a “settlement where they could live in independence” (p. 106). The “Amazons” in the Encyclopédie referred to La Condamine. Diderot did not accept this clever explanation, in Raynal’s Histoire des deux Indes (bk. IX, ch. XI), where he observed that it was not “in the order of things that chance would form nations of men without women, even less a nation of women without men.” It can be seen that the problem was not expressed well. On the myth of the “Amazons,” cf. Alfred Métraux, Les Incas (Seuil, 1962): 9-10. [Duchet 305n122]
3 The famous “Ear-flaps” [“Oreillons”] in Voltaire’s Candide, the great Jesuit-devourers. [Duchet 305n121]

reader;

506 HISTOIRE NATURELLE

lieu à ce que les Anciens ont écrit au sujet des hommes acéphales, cynocéphales, &c.
     Les Sauvages du Bresil sont à peu près de la taille des Européens, mais plus forts, plus robustes & plus dispos; ils ne sont pas sujets à autant de maladies, & ils vivent communément plus long-temps: leurs cheveux, qui sont noirs, blanchissent rarement dans la vieillesse; ils sont basanez, & d’une couleur brune qui tire un peu sur le rouge; ils ont la tête grosse, les épaules larges & les cheveux longs; ils s’arrachent la barbe, le poil du corps, & même les sourcils & les cils, ce qui leur donne un regard extraordinaire & farouche; ils se percent la lèvre de dessous pour y passer un petit os poli comme de l’ivoire, ou une pierre verte assez grosse; les mères écrasent le nez de leurs enfans peu de temps après la naissance; ils vont tous absolument nus, & se peignent le corps de différentes couleurs*. Ceux qui habitent dans les terres voisines des côtes de la mer, se sont un peu civilisez par le commerce volontaire ou forcé qu’ils ont avec les Portugais, mais ceux de l’intérieur des terres sont encore, pour la plûpart, absolument sauvages; ce n’est pas même par la force & en voulant les réduire à un dur esclavage, qu’on vient à bout de les policer, les missions ont formé

* Voyez le voyage fait au Bresil, par Jean de Lery. Paris, 1578, p. 108; le voyage de Coreal, Tome I, page 163 & suivantes; les mémoires pour servir à l’histoire des Indes. 1702, page 287; l’histoire des Indes de Maffée, Paris, 1665, page 71; la seconde partie des voyages de Pyrard, Tome II, page 337; les Lettres édifiantes, Receuil XV, page 351, &c.

plus

NATURAL HISTORY. 327

reader; and when he has perused them he will not find sufficient proof to evince the actual existence of such women.
     Some authors mention a nation in Guiana of which the natives are more black than any other Indians.1 The Arras, says Raleigh,2 are almost as black as the Negroes, are vigorous, and use poisoned arrows. This author mentions likewise another nation of Indians, who have necks so short, and shoulders so elevated, that their eyes appear to be upon the latter, and their mouths in their breast. This monstrous deformity cannot be natural; and it is probable that savages, who are so pleased in disfiguring nature by flattening, rounding, and lengthening the head, might likewise contrive to sink it into the shoulders. These fantasies might arise from an idea that, by rendering themselves deformed, they became more dreadful to their enemies. The Scythians, formerly, as savage as the American Indians are now, evidently entertained the same ideas, and realized them in the same manner; [505][506] which no doubt is the foundation of what the ancients have written about such men as they termed acephali,3 cynocephali, &c.

1 The Arawaks. [Duchet 305n123]
2 Walter Raleigh, Relation de la Guyane, du lac de Parimé et des provinces d’Eméria, d’Arromaia et d’Amapaia, découvertes par le chevalier Walter Raleigh is found in French at the end of François Coréal’s Voyages de François Coréal aux Indes Occidentales... (Amsterdam: J.-F. Bernard, 1722), vol. 2. The original English appeared in 1596. [Duchet 305n124]
3 A representation of these “acephali” appeared in Lafitau’s Mœurs des sauvages américains (1724). De Pauw stated happily about these peoples that they were “monstrous through artifice” (article “Amérique” in the Encyclopédie’s Suppléments). [Duchet 306n125]

The

DE L’HOMME. 507

plus d’hommes dans ces nations barbares, que les armées victorieuses des Princes qui les ont subjuguées: le Paraguai n’a été conquis que de cette façon; la douceur, le bon exemple, la charité & l’exercice de la vertu, constamment pratiquez par les Missionnaires, ont touché ces Sauvages, & vaincu leur défiance & leur férocité; ils sont venus souvent d’eux-mêmes demander à connoître la loi qui rendoit les hommes si parfaits, ils se sont soûmis à cette loi & réunis en société: rien ne fait plus d’honneur à la religion que d’avoir civilisé ces nations & jeté les fondemens d’un empire, sans autres armes que celles de la vertu.
     Les habitans de cette contrée du Paraguai ont communément la taille assez belle & assez élevée, ils ont le visage un peu long & la couleur olivâtrea. Il règne quelquefois parmi eux une maladie extraordinaire, c’est une espèce de lèpre qui leur couvre tout le corps, & y forme une croûte semblable à des écailles de poisson; cette incommodité ne leur cause aucune douleur, ni même aucun autre dérangement dans la santéb.
     Les Indiens du Chili sont, au rapport de M. Frezier, d’une couleur basanée, qui tire un peu sur celle du cuivre rouge, comme celle des Indiens du Pérou: cette couleur est différente de celle des mulâtres; comme ils viennent d’un blanc & d’une négresse, ou d’une blanche & d’un

a Voyez les voyages de Coreal, Tome I, pages 240 & 259; les Lettres édifiantes, Recueil XI, page 391, Recueil XII, page 6.
b Voyez les Lettres édifiantes, Recueil XXV, page 122.

nègre,

328 BUFFON’S

     The Savages of Brazil are nearly of the size of the Europeans, but are more vigorous, robust, and alert: they are also subject to fewer diseases, and live longer. Their hair, which is black, seldom whitens with age. They are of a copper-colour, inclining to red: their heads are large, shoulders broad, and hair long. They pluck out their beard, the hair upon the body, and even the eye-brows, from which they acquire an extraordinary fierce look. They pierce the under lip, to ornament it with a little bone polished like ivory, or with a green stone. The mothers crush the noses of their children, presently after they are born; they all go absolutely naked, and paint their bodies of different colours. Those who inhabit the countries adjacent to the sea are somewhat civilized by the commerce which they carry on with the Portuguese; but those of the inland places are still absolute savages. It is not by force that savages have become civilized, their manners have been much more softened by the arguments of missionaries, than by the arms of the princes by whom they were subdued. [506][507] In this manner Paraguay was subdued:* the mildness, example, and virtuous

* This praise of Paraguay’s “conquest” appears among most of the philosophes, even those who were were hostile to Jesuits. For example, Voltaire: “The Jesuits in truth used religion to take away the liberty of Paraguay’s tribes: but they have polished them; they have made them industrious...” (Voltaire, Essai sur les Mœurs, ch. CLIV). Nevertheless, Diderot vividly attacked this monastic and despotic government in L’Histoire des deux Indes (bk. VIII, ch. XVII). The testimony by Bougainville and his companions on their voyage around the world helped tear down a myth. [Duchet 306n126]

conduct,

508 HISTOIRE NATURELLE

nègre, leur couleur est brune, c’est-à-dire, mêlée de blanc & de noir, au lieu que dans tout le continent de l’Amérique méridionale les Indiens sont jaunes ou plûtôt rougeâtres; les habitans du Chili sont de bonne taille: ils ont les membres gros, la poitrine large, le visage peu agréable & sans barbe, les yeux petits, les oreilles longues, les cheveux noirs, plats & gros comme du crin; ils s’alongent les oreilles, & ils s’arrachent la barbe avec des pinces faites de coquilles; la plûpart vont nus, quoique le climat soit froid, ils portent seulement sur leurs épaules quelques peaux d’animaux. C’est à l’extrémité du Chili, vers les terres Magellaniques, que se trouve, à ce qu’on prétend, une race d’hommes dont la taille est gigantesque; M. Frezier dit avoir appris de plusieurs Espagnols qui avoient vû quelques-uns de ces hommes, qu’ils avoient quatre varres de hauteur, c’est-à-dire, neuf ou dix pieds; selon lui, ces géans appellez Patagons, habitent le côté de l’est de la côte déserte dont les anciennes relations ont parlé, qu’on a ensuite traitées de fables, parce que l’on a vû au détroit de Magellan des Indiens dont la taille ne surpassoit pas celle des autres hommes: c’est, dit-il, ce qui a pû tromper Froger dans sa relation du voyage de M. de Gennes; car quelques vaisseaux ont vû en même-temps les uns & les autres: en 1709 les gens du vaisseau le Jacques, de Saint-Malo, virent sept de ces géans dans la baie Grégoire, & ceux du vaisseau le Saint-Pierre, de Marseille, en virent six, dont ils s’approchèrent pour leur offrir du pain, du vin & de l’eau-de-vie, qu’ils

refuserent

NATURAL HISTORY. 329

conduct, of the missionaries touched the hearts of its savages, and triumphed over their distrust and ferocity. They often, of themselves, desired to be made acquainted with that law, which rendered men so perfect, submitted to its precepts, and united in society. Nothing can reflect greater honour on religion, than its having civilized these nations, and laid the foundations of an empire, without any arms but those of virtue and humanity.
     The inhabitants of Paraguay are commonly tall and handsome; their visage long, and their colour olive. There sometimes rages among them a very uncommon distemper. It is a kind of leprosy, which covers the whole of their body with a crust similar to the scales of fish, and from which they experience no pain, nor even interruption of health.
     According to Frezier,* the Indians of Chili are of a tawny or coppery complexion, but different from Mulattoes, who being produced by a white man and negro-woman, [507][508] or a white woman and a negro-man, their colour is brown, or a mixture of white and black. In South America, on the other hand, the Indians are yellow, or rather reddish. The natives of

* Amédée-François Frezier, Relation du voyage de la mer du Sud, aux côtes du Chili et du Pérou... (Paris: J.-C. Nyon, 1716). Buffon used the second edition, of 1732. [Duchet 307n127]

Chili

DE L’HOMME. 509

refuserent quoiqu’ils eussent donné à ces Matelots quelques fléches, & qu’ils les eussent aidez à échouer le canot du navirea. Au reste, comme M. Frezier ne dit pas avoir vû lui-même aucun de ces géans, & que les relations qui en parlent sont remplies d’exagérations sur d’autres choses, on peut encore douter qu’il existe en effet une race d’hommes toute composée de géans, sur-tout lorsqu’on leur supposera dix pieds de hauteur; car le volume du corps d’un tel homme seroit huit fois plus considérable que celui d’un homme ordinaire; il semble que la hauteur ordinaire des hommes étant de cinq pieds, les limites ne s’étendent guère qu’à un pied au dessus & au dessous; un homme de six pieds est en effet un très-grand homme, & un homme de quatre pieds est très-petit; les géans & les nains qui sont au dessus & au dessous de ces termes de grandeur, doivent être regardez comme des variétés individuelles & accidentelles, & non pas comme des différences permanentes qui produiroient des races constantes.
     Au reste, si ces géans des terres Magellaniques existent, ils sont en fort petit nombre, car les habitans des terres du détroit & des isles voisines sont des Sauvages d’une taille médiocre; ils sont de couleur olivâtre, ils ont la poitrine large, le corps assez quarré, les membres gros, les cheveux noirs & platsb; en un mot, ils ressemblent

a Voyez le voyage de M. Frezier. Paris, 1732, page 75 & suiv.
b Voyez le voyage du Cap Narbrugh, second volume de Coreal, pages 231 & 284; l’histoire de la conquête des Molucques, par Argensola, Tome I, pages 35 & 255; le voyage de M. de Gennes, par Froger, page 97; le recueil des voyages qui ont servi à l’établissement de la Comp. de Holl. Tome I, page 651; les voyages du Capitaine Wood, cinquième volume de Dampier, page 179, &c.

par

330 BUFFON’S

[507][508] Chili are of a good size; their limbs are brawny, chest large, visages disagreeable, and beardless; eyes small, ears long, and their hair black, straight, and coarse. Their ears they lengthen, and pluck out their beards with pincers made of shells. Though the climate is cold, yet they generally go naked, excepting the skin of some animal over their shoulders.
     At the extremity of Chili, and towards the lands of Magellan, it is pretended, there exists a race of men of gigantic size. From the information of several Spaniards, who pretend to have seen them, Frezier says, they are from 9 to 10 feet high;1 they are called Patagonians, and inhabit the easterly side of the coast, as mentioned in the old narratives, which, however, from the size of Indians discovered in the Straits of Magellan, not exceeding that of other men, has since been considered as fabulous. It might be by this, says he, that Froger2 was deceived in his account of the voyage of M. de Gennes; as several navigators have actually beheld both these classes of Indians at the same time. In 1709, the crew of the James, of St. Malo, saw seven giants as above described, in Gregory Bay, and those of

1 Or 4 “varres” high. A “vara” is a unit of length in Spanish- and Portuguese-speaking countries, varying from about 32 to 43 inches. [Duchet 307n128]
2 Froger, Relation d’un voyage aux côtes d’Afrique... (1698). [Duchet 307n129]

the

510 HISTOIRE NATURELLE

par la taille à tous les autres hommes, & par la couleur & les cheveux aux autres Américains.
     Il n’y a donc, pour ainsi dire, dans tout le nouveau continent, qu’une seule & même race d’hommes, qui tous sont plus ou moins basanez; & à l’exception du nord de l’Amérique, où il se trouve des hommes semblables aux Lappons, & aussi quelques hommes à cheveux blonds, semblables aux Européens du nord, tout le reste de cette vaste partie du monde ne contient que des hommes parmi lesquels il n’y a presqu’aucune diversité; au lieu que dans l’ancien continent nous avons trouvé une prodigieuse variété dans les différens peuples: il me paroît que la raison de cette uniformité dans les hommes de l’Amérique, vient de ce qu’ils vivent tous de la même façon; tous les Américains naturels étoient, ou sont encore, sauvages ou presque sauvages, les Mexiquains & les Péruviens étoient si nouvellement policez qu’ils ne doivent pas faire une exception. Quelle que soit donc l’origine de ces nations Sauvages, elle paroit leur être commune à toutes; tous les Américains sortent d’une même souche, & ils ont conservé jusqu’à présent les caractères de leur race sans grande variation, parce qu’ils sont tous demeurez sauvages, qu’ils ont tous vécu à peu près de la même façon, que leur climat n’est pas à beaucoup près aussi inégal pour le froid & pour le chaud que celui de

l’ancien

NATURAL HISTORY. 331

the St. Peter, of Marseilles, saw six, to whom they advanced with offers of bread, wine, and brandy, [508][509] all of which they rejected; but as M. Frezier does not intimate his having seen any of these giants himself, and as the narratives which mention them are fraught with exaggerations with respect to other matters, it remains still doubtful whether there in reality exists a race of giants, especially of the height of ten feet. The bodily circumference of such a man would be eight times bigger than that of an ordinary one. The natural height of mankind seems to be about five feet, and the deviations from that standard scarcely exceed a foot, so that a man of six feet is considered as very tall, and a man of four as very short. Giants and dwarfs, therefore, are only accidental varieties, and not distinct and permanent races.
     Besides, if these Megellanic giants* actually exist, their number must be trifling; as the savages of the straits, and neighbouring islands, are of a moderate height, whose colour is olive, have full chests, square bodies, thick limbs, and black straight hair; who, in a word, [509][510] resemble mankind in general as to size, as the other Americans as to colour and hair.

* The Fuegians [Tierra del Fuego]. On the Patagonians, see Buffon’s important Addition of 1777. [Duchet 308n130]

In

DE L’HOMME. 511

l’ancien continent, & qu’étant nouvellement établis dans leur pays, les causes qui produisent des variétés n’ont pû agir assez long-temps pour opérer des effets bien sensibles.
     Chacune des raisons que je viens d’avancer, mérite d’être considérée en particulier: les Américains sont des peuples nouveaux, il me semble qu’on n’en peut pas douter lorsqu’on fait attention à leur petit nombre, à leur ignorance, & au peu de progrès que les plus civilisez d’entre eux avoient fait dans les arts; car quoique les premières relations de la découverte & des conquêtes de l’Amérique nous parlent du Mexique, du Pérou, de Saint-Domingue, &c. comme de pays très-peuplez, & qu’elles nous disent que les Espagnols ont eu à combattre par-tout des armées très-nombreuses, il est aisé de voir que ces faits sont fort exagérez, premièrement par le peu de monumens qui restent de la prétendue grandeur de ces peuples, secondement par la nature même de leur pays qui, quoique peuplé d’Européens plus industrieux sans doute que ne l’étoient les naturels, est cependant encore sauvage, inculte, couvert de bois, & n’est d’ailleurs qu’un grouppe de montagnes inaccessibles, inhabitables, qui ne laissent par conséquent que de petits espaces propres à être cultivez & habitez; troisièmement par la tradition même de ces peuples sur le temps qu’ils se sont réunis en société, les Péruviens ne comptoient que douze Rois dont le premier avoit commencé à les civiliser*, ainsi il n’y avoit pas trois cens ans qu’ils avoient cessé d’être, comme les

* Voyez l’histoire des Incas, par Garcilasso, &c. Paris, 1744.

autres,

332 BUFFON’S

     In the whole of the new continent, then, there is but one race of men, who are all more or less tawny, the northern parts of America excepted, where we find some men similar to the Laplanders, and others with fair hair, like the northern Europeans; through the whole of this immense territory, the diversity among the inhabitants is hardly perceivable. Among those of the old continent, on the other hand, we have found a prodigious variety. This uniformity in the Americans seems to arise from their living all in the same manner. The natives were, and are still savages; nor, so recently have they been civilized, can the Mexicans and the Peruvians be excepted. Whatever, then, may have been their origin, it was common to them all. Sprung from one stock, they have, with little variation, retained the characteristics of their race; and this because they have pursued the same course of life, because their climate, with respect to heat and cold, is not so unequal as that of the old continent, [510][511] and because, being newly established in the country, the causes by which varieties are produced have not had time to manifest their defects.

Each

512 HISTOIRE NATURELLE

autres, entiérement sauvages; quatrièmement par le petit nombre d’hommes qui ont été employez à faire la conquête de ces vastes contrées: quelqu’avantage que la poudre à canon pût leur donner, ils n’auroient jamais subjugué ces peuples, s’ils eussent été nombreux; une preuve de ce que j’avance, c’est qu’on n’a jamais pû conquerir le pays des Nègres ni les assujétir, quoique les effets de la poudre fussent aussi nouveaux & aussi terribles pour eux que pour les Américains; la facilité avec laquelle on s’est emparé de l’Amérique, me paroît prouver qu’elle étoit très-peu peuplée, & par conséquent nouvellement habitée.
     Dans le nouveau continent la température des différens climats est bien plus égale que dans l’ancien continent, c’est encore par l’effet de plusieurs causes; il fait beaucoup moins chaud sous la zone torride en Amérique, que sous la zone torride en Afrique; les pays compris sous cette zone en Amérique, sont le Mexique, la nouvelle Espagne, le Pérou, la terre des Amazones, le Bresil & la Guiane. La chaleur n’est jamais fort grande au Mexique, à la nouvelle Espagne & au Pérou, parce que ces contrées sont des terres extrêmement élevées au dessus du niveau ordinaire de la surface du globe; le thermomètre dans les grandes chaleurs ne monte pas si haut au Pérou qu’en France; la neige qui couvre le sommet des montagnes, refroidit l’air, & cette cause qui n’est qu’un effet de la première, influe beaucoup sur la température de ce climat; aussi les habitans, au lieu d’être noirs ou

très-bruns,

NATURAL HISTORY. 333

     Each of these reasons merits a particular consideration. That the Americans are a new people seems indisputable, when we reflect on the smallness of their number, their ignorance, and the little progress the most civilized among them had made in the arts. In the first accounts of the discovery and conquest of America, it is true, Mexico, Peru, St. Domingo, &c. are mentioned as very populous countries; and we are told that the Spaniards had every where to engage with vast armies; yet it is evident these facts are greatly exaggerated; first, from the paucity of monuments left of the pretended grandeur of these nations: secondly, from the nature of the country itself, which, though peopled with Europeans, more industrious, doubtless, than its natives, is still wild, uncultivated, covered with wood, and little more than a group of inaccessible and uninhabitable mountains; thirdly, from their own traditions, with respect to the time they united into society, the Peruvians* reckoning no more than 12 kings, from the first of whom, about 300 years before, they had imbibed the first principles of civilization, and ceased to be entirely savage; [511][512] fourthly, from the small number of men employed to conquer

* The Incan empire started around 1200. But the Andean civilization was about 4,000 years old. Cf. Alfred Métraux, Les Incas (Seuil, 1962). [Duchet 309n131]

them,

DE L’HOMME. 513

très-bruns, sont seulement basanez; dans la terre des Amazones il y a une prodigieuse quantité d’eaux répandues, de flueves & de forêts, l’air y est donc extrêmement humide, & par conséquent beaucoup plus frais qu’il ne le seroit dans un pays plus sec: d’ailleurs on doit observer que le vent d’est qui souffle constamment entre les tropiques, n’arrive au Bresil, à la terre des Amazones & à la Guiane, qu’après avoir traversé une vaste mer, sur laquelle il prend de la fraîcheur qu’il porte ensuite sur toutes les terres orientales de l’Amérique équinoctiale: c’est par cette raison, aussi-bien que par la quantité des eaux & des forêts, & par l’abondance & la continuité des pluies, que ces parties de l’Amérique sont beaucoup plus tempérées qu’elles ne le seroient en effet sans ces circonstances particulières. Mais lorsque le vent d’est a traversé les terres basses de l’Amérique, & qu’il arrive au Pérou, il a acquis un degré de chaleur plus considérable; aussi feroit-il plus chaud au Pérou qu’au Bresil ou à la Guiane, si l’élévation de cette contrée, & les neiges qui s’y trouvent, ne refroidissoient pas l’air, & n’ôtoient pas au vent d’est toute la chaleur qu’il peut avoir acquise en traversant les terres: il lui en reste cependant assez pour influer sur la couleur des habitans, car ceux qui par leur situation y sont le plus exposez, sont les plus jaunes, & ceux qui habitent les vallées entre les montagnes & qui sont à l’abri de ce vent, sont beaucoup plus blancs que les autres.  D’ailleurs ce vent qui vient frapper contre les hautes montagnes des Cordillères, doit se réfléchir à d’assez grandes

distances

334 BUFFON’S

them, which even with the advantage of gunpowder, they could not have done, had the people been numerous. Though the effects of gunpowder were as new and as terrible to the negroes as to the Americans, their country has yet remained unconquered, and themselves unenslaved; and the ease with which America was subdued, appears an irrefragable argument that the country was thinly peopled, and recently inhabited.
     In the New Continent, the temperature of the different climates is more uniform than in the Old Continent; for this there are several causes. The Torrid Zone, in America, is by no means so hot as in Africa. The countries comprehended under the former zone, are Mexico, New Spain, and Peru, the land of the Amazons, Brazil, and Guiana. In Mexico, New Spain, and Peru, the heat is never very great; these countries are prodigiously elevated above the ordinary level of the earth; nor in the hottest weather does the thermometer rise so high in Peru as in France. By the snow which covers the tops of the mountains the air is cooled; and as this cause, which is merely an effect of the former, has a strong influence upon the temperature of the climate,

so

514 HISTOIRE NATURELLE

distances dans les terres voisines de ces montagnes, & y porter la fraîcheur qu’il a prise sur les neiges qui couvrent leurs sommets; ces neiges elles-mêmes doivent produire des vents froids dans les temps de leur fonte.  Toutes ces causes concourant donc à rendre le climat de la zone torride en Amérique beaucoup moins chaud, il n’est point étonnant qu’on n’y trouve pas des hommes noirs, ni même bruns, comme on en trouve sous la zone torride en Afrique & en Asie, où les circonstances sont fort différentes, comme nous le dirons tout à l’heure: soit que l’on suppose donc que les habitans de l’Amérique soient très-anciennement naturalisez dans leur pays, ou qu’ils y soient venus plus nouvellement, on ne devoit pas y trouver des hommes noirs, puisque leur zone torride est un climat tempéré.
     La dernière raison que j’ai donnée de ce qu’il se trouve peu de variété dans les hommes en Amérique, c’est l’uniformité dans leur manière de vivre, tous étoient sauvages ou très-nouvellement civilisez, tous vivoient ou avoient vécu de la même façon: en supposant qu’ils eussent tous une origine commune, les races s’étoient dispersées sans s’être croisées, chaque famille faisoit une nation toûjours semblable à elle-même, & presque semblable aux autres, parce que le climate & la nourriture étoient aussi à peu près semblables, ils n’avoient aucun moyen de dégénérer ni de se perfectionner, ils ne pouvoient donc que demeurer toûjours les mêmes, & par-tout à peu près les mêmes.

Quant

NATURAL HISTORY. 335

so the inhabitants, instead of being black, [512][513] or dark brown, are only tawny. The land of the Amazons is particularly watery, and full of forests; there the air is exceedingly moist, and consequently more cool than in a country more dry. Besides, it is to be observed, that the east wind, which blows constantly between the tropics, does not reach Brazil, the land of the Amazons, or Guiana, without traversing a vast sea, by which it acquires a degree of coolness. It is from this reason, as well as from their being so full of rivers and forests, and almost continued rains, that these parts of America are so exceedingly temperate. But the east wind, after passing the low countries of America, becomes considerably heated before it arrives at Peru; and therefore, were it not for its elevated situation, and for the snow, by which the air is cooled, the heat would be greater there than either in Brazil or Guiana. There still, however, remains a sufficiency of heat to influence the colour of the natives: for those who are most exposed to it their colour is more yellow than those who live sheltered in the vallies [sic]1. Besides, this wind blowing against these lofty mountains,2 must be reflected on the neighbouring plains, [513][514] and diffuse over them that

1 vallies valleys. [Meijer]
2 The Cordeliers. [Meijer]

coolness

DE L’HOMME. 515

     Quant à leur première origine, je ne doute pas, indépendamment même des raisons théologiques, qu’elle ne soit la même que la nôtre; la ressemblance des sauvages de l’Amérique septentrionale avec les Tartares orientaux, doit faire soupçonner qu’ils sortent anciennement de ces peuples: les nouvelles découvertes que les Russes ont faites au delà de Kamtschaca, de plusieurs terres & de plusieurs isles, qui s’étendent jusqu’à la partie de l’ouest du continent de l’Amérique, ne laisseroient aucun doute sur la possibilité de la communication, si ces découvertes étoient bien constatées, & que ces terres fussent à peu près contigues; mais en supposant même qu’il y ait des intervalles de mer assez considérables, n’est-il pas très-possible que des hommes aient traversé ces intervalles, & qu’ils soient allez d’eux-mêmes chercher ces nouvelles terres ou qu’ils y aient été jetez par la tempête? il y a peut-être un plus grand intervalle de mer entre les isles Marianes & le Japon, qu’entre aucune des terres qui sont au delà de Kamtschaca & celles de l’Amérique, & cependant les isles Marianes se sont trouvé peuplées d’hommes qui ne peuvent venir que du continent oriental. Je serois donc porté à croire que les premiers hommes qui sont venus en Amérique, ont abordé aux terres qui sont au nord-ouest de la Californie, que le froid excessif de ce climat les obligea à gagner les parties plus méridionales de leur nouvelle demeure, qu’ils se fixèrent d’abord au Mexique & au Pérou, d’où ils se sont ensuite répandus dans toutes les parties de l’Amérique septentrionale & méridionale; car le Mexique &

Pérou

336 BUFFON’S

coolness which it received from the snow that covers their tops; and from this snow itself, when it dissolves, cold winds must necessarily arise. All these causes concurring to render the climate of the Torrid Zone in America far less hot, it is not surprising that its inhabitants are not so black nor brown as those under the Torrid Zone in Africa and Asia, where, as we shall shew, there is a difference of circumstances. Whether we suppose, then, that the Americans have been long or recently established in that country, their Torrid Zone being temperate, they are of course not black.
     The uniformity in their mode of living, I also assigned for the little variety to be found in the natives of America. As they were all savage, or recently civilized, they all lived in the same manner. In supposing that they had all one common origin, they were dispersed, without being intermixed; each family formed a nation not only similar to itself, but to all about them, because their climate and food were nearly similar; and as they had no opportunity either to degenerate or improve, so they could not but remain constantly and almost universally the same.

That

516 HISTOIRE NATURELLE

le Pérou peuvent être regardez comme les terres les plus anciennes de ce continent & les plus anciennement peuplées, puisqu’elles sont les plus élevées & les seules où l’on ait trouvé des hommes réunis en société. On peut aussi présumer avec une très-grande vrai-semblance que les habitans du nord de l’Amérique au détroit de Davis, & des parties septentrionales de la terre de Labrador, sont venus du Grœnland, qui n’est séparé de l’Amérique que par la largeur de ce détroit qui n’est pas fort considérable; car, comme nous l’avons dit, ces sauvages du détroit de Davis & ceux du Grœnland se ressemblent parfaitement; & quant à la manière dont le Grœnland aura été peuplé, on peut croire avec tout autant de vrai-semblance que les Lappons y auront passé depuis le Cap-nord qui n’en est éloigné que d’environ cent cinquante lieues; & d’ailleurs, comme l’isle d’Islande est presque contigue au Grœnland, que cette isle n’est pas éloignée des Orcades septentrionales, qu’elle a été très-anciennement habitée & même fréquentée des peuples de l’Europe, que les Danois avoient même fait des établissemens & formé des colonies dans le Grœnland, il ne seroit pas étonnant qu’on trouvât dans ce pays des hommes blancs & à cheveux blonds, qui tireroient leur origine de ces Danois; & il y a quelqu’apparence que les hommes blancs qu’on trouve aussi au détroit de Davis, viennent de ces blancs d’Europe qui se sont établis dans les terres du Grœnland, d’où ils auront aisément passé en Amérique, en traversant le petit intervalle de mer qui forme le détroit de Davis.

Autant

NATURAL HISTORY. 337

[514][515]      That their origin is the same with our own, I doubt not, independent of theological arguments; and from the resemblance of the savages of North America to the Oriental Tartars, there is reason to suppose they originally sprung from the same source. The new discoveries* by the Russians, on the other side of Kamtschatka, of several lands and islands which extend nearly to the Western Continent of America, would leave no doubt as to the possibility of the communication, if these discoveries were properly authenticated, and the lands were in any degree contiguous. But, even in the supposition of considerable intervals of sea, is it not possible that there might have been men who crossed them in search of new regions, or were driven upon them by bad tempests? Between the Mariana islands and Japan there is, perhaps, a greater interval of sea than between any of the territories beyond Kamtschatka and those of America; and yet the Mariana islands were peopled with inhabitants who could have come from no part but from the Eastern Continent. I am inclined to believe, therefore, that the first men who set foot on America landed on some spot northwest of California; that the excessive cold of

* Buffon referred to the two expeditions of Béring (1725-1728 and 1741-1743), and to the discovery of the Aleutian Islands. A narration of the expedition appeared in English in Harris’s collection in 1744-1749. Volume XV of L’Histoire des voyages (1759) also contained an account of this voyage, but the observations of the naturalists Gmelin, Krasheninnikov and Steller, traveling companions of Béring, were translated some twenty years later after the event. [Duchet 311n132]

this

DE L’HOMME. 517

     Autant il y a d’uniformité dans la couleur & dans la forme des habitans naturels de l’Amérique, autant on trouve de variété dans les peuples de l’Afrique; cette partie du monde est très-anciennement & três-abondamment peuplée, le climat y est brûlant, & cependant d’une température très-inégale suivant les différentes contrées, & les mœurs des différens peuples sont aussi toutes différentes, comme on a pû le remarquer par les descriptions que nous en avons données: toutes ces causes ont donc concouru pour produire en Afrique une variété dans les hommes plus grande que par-tout ailleurs; car en examinant d’abord la différence de la température des contrées Africaines, nous trouverons que la chaleur n’étant pas excessive en Barbarie & dans toute l’étendue des terres voisines de la mer méditerranée, les hommes y sont blancs, & seulement un peu basanez: toute cette terre de la Barbarie est rafraîchie, d’un côté par l’air de la mer méditerranée, & de l’autre par les neiges du mont Atlas; elle est d’ailleurs située dans la zone tempérée en deçà du tropique, aussi tous les peuples qui sont depuis l’Égypte jusqu’aux isles Canaries, sont seulement un peu plus ou un peu moins basanez.  Au delà du tropique, & de l’autre côté du mont Atlas, la chaleur devient beaucoup plus grande & les hommes sont très-bruns, mais ils ne sont pas encore noirs; ensuite au 17 ou 18me degré de latitude nord, on trouve le Sénégal & la Nubie dont les habitans sont tout-à-fait noirs, aussi la chaleur y est-elle excessive; on sait qu’au Sénégal elle est si grande que la liqueur du

thermomètre

338 BUFFON’S

this climate obliged them to remove to the more southern parts of their new abode; that at first they settled in Mexico and Peru, from whence they afterwards diffused themselves over all the different parts of North and South America. [515][516] Mexico and Peru must be considered as the most ancient inhabited territories of this continent, being not only the most elevated, but also the only ones in which the inhabitants were found connected together in society.
     It may also be presumed that the inhabitants of Davis’s Straits, and of the northern parts of Labrador, came from Greenland, being only separated by these small straits, for the savages of Davis’s Straits, and those of Greenland, as we have just remarked, are very similar; and Greenland might have been peopled by the Laplanders passing thither from Cape Nord, the intermediate distance being only about 150 leagues. Besides, as the island of Iceland is almost contiguous to Greenland, has long been inhabited and frequented by Europeans; and as the Danes formed colonies in Greenland,1 it is not wonderful2 there should be found men who, deriving their origin from those Danes, were white and fair-haired. There is some

1 Hans Egede and his son, disciples of Linnaeus, rediscovered traces of a medieval civilization. There were those who made the Eskimo world known, to which Greenland belonged. The hypothesis of Lapps populating this region was not maintained by Buffon in 1777. [Duchet 312n133]
2 not wonderful to be wondered. [Meijer}

probability

518 HISTOIRE NATURELLE

thermomètre monte jusqu’à 38 degrés, tandis qu’en France elle ne monte que très-rarement à 30 degrés, & qu’au Pérou, quoique situé sous la zone torride, elle est presque toûjours au même degré, & ne s’élève presque jamais au dessus de 25 degrés. Nous n’avons pas d’observations faites avec le thermomètre en Nubie, mais tous les voyageurs s’accordent à dire que la chaleur y est excessive, les déserts sablonneux qui sont entre la haute Égypte & la Nubie, échauffent l’air au point que le vent du nord des Nubiens doit être un vent brûlant; d’autre côté le vent d’est qui règne le plus ordinairement entre les tropiques, n’arrive en Nubie qu’après avoir parcouru les terres de l’Arabie, sur lesquelles il prend une chaleur que le petit intervalle de la mer rouge ne peut guère tempérer; on ne doit donc pas être surpris d’y trouver les hommes tout-à-fait noirs; cependant ils doivent l’être encore plus au Sénégal, car le vent d’est ne peut y arriver qu’après avoir parcouru toutes les terres de l’Afrique dans leur plus grande largeur, ce qui doit le rendre d’une chaleur insoûtenable. Si l’on prend donc en général toute la partie de l’Afrique qui est comprise entre les tropiques, où le vent d’est souffle plus constamment qu’aucun autre, on concevra aisément que toutes les côtes occidentales de cette partie du monde doivent éprouver, & éprouvent en effet, une chaleur bien plus grande que les côtes orientales, parce que le vent d’est arrive sur les côtes orientales avec la fraîcheur qu’il a prise en parcourant une vaste mer, au lieu qu’il prend une ardeur brûlante

en

NATURAL HISTORY. 339

probability also that the white men along Davis’s Straits derive their origin from these Europeans, thus settled in Greenland, from whence they might easily pass to America, by crossing the little interval of sea of which this strait is formed.* [516][517]
     In colour and in figure we meet with as great a degree of uniformity in America, as of diversity of men in Africa. From great antiquity has this part of the world been copiously peopled. The climate is scorching, yet in different nations it is of a different temperature; nor, from the descriptions already given, are their manners less different. From these concurrent causes there subsists a greater variety of men in Africa than in any other part. If we examine the difference in the temperature of the African countries, we shall find that in Barbary, and all the territories near the Mediterranean Sea, the men are white, or only somewhat tawny; those territories are refreshed on one hand by the air of the Mediterranean Sea, and on the other by the snows on Mount Atlas, and are, moreover, situated in the Temperate Zone, on this side the Tropic; so also all the tribes between Egypt and the Canary islands have the skin only more or less tawny.

* Hereafter follows Buffon’s conclusion to this essay. [Meijer]

Beyond

DE L’HOMME. 519

en traversant les terres de l’Afrique avant que d’arriver aux côtes occidentales de cette partie du monde; aussi les côtes du Sénégal, de Sierra-Liona, de la Guinée, en un mot, toutes les terres occidentales de l’Afrique qui sont situées sous la zone torride, sont les climats les plus chauds de la terre, & il ne fait pas à beaucoup près aussi chaud sur les côtes orientales de l’Afrique, comme à Mozambique, à Mombaze, &c. Je ne doute donc pas que ce ne soit par cette raison qu’on trouve les vrais Nègres, c’est-à-dire, les plus noirs de tous les Noirs, dans les terres occidentales de l’Afrique, & qu’au contraire on trouve les Caffres, c’est-à-dire, des Noirs moins noirs, dans les terres orientales; la différence marquée qui est entre ces deux espèces de noirs, vient de celle de la chaleur de leur climat, qui n’est que très-grande dans la partie de l’orient, mais excessive dans celle de l’occident en Afrique.  Au delà du tropique du côté du sud la chaleur est considérablement diminuée, d’abord par la hauteur de la latitude, & aussi parce que la pointe de l’Afrique se rétrécit, & que cette pointe de terre étant environnée de la mer de tous côtés, l’air doit y être beaucoup plus tempéré qu’il ne le seroit dans le milieu d’un continent; aussi les hommes de cette contrée commencent à blanchir & sont même naturellement plus blancs que noirs, comme nous l’avons dit ci-dessus.  Rien ne me paroît prouver plus clairement que le climat est la principale cause de la variété dans l’espèce humaine, que cette couleur des Hottentots dont la noirceur ne peut avoir été affoiblie que par la température du climat, & si

l’on

340 BUFFON’S

Beyond the Tropic, and on the other side of Mount Atlas, the heat becomes more violent, and the colour of the inhabitants is more dark, though still not black. Coming to the 17th or 18th degree of north latitude we find Senegal and Nubia, where the heat is excessive, and the natives absolutely black. [517][518] In Senegal the thermometer rises to the degree 38, while in France it rarely rises to 30; and in Peru, situated under the Torrid Zone, it is hardly ever known to pass 25. We have no observations made with the thermometer in Nubia, but all travellers agree in representing the heat to be excessive. The sandy deserts between Upper Egypt and Nubia heat the air to such a degree that the north wind actually scorches. The east wind also, which is usually prevalent between the Tropics, does not reach Nubia till it has crossed the territories of Arabia; therefore that the Nubians should be black is little cause for wonder; though indeed they are still less so than those of Senegal, where, as the east wind cannot arrive till it has traversed all the territories of Africa in their utmost extent, the heat is rendered almost insupportable.
     If we take all that district of Africa comprised between the Tropics, where the east wind

blows

520 HISTOIRE NATURELLE

l’on joint à cette preuve toutes celles qu’on doit tirer des convenances que je viens d’exposer, il me semble qu’on n’en pourra plus douter.
     Si nous examinons tous les autres peuples qui sont sous la zone torride au delà de l’Afrique, nous nous confirmerons encore plus dans cette opinion: les habitans des Maldives, de Ceylan, de la pointe de la presqu’isle de l’Inde, de Sumatra, de Malacca, de Borneo, de Célèbes, des Philippines, &c. sont tous extrêmement bruns, sans être absolument noirs, parce que toutes ces terres sont des isles ou des presqu’isles; la mer tempère dans ces climats l’ardeur de l’air, qui d’ailleurs ne peut jamais être aussi grande que dans l’intérieur ou sur les côtes occidentales de l’Afrique, parce que le vent d’est ou d’ouest qui règne alternativement dans cette partie du globe, n’arrive sur ces terres de l’Archipel Indien qu’après avoir passé sur des mers d’une très-vaste étendue: toutes ces isles ne sont donc peuplées que d’hommes bruns, parce que la chaleur n’y est pas excessive; mais dans la nouvelle Guinée ou terre des Papous, on retrouve des hommes noirs & qui paroissent être de vrais Nègres par les descriptions des voyageurs, parce que ces terres forment un continent du côté de l’est, & que le vent qui traverse ces terres est beaucoup plus ardent que celui qui règne dans l’océan Indien.  Dans la nouvelle Hollande où l’ardeur du climat n’est pas si grande, parce que cette terre commence à s’éloigner de l’équateur, on retrouve des peuples moins noirs & assez semblables aux Hottentots; ces Nègres & ces Hottentots que l’on trouve sous la même

latitude,

NATURAL HISTORY. 341

blows most constantly, we shall easily conceive that the western coasts of this part of the world must, and actually do, experience a greater degree of heat than those of the eastern coasts; as the east wind reaches the latter with the freshness which it receives in passing over a vast sea, whereas before it reaches the former, it acquires a burning heat, [518][519] in traversing the interior parts of Africa. Thus, therefore, the coasts of Senegal, Sierra Leona, Guinea, and all the western regions of Africa, situated under the Torrid Zone, are the hottest climates in the world; nor is it by any means so hot on the eastern coasts, at Mosambique, Mombaza, &c. I have not the smallest doubt, therefore, but this is the reason that we find the real negroes, or the blackest men, in the western territories of Africa, and Caffres, or black men, of a hue more light, in the eastern territories. The evident difference which subsists between these two species of blacks proceeds from the heat of their climate, which is not very great in the eastern, but excessive in the western. Beyond the Tropic, on the south, the heat is considerably diminished, not only from its situation as to climate, but from the point of Africa being contracted; and as that point is surrounded by

the

DE L’HOMME. 521

latitude, à une si grande distance des autres Nègres & des autres Hottentots, ne prouvent-ils pas que leur couleur ne dépend que de l’ardeur du climat? car on ne peut pas soupçonner qu’il y ait jamais eu de communication de l’Afrique à ce continent austral, & cependant on y retrouve les mêmes espèces d’hommes parce qu’on y trouve les circonstances qui peuvent occasionner les mêmes degrés de chaleur.  Un exemple pris des animaux pourra confirmer encore tout ce que je viens de dire, on a observé qu’en Dauphiné tous les cochons sont noirs, & qu’au contraire de l’autre côté du Rhône en Vivarais, où il fait plus froid qu’en Dauphiné, tous les cochons sont blancs; il n’y a pas d’apparence que les habitans de ces deux provinces se soient accordez pour n’élever les uns que des cochons noirs, & les autres des cochons blancs, & il me semble que cette différence ne peut venir que de celle de la température du climat, combinée peut-être avec celle de la nourriture de ces animaux.
     Les Noirs qu’on a trouvez, mais en fort petit nombre, aux Philippines & dans quelques autres isles de l’océan Indien, viennent apparemment de ces Papous ou Nègres de la nouvelle Guinée, que les Européens ne connoissent que depuis environ cinquante ans: Dampier découvrit en 1700 la partie la plus orientale de cette terre, à laquelle il donna le nom de nouvelle Bretagne, mais on ignore encore l’étendue de cette contrée; on sait seulement qu’elle n’est pas fort peuplée dans les parties qu’on a reconnues.

On

342 BUFFON’S

the sea the air is necessarily more temperate than it could be in the middle of a continent. The colour of the inhabitants of this country begins to assume a fairer hue, and they are naturally more white than black. Nothing affords a more convincing proof that the climate is the principal cause of the variety in the human species than the colour of the Hottentots, who could not possibly be found less black did they not enjoy a more temperate climate. [519][520]
     In this opinion we shall be more confirmed if we examine the other nations under the Torrid Zone, on the east side of Africa. The inhabitants of the Maldivia islands, of Ceylon, of the point of the peninsula of India, of Sumatra, of Malacca, of Borneo, of Celebes, of the Philippines, &c. are very brown, though not absolutely black, from all these countries being either islands or peninsulas. In these climates the heat of the air is temporized* by the sea; besides which, neither the east nor west wind, which reign alternately in that part, of the globe, can reach the Indian Archipelago without passing over seas of an immense extent. As their heat is not excessive, therefore, all these islands are peopled with brown men; but in New Guinea we again meet with red

* temporized tempered. [Meijer]

blacks,

522 HISTOIRE NATURELLE

     On ne trouve donc des Nègres que dans les climats de la terre où toutes les circonstances sont réunies pour produire une chaleur constante & toûjours excessive: cette chaleur est si nécessaire, non seulement à la production, mais même à la conservation des Nègres, qu’on a observé dans nos isles où la chaleur, quoique très-forte, n’est pas comparable à celle du Sénégal, que les enfans nouveaux-nez des Nègres sont si susceptibles des impressions de l’air, que l’on est obligé de les tenir pendant les neuf premiers jours après leur naissance dans des chambres bien fermées & bien chaudes; si l’on ne prend pas ces précautions, & qu’on les expose à l’air au moment de leur naissance, il leur survient une convulsion à la mâchoire, qui les empêche de prendre de la nourriture, & qui les fait mourir. M. Littre, qui fit en 1702 la dissection d’un Nègre, observa que le bout du gland qui n’étoit pas couvert du prépuce, étoit noir comme toute la peau, & que le reste qui étoit couvert étoit parfaitement blanc*: cette observation prouve que l’action de l’air est nécessaire pour produire la noirceur de la peau des Nègres; leurs enfans naissent blancs, ou plutôt rouges, comme ceux des autres hommes, mais deux ou trois jours après qu’ils sont nez, la couleur change, ils paroissent d’un jaune basané qui se brunit peu à peu, & au septième ou huitième jour ils sont déjà tout noirs. On sait que deux ou trois jours après la naissance tous les enfans ont une espèce de jaunisse, cette jaunisse dans

* Voyez l’Histoire de l’Académie des Sciences, année 1702, page 32.

les

NATURAL HISTORY. 343

blacks, and who, from the descriptions of travellers, seem to be absolute negroes, because the country they inhabit forms a continent to the east, and the wind is more hot than that which prevails in the Indian Ocean. In New Holland, where the heat of the climate is not so great, we find people less black, and not unlike the Hottentots. Do not these negroes and Hottentots, whom we meet with in the same latitude, [520][521] and at so great a distance from the other negroes and Hottentots, evince their colour depends upon the heat of the climate? That there was ever any communication between Africa and this southern continent, it is impossible to suppose; and yet in both we find the same species of men, because the same circumstances occur which occasion the same degrees of heat.
     From the animal creation we may obtain a further confirmation of what has been above advanced. In Dauphiny, it has been observed that all the hogs are black; and that on the other side of the Rhone, in Vivarais, where it is more cold than in Dauphiny, all the hogs are white. There is no probability that the inhabitants of one of these two provinces should have agreed to breed none but black

hogs,

DE L’HOMME. 523

les blancs n’a qu’un effet passager, & ne laisse à la peau aucune impression; dans les Nègres au contraire, elle donne à la peau une couleur ineffaçable, & qui noircit toûjours de plus en plus. M. Kolbe dit avoir remarqué que les enfans des Hottentots, qui naissent blancs comme ceux d’Europe, devenoient olivâtres par l’effet de cette jaunisse qui se répand dans toute la peau trois ou quatre jours après la naissance de l’enfant, & qui dans la suite ne disparoît plus: cependant cette jaunisse & l’impression actuelle de l’air ne me paroissent être que des causes occasionnelles de la noirceur, & non pas la cause première; car on remarque que les enfans des Nègres, ont dans le moment même de leur naissance, du noir à la racine des ongles & aux parties génitales: l’action de l’air & la jaunisse serviront, si l’on veut, à étendre cette couleur, mais il est certain que le germe de la noirceur est communiqué aux enfans par les pères & mères, qu’en quelque pays qu’un Nègre vienne au monde, il sera noir comme s’il étoit né dans son propre pays, & que s’il y a quelque différence dès la première génération, elle est si insensible qu’on ne s’en est pas aperçu. Cependant cela ne suffit pas pour qu’on soit en droit d’assurer qu’après un certain nombre de générations, cette couleur ne changeroit pas sensiblement, il y a au contraire toutes les raisons du monde pour présumer que comme elle ne vient originairement que de l’ardeur du climat & de l’action long-temps continuée de la chaleur, elle s’effaceroit peu à peu par la température d’un climat froit, & que par conséquent, si

l’on

344 BUFFON’S

hogs, and the other none but white ones. To me it appears, that this difference arises solely from the variation in the temperature of the climate, combined, perhaps, with that of the food of the animals.
     The few blacks who have been found in the Philippines, and other islands of the Indian Ocean, seem to originate from the Papous, or Negroes of New Guinea, whom the Europeans have not known much longer than half a century. Dampier discovered the most eastern part in 1700, and gave it the name of New Britain; we are still ignorant of its extent, yet we know that, so far as has been discovered, it is not very populous. [521][522]
     In those climates alone, then, where circumstances combine to create a constant and excessive heat, do we meet with negroes. This heat is necessary not only to the production, but even to the preservation of negroes; and where the heat, though violent, is not comparable to that of Senegal, the negro infants are so susceptible of the impressions of the air, that there is a necessity for keeping them during the first nine days in warm apartments; if this precaution is omitted, and they are exposed to the air soon after their

birth,

524 HISTOIRE NATURELLE

l’on transportoit des Nègres dans une province du nord, leurs descendans à la huitième, dixième ou douzième génération seroient beaucoup moins noirs que leurs ancêtres, & peut-être aussi blancs que les peuples originaires du climat froid où ils habiteroient.
     Les Anatomistes ont cherché dans quelle partie de la peau résidoit la couleur noire des Nègres, les uns prétendent que ce n’est ni dans le corps de la peau ni dans l’épiderme, mais dans la membrane réticulaire, qui se trouve entre l’épiderme & la peaua; que cette membrane lavée & tenue dans l’eau tiède pendant fort long-temps, ne change pas de couleur & reste toûjours noire, au lieu que la peau & la surpeau paroissent être à peu près aussi blanches que celles des autres hommes.  Le Docteur Towns, & quelques autres, ont prétendu que le sang des Nègres étoit beaucoup plus noir que celui des blancs; je n’ai pas été à portée de vérifier ce fait, que je serois assez porté à croire, car j’ai remarqué que les hommes parmi nous qui ont le teint basané, jaunâtre & brun, ont le sang plus noir que les autres; & ces Auteurs prétendent que la couleur des Nègres vient de celle de leur sangb. M. Barrere, qui paroît avoir examiné la chose de plus près qu’aucun autrec, dit, aussi-bien que M. Winslow d, que l’épiderme

a Voyez l’Hist. de l’Acad. des Sciences, année 1702, page 32.
b Voyez l’Écrit du Docteur Towns, adressé à la Société Royale de Londres.
c Voyez la Dissertation sur la couleur des Nègres, par M. Barrere. Paris, 1741.
d Voyez Exposition anatom. du corps humain, par M. Winslow, page 489.

des

NATURAL HISTORY. 345

birth, a convulsion in the jaw succeeds, which preventing them from receiving any sustenance, they presently die.
     In the History of the Academy of Sciences we read, that M. Littre,* in dissecting a negro, in 1702, remarked, that the point of the glands which was not covered with the prepuce was black, and the rest perfectly white. From this observation it is evident, that the air is necessary to produce the blackness of negroes. Their children are born white, or rather red, like those of other men, but two or three days after they change to a tawny yellow, which gradually darkens till the seventh or eighth day, when they are completely black. All children two or three days after their birth have a kind of jaundice, [522][523] which in white children is transitory, and leaves no impression upon the skin; but in negro children it gives a colour to the skin, and continues to grow more and more black. M. Kolbe mentions having observed this fact among the children of Hottentots. This jaundice, however, and the impression of the air, seem to be only occasional, and not the primary cause of this blackness; since it is remarked, that the children of negroes have, the instant of their birth, a

* Several of Alexis Littré’s memoirs were published by the Academy of Sciences. This one dated from 1702. [Duchet 316n134]

blackness

DE L’HOMME. 525

des Nègres est noir, & que s’il a paru blanc à ceux qui l’ont examiné, c’est parce qu’il est extrêmement mince & transparent, mais qu’il est réellement aussi noir que de la corne noire qu’on auroit réduite à une aussi petite épaisseur: ils assurent aussi que la peau des Nègres est d’un rouge brun approchant du noir; cette couleur de l’épiderme & de la peau des Nègres est produite, selon M. Barrere, par la bile qui dans les Nègres n’est pas jaune, mais toûjours noire comme de l’encre, comme il croit s’en être assuré sur plusieurs cadavres de Nègres qu’il a eu occasion de disséquer à Cayenne: la bile teint en effet la peau des hommes blancs en jaune lorsqu’elle se répand, & il y a apparence que si elle étoit noire, elle la teindroit en noir; mais dès que l’épanchement de bile cesse, la peau reprend sa blancheur naturelle: il faudroit donc supposer que la bile est toûjours répandue dans les Nègres, ou bien que, comme le dit M. Barrere, elle fût si abondante, qu’elle se séparât naturellement dans l’épiderme en assez grande quantité pour lui donner cette couleur noire. Au reste il est probable que la bile & le sang sont plus bruns dans les Nègres que dans les blancs, comme la peau est aussi plus noire; mais l’un de ces faits ne peut pas servir à expliquer la cause de l’autre, car si l’on prétend que c’est le sang ou la bile qui, par leur noirceur, donnent cette couleur à la peau, alors au lieu de demander pourquoi les Nègres ont la peau noire, on demandera pourquoi ils ont la bile ou le sang noir; ce n’est donc qu’éloigner la question, au lieu de la résoudre. Pour moi j’avoue qu’il m’a toûjours paru que la

même

346 BUFFON’S

blackness in the genitals, and at the root of the nails. The action of the air and the jaundice may serve to extend this blackness, but it is certain that the principle of it is communicated to the children by their parents; that in whatever country a negro may be born, he will be as black as if he had been brought forth in his own; and if there is any difference in the first generation it is imperceptible; [523][524] from this circumstance, however, we are not to suppose, that after a certain number of generations, the colour would not undergo a very sensible change.
     Many have been the researches of anatomists respecting this black colour. Some pretend, that it is neither in the skin, nor in the epidermis, but in the cellular membrane1 which is between them; that this membrane, though washed, and held ever so long in warm water, does not change colour, while the skin, and the surface of the skin, appear to be nearly as white as those of other men. Dr. Town,2 in his letter to the Royal Society, and a few others, maintain, that the blood is black in negroes, and from which cause their colour originates; a fact which I am inclined to believe, from having remarked, that among ourselves the

1 Malpighi and Ruysch. [Duchet 317n135]
2 Towns, Mémoire...sur la couleur du sang des nègres. [Duchet 317n136]

blood

526 HISTOIRE NATURELLE

même cause qui nous brunit lorsque nous nous exposons au grand air & aux ardeurs du soleil, cette cause qui fait que les Espagnols sont plus bruns que les François, & les Maures plus que les Espagnols, fait aussi que les Nègres le sont plus que les Maures: d’ailleurs nous ne voulons pas chercher ici comment cette cause agit, mais seulement nous assurer qu’elle agit, & que ses effets sont d’autant plus grands & plus sensibles, qu’elle agit plus fortement & plus long-temps.
     La chaleur du climat est la principale cause de la couleur noire: lorsque cette chaleur est excessive, comme au Sénégal & en Guinée, les hommes sont tout-à-fait noirs; lorsqu’elle est un peu moins forte, comme sur les côtes orientales de l’Afrique, les hommes sont moins noirs; lorsqu’elle commence à devenir un peu plus tempérée, comme en Barbarie, au Mogol, en Arabie, &c. les hommes ne sont que bruns; & enfin lorsqu’elle est tout-à-fait tempérée, comme en Europe & en Asie, les hommes sont blancs, on y remarque seulement quelques variétés qui ne viennent que de la manière de vivre, par exemple, tous les Tartares sont basanez, tandis que les peuples d’Europe qui sont sous la même latitude sont blancs: on doit, ce me semble, attribuer cette différence à ce que les Tartares sont toûjours exposez à l’air, qu’ils n’ont ni villes ni demeures fixes, qu’ils couchent sur la terre, qu’ils vivent d’une manière dure & sauvage, cela seul suffit pour qu’ils soient moins blancs que les peuples de l’Europe auxquels il ne manque rien de tout ce qui

peut

NATURAL HISTORY. 347

blood of those who are tawny, yellow, or brown, is proportionally more black than that of others. [524][525]
     According to M. Barrere,* this colour of the negroes is produced by the bile, which in them is not yellow, but always black as ink; of which he affirms he received certain proof from several negroes which he had occasion to dissect at Cayenne. When the bile is diffused, it tinges the skin of white people yellow; and it is probable, that if the former were black, the latter would be black also. But as when the overflow of the bile ceases, the skin recovers its natural whiteness, so on this principle there is a necessity for supposing that in the negroes there is always an overflow of bile, or at least that, as M. Barrere observes, it is so abundant, as naturally to secrete itself in the epidermis, in a quantity sufficient to communicate this black colour. It is probable that the bile and blood of negroes are more brown than those of white men, as their skin is more black. But one of these facts can never be admitted as an explanation of the cause of the other; for it is the blood or bile which, by its blackness, communicates this colour to the skin, then, instead of inquiring why the skin of negroes is

* Barrère, French naturalist, who was a physician, botanist to the King, lived for a long time in Guiana, South America. He published an Essai sur l’histoire naturelle de la France équinoxiale and a Relation of his stay. His memoir on the causes of blackness in Negroes dated from 1741. [Duchet 317n137]

black

DE L’HOMME.527

peut rendre la vie douce: pourquoi les Chinois sont-ils plus blancs que les Tartares, auxquels ils ressemblent d’ailleurs par tous les traits du visage? c’est parce qu’ils habitent dans des villes, parce qu’ils sont policez, parce qu’ils ont tous les moyens de se garantir des injures de l’air & de la terre, & que les Tartares y sont perpétuellement exposez.
     Mais lorsque le froid devient extrême, il produit quelques effets semblables à ceux de la chaleur excessive; les Samoïedes, les Lappons, les Grœnlandois sont fort basanez; on assure même, comme nous l’avons dit, qu’il se trouve parmi les Grœnlandois des hommes aussi noirs que ceux de l’Afrique: les deux extrêmes, comme l’on voit, se rapprochent encore ici, un froid très-vif & une chaleur brûlante produisent le même effet sur la peau, parce que l’une & l’autre de ces deux causes agissent par une qualité qui leur est commune, cette qualité est la sécheresse qui, dans un air très-froid, peut être aussi grande que dans un air chaud, le froid comme le chaud doit dessécher la peau, l’altérer & lui donner cette couleur basanée que l’on trouve dans les Lappons. Le froid resserre, rapetisse & réduit à un moindre volume toutes les productions de la Nature, aussi les Lappons qui sont perpétuellement exposez à la rigueur du plus grand froid, sont les plus petits de tous les hommes. Rien ne prouve mieux l’influence du climat que cette race Lapponne qui se trouve placée tout le long du cercle polaire dans une très-longue zone, dont la largeur est bornée par l’étendue du climat

excessivement

348 BUFFON’S

black, we must inquire why their bile or blood is so; and thus, by deviating from the question, we find ourselves more than ever remote from the solution of it. For my own part, I own I have always been of opinion, [525][526] that the cause which renders a Spaniard more brown than a Frenchman, and a Moor than a Spaniard, is also the cause which renders a Negro blacker than a Moor. At present I mean not to enquire how this cause acts, but only to ascertain that it does act, and that its effects are the more considerable, in proportion to the force and continuance of action.
     Of the blackness of the skin, the principal cause is the heat of the climate. When this heat is excessive, as at Senegal, and in Guinea, the inhabitants are entirely black; when it is rather less violent, as on the eastern coasts of Africa, they are of a shade more light; when it becomes somewhat temperate, as in Barbary, Mogul, Arabia, &c. they are only brown; and in fine, when it is altogether temperate, as in Europe and in Asia, they are white; and the varieties there remarked proceed solely from the mode of living. All the Tartars, for example, are tawny, while the Europeans, who live in the same latitude, are white. This

difference

528 HISTOIRE NATURELLE

excessivement froid, & finit dès qu’on arrive dans un pays un peu plus tempéré.
     Le climat le plus tempéré est depuis le 40me degré jusqu’au 50me, c’est aussi sous cette zone que se trouvent les hommes les plus beaux & les mieux faits, c’est sous ce climat qu’on doit prendre l’idée de la vraie couleur naturelle de l’homme, c’est-là où l’on doit prendre le modèle ou l’unité à laquelle il faut rapporter toutes les autres nuances de couleur & de beauté, les deux extrêmes sont également éloignez du vrai & du beau: les pays policez situez sous cette zone, sont la Georgie, la Circassie, l’Ukraine, la Turquie d’Europe, la Hongrie, l’Allemagne méridionale, l’Italie, la Suisse, la France, & la partie septentrionale de l’Espagne, tous ces peuples sont aussi les plus beaux & les mieux faits de toute la terre.
     On peut donc regarder le climat comme la cause première & presque unique de la couleur des hommes; mais la nourriture, qui fait à la couleur beaucoup moins que le climat, fait beaucoup à la forme. Des nourritures grossières, mal saines ou mal préparées peuvent faire dégénérer l’espèce humaine, tous les peuples qui vivent misérablement sont laids & mal faits; chez nous-mêmes les gens de la campagne sont plus laids que ceux des villes, & j’ai souvent remarqué que dans les villages où la pauvreté est moins grande que dans les autres villages voisins, les hommes y sont aussi mieux faits & les visages moins laids. L’air & la terre influent beaucoup

sur

NATURAL HISTORY. 349

difference clearly arises from the former being always exposed to the air; having no towns nor fixed habitations; sleeping upon the earth, and living coarsely and savagely. These circumstances are sufficient to render them less white than the Europeans, who want nothing to render life comfortable and agreeable. [526][527] Why are the Chinese whiter than the Tartars, whom they resemble in all their features? Certainly from the above reasons.
     When cold becomes extreme, it produces effects similar to those of excessive heat. The Samoiedes, Laplanders, and Greenlanders, are very tawny; and it is even asserted, that some Greenlanders are as black as those of Africa. Here the two extremes meet. Violent cold and violent heat produce the same effect upon the skin, because these two causes act by a quality which they possess in common. Dryness of the air is this quality; and which cold is as equally productive as intense heat; by either the skin may be dried, and rendered as tawny as what we find it among the Laplanders. Cold compresses all the productions of nature; and thus it is that the Laplanders, who are perpetually exposed to the rigours of frost, are the smallest of the human species.

The

DE L’HOMME.529

sur la forme des hommes, des animaux, des plantes: qu’on examine dans le même canton les hommes qui habitent les terres élevées, comme les côtaux ou le dessus des collines, & qu’on les compare avec ceux qui occupent le milieu des vallées voisines, on trouvera que les premiers sont agiles, dispos, bien faits, spirituels, & que les femmes y sont communément jolies; au lieu que dans le plat-pays, où la terre est grosse, l’air épais, & l’eau moins pure, les paysans sont grossiers, pesans, mal faits, stupides, & les paysannes presque toutes laides. Qu’on amène des chevaux d’Espagne ou de Barbarie en France, il ne sera pas possible de perpétuer leur race, ils commencent à dégénérer dès la première génération, & à la troisième ou quatrième ces chevaux de race barbe ou espagnole, sans aucun mélange avec d’autres races, ne laisseront pas de devenir des chevaux françois; en sorte que pour perpétuer les beaux chevaux, on est obligé de croiser les races, en faisant venir de nouveaux étalons d’Espagne ou de Barbarie: le climat & la nourriture influent donc sur la forme des animaux d’une manière si marquée, qu’on ne peut pas douter de leurs effets; & quoiqu’ils soient moins prompts, moins apparens & moins sensibles sur les hommes, nous devons conclurre par analogie, que ces effets ont lieu dans l’espèce humaine, & qu’ils se manifestent par les variétés qu’on y trouve.
     Tout concourt donc à prouver que le genre humain n’est pas composé d’espèces essentiellement différentes

entre

350 BUFFON’S

[527][528]      The most temperate climate is between the degrees of 40 and 50; where the human form is in its greatest perfection; and where we ought to form our ideas of the real and natural colour of man. Situated under this Zone the civilized countries are, Georgia, Circassia, the Ukraine, Turkey in Europe, Hungary, South Germany, Italy, Switzerland, France, and the North of Spain; of all which the inhabitants are the most beautiful people in the world.
     As the principal cause of the colour of mankind, we ought to consider the climate; the effects of nourishment are less upon the colour, yet upon the form they are prodigious. Food which is gross, unwholesome, or badly prepared, produces a degeneracy in the human species; and in all countries where the people are wretchedly fed, they are ugly, and badly shaped. Even in France, the inhabitants of country places are more ugly than those of towns; and I have often remarked, that in villages where poverty and distress were less prevalent, the people were in person more shapely, and in visage less ugly. [528][529] The air and the soil have also great influence on the form of men, animals, and vegetables. The

peasants

530 HISTOIRE NATURELLE, &c.

entre elles, qu’au contraire il n’y a eu originairement qu’une seule espèce d’hommes, qui s’étant multipliée & répandue sur toute la surface de la terre, a subi différens changemens par l’influence du climat, par la différence de la nourriture, par celle de la manière de vivre, par les maladies épidémiques, & aussi par le mélange varié à l’infini des individus plus ou moins ressemblans; que d’abord ces altérations n’étoient pas si marquées, & ne produisoient que des variétés individuelles; qu’elles sont ensuite devenues variétés de l’espèce, parce qu’elles sont devenues plus générales, plus sensibles & plus constantes par l’action continuée de ces mêmes causes; qu’elles se sont perpétuées & qu’elles se perpétuent de génération en génération, comme les difformités ou les maladies des pères & mères passent à leurs enfans; & qu’enfin, comme elles n’ont été produites originairement que par le concours de causes extérieures & accidentelles, qu’elles n’ont été confirmées & rendues constantes que par le temps & l’action continuée de ces mêmes causes, il est très-probable qu’elles disparoîtroient aussi peu à peu, & avec le temps, ou même qu’elles deviendroient différentes de ce qu’elles sont aujourd’hui, si ces mêmes causes ne subsistoient plus, ou si elles venoient à varier dans d’autres circonstances & par d’autres combinaisons.

Fin du troisième volume.

NATURAL HISTORY. 351

peasants who live on hilly grounds are more active, nimble, well-shaped, and lively, than those who live in the neighbouring vallies, where the air is thick and unrefined.
     Horses from Spain or Barbary cannot be perpetuated in France; in the very first generation they degenerate, and by the third or fourth they become downright French horses. So striking is the influence of climate and food upon animals, that the effects of either are well known, and though they are less sudden and less apparent upon men, yet, from analogy, we must conclude they extend to the human species, and that in the varieties we find therein, they plainly manifest themselves.
     From every circumstance may we obtain a proof, that mankind are not composed of species essentially different from each other; [529][530] that, on the contrary, there was originally but one species, which, after being multiplied and diffused over the whole surface of the earth, underwent divers changes from the influence of the climate, food, mode of living, epidemical* distempers, and the intermixture of individuals, more or less resembling each other; that at first these alterations were less conspicuous, and confined to individuals; that afterwards, from

* epidemical endemic. [Meijer]

continued

Bibliography:

Michèle Duchet, ed., Buffon’s De l’homme (Paris: François Maspero, 1971).

352 BUFFON’S

continued action, they formed specific varieties; that these varieties have been perpetuated from generation to generation, in the same manner as deformities and diseases pass from parents to their children, and that in fine, as they were first produced by a concurrence of external and accidental causes, and have been confirmed and rendered permanent by time, and by the continual action of these causes, so it is highly probable that in time they would gradually disappear, or become different from what they at present are, if such causes were no longer to subsist, or it they were in any material point to vary.

END OF THE FOURTH VOLUME.
___________________________
T. Gillet, Printer, Wild-court.

La Fin

Buffon by Jacques Roger

Glossary of 18th-century Terms

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