Buffon's 'Histoire Naturelle'Les «Variétés dans l’espèce humaine» de G.L.L. Buffon
Home > Texts > Georges Buffon > James Smith Barr
















pp 370-402

pp 403-435

pp 436-468

pp 469-501

pp 502-530


     If we next examine those who live in climates more temperate, we shall find that the people northward of Mogul and Persia, the Armenians, Turks, Georgians, Mingrelians, Circassians, Greeks, and the Europeans at large, are the most fair and handsome in the world; and that however remote Cashmire may be from Spain, or Circassia from France, yet situated nearly at the same distance from the equator, the resemblance between the natives is singularly striking.
     The people of Cashmire, says Bernier, are celebrated for beauty; they are as well made as the Europeans; they have nothing of the Tartar visages; nor have they that flat nose, and those pig’s eyes we met with among their neighbours. The women are particularly handsome; and it is very common for strangers, on coming to the court of Mogul, to provide themselves with wives from Cashmire, in order to have children that may pass for true Moguls.
     The natives of Georgia are of a more refined extraction than those of Cashmire. In the whole of that country we find not an ugly face; and the women enjoy from Nature graces superior to those of any other race. [433][434] They are



le mari ne soit pas content de sa femme & qu’il s’en plaigne le premier, le Seigneur du lieu envoie prendre la femme, la fait vendre, & en donne une autre à l’homme qui s’en plaint, & de même si la femme se plaint la première on la laisse libre & on lui ôte son mari*.
     Les Mingréliens sont, au rapport des voyageurs, tout aussi beaux & aussi bien faits que les Géorgiens ou les Circassiens, & il semble que ces trois peuples ne fassent qu’une seule & même race d’hommes. « Il y a en Mingrélie, dit Chardin, des femmes merveilleusement bien faites, d’un air majestueux, de visage & de taille admirables; elles ont outre cela un regard engageant qui caresse tous ceux qui les regardent: les moins belles & celles qui sont âgées se fardent grossièrement, & se peignent tout le visage, sourcils, joues, front, nez, menton; les autres se contentent de se peindre les sourcils, elles se parent le plus qu’elles peuvent. Leur habit est semblable à celui des Persannes, elles portent un voile qui ne couvre que le dessus & le derrière de la tête, elles ont de l’esprit, elles sont civiles & affectueuse, mais en même temps très-perfides, & il n’y a point de méchanceté qu’elles ne mettent en usage pour se faire des amans, pour les conserver ou pour les perdre. Les hommes ont aussi bien de mauvaises qualités, ils sont tous élevez au larcin, ils l’étudient, ils en font leur emploi, leur plaisir & leur honneur, ils content avec une satisfaction extrême les vols qu’ils ont

* Voyez les voyages de Tavernier. Rouen, 1713, Tome I, page 469.



tall and well-shaped; their waist is exceedingly delicate, and their faces are truly charming. The men are also very handsome; and, from their natural ingenuity, were it not counteracted by a wretched education, which renders them ignorant and vicious, they might successfully cultivate the arts and sciences. In no country whatever, perhaps, are libertinism and drunkenness carried to so great a pitch as in Georgia. Chardin says, that even the clergy are exceedingly addicted to wine; that, in the character of slaves, they retain a number of concubines, and that at this custom, as being general and even authorised, no person takes offence. He adds, that the prefect of the Capuchins assured him, that the Patriarch of Georgia publicly declares, that he who, at the grand festivals, as those of Easter and Christmas, does not get drunk, is unworthy to be called a Christian, and ought to be excommunicated. With all their vices the Georgians are a civil and humane people, little subject to passion, but irreconcileable enemies when provoked, and have conceived an antipathy.
     “The women of Circassia,” says Struys, “are also exceedingly fair and beautiful. [434][435] Their complexion has the finest tints, their forehead



faits, ils en sont louez, ils en tirent leur plus grande gloire; l’assassinat, le vol, le mensonge, c’est ce qu’ils appellent de belles actions; le concubinage, la bigamie, l’inceste, sont des habitudes vertueuses en Mingrélie, l’on s’y enlève les femmes les uns aux autres, on y prend sans scrupule sa tante, sa nièce, la tante de sa femme, on épouse deux ou trois femmes à la fois, & chacun entretient autant de concubines qu’il veut. Les maris sont très-peu jaloux, & quand un homme prend sa femme sur le fait avec son galant, il a droit de le contraindre à payer un cochon, & d’ordinaire il ne prend pas d’autre vengeance, le cochon se mange entre eux trois. Ils prétendent que c’est une très-bonne & très-louable coûtume d’avoir plusieurs femmes & plusieurs concubines, parce qu’on engendre beaucoup d’enfans qu’on vend argent comptant, ou qu’on échange pour des hardes & pour des vivres ». Voyez les voyages de Chardin, page 77 & suiv.
     Au reste ces esclaves ne sont pas fort chers, car les hommes âgés depuis vingt-cinq ans jusqu’à quarante ne coûtent que quinze écus, ceux qui sont plus âgés huit ou dix; les belles filles d’entre treize & dix-huit ans, vingt écus, les autres moins; les femmes douze écus, & les enfans trois ou quatre. Idem, page 105.
     Les Turcs qui achettent un très-grand nombre de ces esclaves, sont un peuple composé de plusieurs autres peuples, les Arméniens, les Géorgiens, les Turcomans se sont mêlez avec les Arabes, les Égyptiens, & même avec les Européens dans le temps des Croisades, il n’est donc



is large and smooth, and, without the aid of art, their eye-brows are so delicate, that they appear as curved threads of silk. Their eyes are large, expressive, and full of fire; their noses finely shaped, and their lips perfect vermilion; their mouths are small, and constantly expressive of smiles, and their chins form the termination of a perfect oval. Their necks and breasts are admirably formed; their stature is tall, and the shape of their body easy; their skin is white as snow, and their hair of the most beautiful black. They wear a little black stuff cap, over which is fastened a roller of the same colour; but, what is truly ridiculous, the widows, instead of this roller, wear the bladder of an ox, or a cow, blown out as much as possible, which disfigures them amazingly. In summer the inferior classes wear nothing but a shift, which is open down to the middle, and is generally blue, yellow, or red. Though tolerably familiar with strangers, they are faithful to their husbands, who are by no means jealous of them.”
     Tavernier says also, that the women of Comania and Circassia are, like those of Georgia, very shapely and beautiful; that they retain the freshness of their complexion till the age of



guère possible de reconnoître les habitans naturels de l’Asie mineure, de la Syrie & du reste de la Turquie: tout ce qu’on peut dire, c’est qu’en général les Turcs sont des hommes robustes & assez bien faits; il est même assez rare de trouver parmi eux des bossus & des boiteuxa. Les femmes sont aussi ordinairement belles, bien faites & sans défaut; elles sont fort blanches parce qu’elles sortent peu, & que quand elles sortent elles sont toûjours voiléesb.
     « Il n’y a femme de laboureur ou de paysan en Asie, dit Belon, qui n’ait le teint frais comme une rose, la peau délicate & blanche, si polie & si bien tendue qu’il semble toucher du velours; elles se servent de terre de Chio qu’elles détrempent pour en faire une espèce d’onguent dont elles se frottent tout le corps en entrant au bain, aussi-bien que le visage & les cheveux. Elles se peignent aussi les sourcils en noir, d’autres se les font abattre avec du rusma & se font de faux sourcils avec de la teinture noire, elles les font en forme d’arc & élevez en croissant, cela est beau à voir de loin, mais laid lorsqu’on regarde de près, cet usage est pourtant de toute ancienneté ». Voyez les observations de Pierre Belon. Paris, 1555, page 199. Il ajoûte que les Turcs, hommes & femmes, ne portent de poil en aucune partie du corps excepté les cheveux & la barbe; qu’ils se servent du rusma pour l’ôter, qu’ils mêlent moitié autant de chaux vive qu’il y a de rusma, & qu’ils

a Voyez le voyage de Thevenot. Paris, 1664, Tome I, page 55.
b Idem, Tome I, page 105.



45 or 50; that they are all very industrious, and often employed in the most servile offices. In marriage these people possess an uncommon degree of liberty. [435][436] If the husband is not contented with his wife, and he makes his complaint first, the lord of the district sends for the wife, orders her to be sold, and provides the husband with another. If the woman complains first, her husband is taken from her, and she is left at her freedom.
     The Mingrelians are said to be as beautiful, and as well shaped as the Georgians or Circassians; and, indeed, they all seem to be of the same race. The women of Mingrelia, says Chardin, are very handsome, have a majestic air, their faces and forms are admirable, and have a look so engaging us to attract every beholder. Those who are less handsome, or advanced in years, daub their eyebrows, cheeks, forehead, nose, and chin, with paint; the rest only paint the eyebrows. They bestow every possible attention to their dress, which is similar to that of the Persians. They are lively, civil, and obliging, yet full of perfidy, and there is no wickedness they will not put in practice, in order to obtain, to preserve, or get rid of a lover. The men have likewise many bad qualities.



détrempent le tout dans de l’eau; qu’en entrant dans le bain on applique cette pomade, qu’on la laisse sur la peau à peu près autant de temps qu’il en faut pour cuire un œuf; dès que l’on commence à suer dans ce bain chaud le poil tombe de lui-même en le lavant seulement d’eau chaude avec la main, & la peau demeure lisse & polie sans aucun vestige de poil. Idem, page 198. Il dit encore qu’il y a en Égypte un petit arbrisseau nommé Alcanna, dont les feuilles desséchées & mises en poudre servent à teindre en jaune; les femmes de toute la Turquie s’en servent pour se teindre les mains, les pieds & les cheveux en couleur jaune ou rouge, ils teignent aussi de la même couleur les cheveux des petits enfans, tant mâles que femelles, & les crins de leurs chevaux, &c. Idem, page 136.
     Les femmes Turques se mettent de la tutie brûlée & préparée dans les yeux pour les rendre plus noirs, elles se servent pour cela d’un petit poinçon d’or ou d’argent qu’elles mouillent de leur salive pour prendre cette poudre noire, & la faire passer doucement entre leurs paupières & leurs prunellesa; elles se baignent aussi très-souvent, elles se parfument tous les jours, & il n’y a rien qu’elles ne mettent en usage pour conserver ou pour augmenter leur beauté; on prétend cependant que les Persannes se recherchent encore plus sur la propreté que les Turques; les hommes sont aussi de différens goûts sur la beauté, les Persans veulent des brunes & les Turcs des roussesb.

a V. la nouvelle relat. du Levant par M. P. A. Paris, 1667, p. 355.
b Voyez le voyage de la Boulaye, page 110.



They are all bred up to thievery, which they make a business and amusement. With infinite satisfaction do they relate the different depredations they have committed, for which they are extolled, and derive their greatest glory. [436][437] In Mingrelia, falsehood, robbery, and murder, they call good actions; whoredom, bigamy, and incest, virtuous habits. The husbands are little disturbed with jealousy; and when he detects his wife in the actual embraces of her gallant, he has only a right to demand a pig from him, which is his only atonement, his only revenge; and the pig they generally eat between them. They pretend it is a very good and laudable custom to have a number of wives and concubines, because they can have a greater increase of children, whom they can sell for gold, or exchange for goods or provisions. The Mingrelian slaves are not very dear. A man from the age of 25 to 40 is purchased for 15 crowns, and if older for eight or ten, a handsome girl, from 13 to 18 for 20 crowns; a woman for 12 crowns; and a child for three or four.
     The Turks, who purchase a vast number of these slaves, are so intermixed with Armenians, Georgians, Turcomans, Arabs, Egyptians, and



     On a prétendu que les Juifs, qui tous sortent originairement de la Syrie & de la Palestine, ont encore aujourd’hui le teint brun comme ils l’avoient autrefois; mais, comme le remarque fort bien Misson, c’est une erreur de dire que tous les Juifs sont basanez; cela n’est vrai que des Juifs Portugais. Ces gens-là se mariant toûjours les uns avec les autres, les enfans ressemblent à leurs père & mère, & leur teint brun se perpétue ainsi avec peu de diminution par-tout où ils habitent, même dans les pays du Nord; mais les Juifs Allemans, comme, par exemple, ceux de Prague, n’ont pas le teint plus basané que tous les autres Allemans*.
     Aujourd’hui les habitans de la Judée ressemblent aux autres Turcs, seulement ils sont plus bruns que ceux de Constantinople ou des côtes de la Mer noire, comme les Arabes sont aussi plus bruns que les Syriens, parce qu’ils sont plus méridionaux.
      Il en est de même chez les Grecs, ceux de la partie septentrionale de la Grèce sont fort blancs, ceux des isles ou des provinces méridionales sont bruns: généralement parlant les femmes Grecques sont encore plus belles & plus vives que les Turques, & elles ont de plus l’avantage d’une beaucoup plus grande liberté. Gemelli Careri dit que les femmes de l’isle de Chio sont blanches, belles, vives & fort familières avec les hommes, que les filles voient les étrangers fort librement, & que toutes ont

* Voyez les voyages de Misson, 1717. Tome II, page 225.



even Europeans, [437][438] it is hardly possible to distinguish the real natives of Asia Minor, Syria, and the rest of Turkey. The Turkish men are generally robust, and tolerably well made, and it is rare to find a deformed person among them. The women are also commonly beautiful, and free from blemishes; they are very fair, because they seldom stir from home, and never without being veiled.
     According to Belon,1 there is not a woman in Asia whose complexion is not fresh as a rose, whose skin is not fair, delicate, and smooth as velvet. Of the earth of China,2 diluted, they form a kind of ointment, with which they rub all over their bodies before they bathe. Some likewise paint their eye-brows black, while others eradicate the hairs with rusma, and paint themselves eye-brows in the form of a crescent, which are beautiful when viewed at a distance, but quite the reverse when examined more closely. This custom is very ancient. Among the Turks, he adds, neither men nor women wear hair on any part of the body, the head and chin excepted; that they use rusma2 mixed with quick lime, and diluted in water, [438][439] which they apply before they go into the warm bath, and so soon as they begin to sweat in thus

1 Pierre Belon, Observations... (Paris, 1555). [Duchet 265n69]
2 China Chio or Chian. [Meijer]
3 A kind of vitriol (sulfuric acid), according to the Encyclopédie, used as a depilatory. [Duchet 265n70]



la gorge entiérement découvertea. Il dit aussi que les femmes Grèques ont les plus beaux cheveux du monde, sur-tout dans le voisinage de Constantinople, mais il remarque que ces femmes dont les cheveux descendent jusqu’aux talons, n’ont pas les traits aussi réguliers que les autres Grèquesb.
     Les Grecs regardent comme une très-grande beauté dans les femmes, d’avoir de grands & de gros yeux & les sourcils fort élevez, & ils veulent que les hommes les aient encore plus gros & plus grandsc. On peut remarquer dans tous les bustes antiques, les médailles, &c. des anciens Grecs, que les yeux sont d’une grandeur excessive en comparaison de celle des yeux dans les bustes & les médailles Romaines.
     Les habitans des Isles de l’Archipel sont presque tous grands nageurs & très-bons plongeurs. Thevenot dit qu’ils s’exercent à tirer les éponges du fond de la mer, & même les hardes & les marchandises des vaisseaux qui se perdent, & que dans l’isle de Samos on ne marie pas les garçons qu’ils ne puissent plonger sous l’eau à huit brasses au moinsd; Daper dit vingt brassese, & il ajoûte que dans quelques isles, comme dans celle de Nicarie, ils

a Voyez les voyages de Gemelli Careri. Paris, 1719, Tome I, page 110.
b Idem, Tome I, page 373.
c Voyez les observations de Belon, page 200.
d Voyez le voyage de Thevenot. Tome I, page 206.
e Voyez la description des isles de l’Archipel, par Daper. Amsterdam, 1703, page 163.



bathing the hair rubs off with the hand, and the skin remains soft and smooth, as if there had never been any upon it. He remarks further, that in Egypt there is a shrub called Alcanna,1 the leaves of which dried and powdered make a reddish yellow colour, which the women of Turkey use to colour their hair, hands, and feet. With this they also tinge the hair of their infants, and the manes of their horses. The Turkish women employ every art to add to their beauty, as do also the Persian, but the articles 2 they use are different, as the men of the former prefer red, and those of the latter brown complexions. [439][440]
     It has been pretended that the Jews, who came originally from Syria, and Palestine, have the same brown complexion they had formerly. As Misson,3 however, justly observes, the Jews of Portugal alone are tawny. As they always marry with their own tribe, the complexion of the parents is transmitted to the child, and thus with little diminution preserved, even in the northern countries. The German Jews, those of Prague, for example, are not more swarthy than the other Germans.

1 “Alcanna” or “Arcanna,” shrubby tree which leaves contain a coloring substance or dye. It is the cypre of the Ancients and the Hebrews (Cantiques I, 14), otherwise called “henna.” [Duchet 265n71]
2 Burnt tutty, “tutie” or “tuthie,” zinc-ointment (zinc oxide). [Duchet 266n72]
3 Misson, Voyages..., 1717. [Duchet 266n73]



ont une coûtume assez bizarre qui est de se parler de loin, sur-tout à la campagne, & que ces Insulaires ont la voix si forte qu’ils se parlent ordinairement d’un quant de lieue, & souvent d’une lieue, en sorte que la conversation est coupée par de grands intervalles, la réponse n’arrivant que plusieurs secondes après la question.
     Les Grecs, les Napolitains, les Siciliens, les habitans de Corse, de Sardaigne, & les Espagnols étant situez à peu près sous le même parallèle, sont assez semblables pour le teint, tous ces peuples sont plus basanez que les François, les Anglois, les Allemans, les Polonois, les Moldaves, les Circassiens, & tous les autres habitans du nord de l’Europe jusqu’en Lapponie, où, comme nous l’avons dit au commencement, on trouve une autre espèce d’hommes. Lorsqu’on fait le voyage d’Espagne, on commence à s’apercevoir dès Bayonne de la différence de couleur; les femmes ont le teint un peu plus brun, elles ont aussi les yeux plus brillansa.
     Les Espagnols sont maigres & assez petits, ils ont la taille fine, la tête belle, les traits réguliers, les yeux beaux, les dents assez bien rangées, mais ils ont le teint jaune & basané; les petits enfans naissent fort blancs, & sont fort beaux, mais en grandissant leur teint change d’une manière surprenante, l’air les jaunit, le soleil les brûle, & il est aisé de reconnoître un Espagnol de toutes les autres nations Européennesb. On a remarqué que dans quelques

a Voyez la relation du voyage d’Espagne. Paris, 1691, page 4.
b Idem, page 187.



     The present natives of Judea resemble the other Turks, being only a little more brown than those of Constantinople, or on the coasts of the Black Sea, in like manner as the Arabians are more brown than the Syrians, from their situation being more southern.
     It is the same with the Greeks. Those of the northern parts are more fair, while those of the southern islands, or provinces, are brown. Generally speaking, the Greek women are more handsome and vivacious than the Turks; they also enjoy a greater degree of liberty. Carreri says, the women of the island of Chio are fair, handsome, lively, and very familiar with the men; that the girls see strangers without restraint; and that they all have their necks uncovered. [440][441] He likewise says, that the Greek women have the finest hair in the world, especially in the vicinage of Constantinople; but that those whose hair descends to the heels, have features less regular.
     The Greeks consider large eyes, and elevated eye-brows, as a very great beauty in either sex; and we may remark in all busts and medals of ancient Greeks, the eyes are much larger than those of the ancient Romans.



provinces d’Espagne, comme aux environs de la rivière de Bidassoa, les habitans ont les oreilles d’une grandeur démesuréea.
     Les hommes à cheveux noirs ou bruns commencent à être rares en Angleterre, en Flandre, en Hollande & dans les provinces septentrionales de l’Allemagne; on n’en trouve presque point en Dannemark, en Suède, en Pologne. Selon M. Linnæus les Gots sont de haute taille, ils ont les cheveux lisses, blonds, argentez, & l’iris de l’œil bleuâtre: Gothi corpore proceriore, capillis albidis rectis, oculorum iridibus cinereo-cœrelescentibus. Les Finnois ont le corps musculeux & charnu, les cheveux blonds-jaunes & longs, l’iris de l’œil jaune-foncé: Fennones corpore toroso, capillis flavis prolixis, oculorum iridibus fuscisb.
     Les femmes sont fort fécondes en Suède, Rudbeck dit qu’elles y font ordinairement huit, dix ou douze enfans, & qu’il n’est pas rare qu’elles en fassent dix-huit, vingt, vingt-quatre, vingt-huit & jusqu’à trente; il dit de plus qu’il s’y trouve souvent des hommes qui passent cent ans, que quelques-uns vivent jusqu’à cent quarante ans, & qu’il y en a même eu deux, dont l’un a vécu cent cinquante-six, & l’autre cent soixante-un ansc. Mais il est vrai que cet auteur est un enthousiaste au sujet de sa patrie, & que, selon lui, la Suède est à tous égards le premier pays du monde. Cette fécondité dans les femmes ne suppose

a Voyez la relation du voyage d’Espagne. Paris, 1691, p. 326.
b Vide Linnæi faunam Suecicam. Stockolm, 1746, page 1.
c Vide Olaii Rudbeckii Atlantica. Upsal. 1684.



     The inhabitants of the Archipelago and excellent swimmers and divers. According to Thevenot,1 they are trained to the practice of bringing up goods which have been sunk into the sea; and that in the island of Samos, a young man has no chance of obtaining a wife, unless he can dive eight, and Dapper2 says twenty, fathoms. The latter adds, that in some of the islands, as in Nicaria, they have a strange custom of speaking to each other at a distance, [441][442] and that their voices are so strong, that when a quarter of a league, nay even a whole league asunder, they maintain a conversation, though not without long intervals, as after a question is asked, the answer does not arrive for several seconds.
     The Greeks, Neapolitans, Sicilians, Corsicans, Sardinians, and Spaniards, being situated nearly under the same line, are uniform in point of complexion. Those people are more swarthy than the English, French, Germans, Polanders,3 Mol­da­vians, Circassians, and all the other inhabitants of the north of Europe, till we advance to Lapland; where, as already observed, we find another race of men. In travelling through Spain, we begin to perceive a difference of colour even at Bayonne. There

1 Melchisedech [sic] Thevenot, Relations des divers voyages curieux... (Paris, 1663), 4 vols. One of the most appreciated accounts in the seventeenth and eighteenth centuries. [Duchet 267n74]
2 Olfert Dapper, Description de l’Afrique... (Amsterdam, 1703). The original appeared in Dutch in 1670. [Duchet 267n75]
3 Poles. [Meijer]



pas qu’elles aient plus de penchant à l’amour, les hommes mêmes sont beaucoup plus chastes dans les pays froids que dans les climats méridionaux. On est moins amoureux en Suède qu’en Espagne ou en Portugal, & cependant les femmes y font beaucoup plus d’enfans. Tout le monde sait que les Nations du nord ont inondé toute l’Europe au point que les Historiens ont appellé le Nord Officina gentium.
     L’auteur des voyages historiques de l’Europe dit aussi, comme Rudbeck, que les hommes vivent ordinairement en Suède plus long-temps que dans la plûpart des autres Royaumes de l’Europe, & qu’il en a vû plusieurs qu’on lui assuroit avoir plus de cent cinquante ansa. Il attribue cette longue durée de la vie des Suédois à la salubrité de l’air de ce climat, il dit à peu près la même chose du Dannemark; selon lui les Danois sont grands & robustes, d’un teint vif & coloré, & ils vivent fort long-temps à cause de la pureté de l’air qu’ils respirent; les femmes sont aussi fort blanches, assez bien faites, & très-fécondesb.
     Avant le Czar Pierre Ier les Moscovites étoient, dit-on, encore presque barbares; le peuple né dans l’esclavage étoit grossier, brutal, cruel, sans courage & sans mœurs. Ils se baignoient très-souvent hommes & femmes pêle-mêle dans des étuves échauffées à un degré de chaleur insoûtenable pour tout autre que pour eux; ils alloient ensuite,

a Voyez les voyages historiques de l’Europe. Paris, 1693, Tome VIII, page 229.
b Idem, Tome VIII, page 279 & 280.



the women have a complexion more brown, and eyes more brilliant.
     The Spaniards are meagre, rather short, yet handsome. They are yellow and swarthy; but their eyes are beautiful, their teeth well ranged, and their features are regular. Their children are born fair and handsome; but as they grow up their complexion changes surprisingly; the air and sun render them yellow and tawny; nor is it difficult to distinguish a Spaniard from a native of any other country in Europe. [442][443] In some provinces of Spain, as in the environs of the river Bidassoa, it is remarked, the inhabitants have ears of an immoderate size.
     Black or brown hair begins to be rather infrequent in England, Flanders, Holland, and in the northern provinces of Germany; nor is it hardly to be seen in Denmark, Sweden, or Poland. According to Linnaeus, the Goths are tall, their hair smooth and white as silver, and the iris of their eye is bluish. The Finlanders2 are muscular and fleshy; the hair long, and of a yellowish white, and the iris of the eye is of a deep yellow.
     In Sweden the women are exceedingly fruitful. Rudbeck3 says, that they commonly

1 Linnaeus, Fauna Suecica 1746. [Duchet 268n76]
2 Finns. [Meijer]
3 Olaus Rudbeck, Atlantica (Upsal, 1684). [Duchet 268n77]



comme les Lappons, se jeter dans l’eau froide au sortir de ces bains chauds. Ils se nourrissoient fort mal, leurs mets favoris n’étoient que des concombres ou des melons d’Astracan qu’ils mettoient pendant l’été confire avec de l’eau, de la farine & du sel*. Ils se privoient de quelques viandes, comme de pigeons ou de veau, par des scrupules ridicules; cependant dès ce temps-là même les femmes savoient se mettre du rouge, s’arracher les sourcils, se les peindre ou s’en former d’artificiels; elles savoient aussi porter des pierreries, parer leurs coëffures de perles, se vêtir d’étoffes riches & précieuses; ceci ne prouve-t-il pas que la barbarie commençoit à finir, & que leur Souverain n’a pas eu autant de peine à les policer que quelques auteurs ont voulu l’insinuer? Ce peuple est aujourd’hui civilisé, commerçant, curieux des arts & des sciences, aimant les spectacles & les nouveautés ingénieuses. Il ne suffit pas d’un grand homme pour faire ces changemens, il faut encore que ce grand homme naisse à propos.
     Quelques auteurs ont dit que l’air de Moscovie est si bon qu’il n’y a jamais eu de peste, cependant les annales du pays rapportent qu’en 1421, & pendant les six années suivantes la Moscovie fut tellement affligée de maladies contagieuses que la constitution des habitans & de leurs descendans en fût altérée, peu d’hommes depuis ce temps arrivant à l’âge de cent ans, au lieu qu’auparavant il y

* Voyez la relation curieuse de Moscovie. Paris, 1698, page 181.



bear 8, 10, or 12 children, and not unoften 18, 20, 24, 28, and even 30. He adds, that the men often live to the age of 100, some to that of 140; that one Swede lived to 156 years, and another to 161.
     This author is an enthusiast with regard to his country, and according to him, Sweden is the first country in the world. This fertility in the women does not imply a greater propensity to love. [443][444] In cold climates the inhabitants are far more chaste than in warm; and though they produce more children in Sweden, the women are less amorous than those of Spain or Portugal. It is universally known, that the northern nations have to so great a degree overrun all Europe, that historians have distinguished the north by the appellation of Officina Gentium.
     The author of the “Voyages Historiques de l’Europe,” agrees with Rudbeck, that there are more instances of longevity in Sweden, than in any other European nation; and that he saw several persons who, he was assured, had passed the age of 150. This longevity he attributes to the salubrity of their climate; and of the people of Denmark he makes the same remark; the Danes, he adds,



en avoit beaucoup qui alloient au delà de ce termea.
     Les Ingriens & les Caréliens qui habitent les provinces septentrionales de la Moscovie, & qui sont les naturels du pays des environs de Pétersbourg, sont des hommes vigoureux & d’une constitution robuste, ils ont pour la plûpart les cheveux blancs ou blondsb; ils ressemblent assez aux Finnois & ils parlent la même langue qui n’a aucun rapport avec toutes les autres langues du Nord.
     En réfléchissant sur la description historique que nous venons de faire de tous les peuples de l’Europe & de l’Asie, il paroît que la couleur dépend beaucoup du climat, sans cependant qu’on puisse dire qu’elle en dépende entiérement: il y a en effet plusieurs causes qui doivent influer sur la couleur & même sur la forme du corps & des traits des différens peuples; l’une des principales est la nourriture, & nous examinerons dans la suite les changemens qu’elle peut occasionner. Une autre qui ne laisse pas de produire son effet, sont les mœurs ou la manière de vivre; un peuple policé qui vit dans une certaine aisance, qui est accoûtumé à une vie réglée, douce & tranquille, qui par les soins d’un bon gouvernement est à l’abri d’une certaine misère, & ne peut manquer des choses de première nécessité, sera par cette seule raison composé d’hommes plus forts, plus beaux & mieux faits qu’une

a Voyez le voyage d’un Ambassadeur de l’Empereur Léopold au Czar Michaelowits. Leyde, 1688, page 220.
b Voyez les nouveaux mémoires sur l’état de la grande Russie. Paris, 1725, Tome II, page 64.



are tall, robust, and of a lively and florid complexion; that the women are likewise very fair, well made, and exceedingly prolific.
     Before the reign of Czar Peter I. we are told, the Muscovites had not emerged from barbarism. Born in slavery, they were ignorant, brutal, cruel, without courage and without manners. Men and women bathed promiscuously* in stoves heated to a degree intolerable to all persons but themselves; [444][445] and on quitting this warm bath they plunged, like the Laplanders, into cold water. Their food was homely; and their favourite dishes were cucumbers or melons, brought from Astracan, which in summer they preserved in a mixture of water, flour, and salt. From ridiculous scruples they refrained from the use of several meats, particularly pigeons and veal. Yet even at this period of unrefinement, the women were skilled in the arts of colouring their cheeks, plucking out their eye-brows, and painting artificial ones. They also adorned themselves with pearls and jewels, and their garments were made of rich and valuable stuffs. From these circumstances does it not appear, that the barbarism of the Muscovites was near a close, and that their sovereign had

* See what Buffon said on p. 376 about the Lapps and their “promiscuity.” This indiscreet mixing of the sexes was often noted as a sign of “barbarism” during the eighteenth century. It should be recalled perhaps that Rousseau judged this mingling contrary to “Nature’s most wise distinctions.” Saint-Preux asserted in La Nouvelle Héloïse: “Even savages are not seen with men and women indiscriminately mixed.” (IV, Lettre 10). Everything took place as if “Nature” “naturally” followed the principles of a Christian civilization... [Duchet 269n78]



nation sauvage & indépendante, où chaque individu ne tirant aucun secours de la société, est obligé de pourvoir à sa subsistance, de souffrir alternativement la faim ou les excès d’une nourriture souvent mauvaise, de s’épuiser de travaux ou de lassitude, d’éprouver les rigueurs du climat sans pouvoir s’en garantir, d’agir en un mot plus souvent comme animal que comme homme. En supposant ces deux différens peuples sous un même climat, on peut croire que les hommes de la nation sauvage seroient plus basanez, plus laids, plus petits, plus ridez que ceux de la nation policée. S’ils avoient quelque avantage sur ceux-ci, ce seroit par la force ou plûtôt par la dureté de leur corps, il pourroit se faire aussi qu’il y eût dans cette nation sauvage beaucoup moins de bossus, de boiteux, de sourds, de louches, &c. Ces hommes défectueux vivent & même se multiplient dans une nation policée où l’on se supporte les uns les autres, où le fort ne peut rien contre le foible, où les qualités du corps font beaucoup moins que celles de l’esprit; mais dans un peuple sauvage, comme chaque individu ne subsiste, ne vit, ne se défend que par ses qualités corporelles, son adresse & sa force, ceux qui sont malheureusement nez foibles, défectueux ou qui deviennent incommodez, cessent bien-tôt de faire partie de la nation.
     J’admettrois donc trois causes qui toutes trois concourent à produire les variétés que nous remarquons dans les différens peuples de la terre. La première est l’influence du climat, la seconde, qui tient beaucoup à la première, est la nourriture, & la troisième, qui tient peut-être encore



less trouble in polishing them than some authors have endeavoured to insinuate? They are now a people civilized, commercial, studious of the arts and sciences, fond of spectacles, and ingenious novelties.
     Some authors have said that the air of Muscovy is so salutary, as to prevent its being visited with a pestilence. In the annals of the country, however, it is recorded, that in the year 1741,1 and during the six subsequent years, the Muscovites were dreadfully afflicted with a contagious distemper, insomuch that even the constitution of their descendants has been altered by it; few of the inhabitants attaining now the age of an 100, whereas before that period numbers lived much beyond it. [445][446]
     The Ingrians and Carelians, who inhabit the northern provinces of Muscovy, and are the original natives of the country round Petersburg, are men of vigour and robust constitutions. Their complexion is generally fair; they resemble the Finlanders, and speak the same language, which has no affinity to that of any other European nation.2
     By this historical description of all the different inhabitants of Europe and Asia, it appears that the variation in their colour depend

1 1741. 1421 on p. 445 of the original text. [Meijer]
2 Hereafter follows Buffon’s hypothesis for the cause of human variation. Stylistically it is located precisely in the middle of the entire essay. [Meijer]



plus à la première & à la seconde, sont les mœurs; mais avant que d’exposer les raisons sur lesquelles nous croyons devoir fonder cette opinion, il est nécessaire de donner la description des peuples de l’Afrique & de l’Amérique, comme nous avons donné celle des autres peuples de la terre.
     Nous avons déjà parlé des nations de toute la partie septentrionale de l’Afrique, depuis la mer méditerranée jusqu’au tropique; tous ceux qui sont au delà du tropique depuis la mer rouge jusqu’à l’océan, sur une largeur d’environ cent ou cent cinquante lieues, sont encore des espèces de Maures, mais si basanez qu’ils paroissent presque tout noirs, les hommes sur-tout sont extrêmement bruns, les femmes sont un peu plus blanches, bien faites & assez belles; il y a parmi ces Maures une grande quantité de Mulâtres qui sont encore plus noirs qu’eux, parce qu’ils ont pour mères des Négresses que les Maures achettent & desquelles ils ne laissent pas d’avoir beaucoup d’enfans*. Au delà de cette étendue de terrein, sous le 17me ou 18me degré de latitude nord & au même parallèle on trouve les Nègres du Sénégal & ceux de la Nubie, les uns sur la mer océane & les autres sur la mer rouge; & ensuite tous les autres peuples de l’Afrique qui habitent depuis ce 18me degré de latitude nord jusqu’au 18me degré latitude sud, sont noirs, à l’exception des Éthiopiens ou Abyssins: il paroît donc que la portion du globe qui est départie par la Nature à cette race

* Voyez l’Afrique de Marmol. Tome III, page 29 & 33.



greatly, though not entirely, on the climates. There are many other causes, by which not only the colour, but even the form and features may be influenced; and among the principal may be reckoned the nature of the food, and the manners, or mode of living. A civilized people, who enjoy a life of ease and tranquillity, and who, by the superintendence of a well regulated government, are protected from the fear and oppression of misery, will, from these reasons alone, be more handsome and vigorous than those of a savage and careless nation, [446][447] of which each individual, deriving no assistance from society, is obliged to provide for his own subsistence, to sustain alternately the excesses of hunger and the effects of unwholesome food; to be alternately exhausted with labour and lassitude; and to undergo the rigours of a severe climate, without being able to shelter himself from them; to act, in a word, more frequently like an animal than a man. In the supposition that two nations, thus differently circumstanced, were even to live in the same climate, there can be no doubt but that the savage people would be more ugly, tawny, diminutive, and more wrinkled, than those enjoying civilized society. Should the



d’hommes, est une étendue de terrein parallèle à l’équateur, d’environ neuf cens lieues de largeur sur une longueur bien plus grande, sur-tout au nord de l’équateur; & au delà des 18 ou 20 degrés de latitude sud les hommes ne sont plus des Nègres, comme nous le dirons en parlant des Caffres & des Hottentots.
     On a été long-temps dans l’erreur au sujet de la couleur & des traits du visage des Éthiopiens, parce qu’on les a confondus avec les Nubiens leurs voisins, qui sont cependant d’une race différente. Marmol dit que les Éthiopiens sont absolument noirs, qu’ils ont le visage large & le nez plata; les voyageurs Hollandois disent la même choseb, cependant la vérité est qu’ils sont différens des Nubiens par la couleur & par les traits: la couleur naturelle des Éthiopiens est brune ou olivâtre, comme celle des Arabes méridionaux, desquels ils ont probablement tiré leur origine. Ils ont la taille haute, les traits du visage bien marquez, les yeux beaux & bien fendus, le nez bien fait, les lèvres petites, & les dents blanches; au lieu que les habitans de la Nubie ont le nez écrasé, les lèvres grosses & épaisses, & le visage fort noirc. Ces Nubiens, aussi-bien que les Barberins leurs voisins du côté de l’occident, sont des espèces de Nègres, assez semblables à ceux du Sénégal.
     Les Éthiopiens sont un peuple à demi-policé, leurs

a Voyez l’Afrique de Marmol. Tome III, page 68 & 69.
b V. le recueil des voyages de la Comp. des Indes de Holl. T. IV. p. 33.
c Voyez les Lettres édifiantes. Recueil IV, page 349.



[447][448] former possess any advantage, it would consist in the superior strength, or rather hardiness of the body. It might likewise happen that among the savage people there would be fewer instances of lameness or bodily deformities; for in a civilized state, where one individual contributes to the support of another, where the strong has no power over the weak, where the qualities of the body are less esteemed than those of the mind, men thus defective live and even multiply; but among a savage people, as each individual subsists and defends himself merely by his corporal strength and address, those who are unhappily born weak and defective, or who become sick or disabled, soon cease to form a part of their number.
     We must then admit of three causes as jointly productive of the varieties which we have remarked in the different nations of the earth. First, the influence of the climate; secondly, the food; and thirdly, the manners; the two last having great dependence on the former. But before we lay down the reasons on which this opinion is founded, it is necessary to describe the people of Africa and America in the same manner as we have those of Europe and Asia.



vêtemens sont de toile de coton, & les plus riches en ont de soie, leurs maisons sont basses & mal bâties, leurs terres sont fort mal cultivées, parce que les nobles méprisent, maltraitent & dépouillent, autant qu’ils le peuvent, les bourgeois & les gens du peuple; ils demeurent cependant séparément les uns des autres dans des bourgades ou des hameaux différens, la noblesse dans les uns, la bourgeoisie dans les autres, & les gens du peuple encore dans d’autres endroits. Ils manquent de sel & ils l’achettent au poids de l’or, ils aiment assez la viande crue, & dans les festins le second service, qu’ils regardent comme le plus délicat, est en effet de viandes crues; ils ne boivent point de vin, quoiqu’ils aient des vignes, leur boisson ordinaire est faite avec des Tamarins & a un goût aigrelet. Ils se servent de chevaux pour voyager & de mulets pour porter leurs marchandises; ils ont très-peu de connoissance des sciences & des arts, car leur langue n’a aucune règle, & leur manière d’écrire est très-peu perfectionnée, il leur faut plusieurs jours pour écrire une lettre, quoique leurs caractères soient plus beaux que ceux des Arabesa. Ils ont une manière singulière de saluer, ils se prennent la main droite les uns aux autres & se la portent mutuellement à la bouche, ils prennent aussi l’écharpe de celui qu’ils saluent & ils se l’attachent autour du corps, de sorte que ceux qu’on salue demeurent à moitié nuds, car la plûpart ne portent que cette écharpe avec un caleçon de cotonb.

a V. le recueil des voyages de la Comp. des Indes de Holl. T. IV, p. 34.
b Voyez les Lettres édifiantes. Recueil IV, page 349.



     The nations of the whole northern part of Africa, from the Mediterranean to the Tropic, we have already mentioned. All those beyond the Tropic, from the Red Sea to the Ocean, an extent of 100 or 150 leagues, are of the Moorish species, though so tawny that they appear almost black. The women are rather fairer than the men, and tolerably handsome. Among these Moors there is a vast number of mulattoes, who are of a black still more deep, their mothers being negro women, whom the Moors purchase, and by whom they have a number of children.
     Beyond this territory, in the 17th or 18th degree of north latitude, we find the negroes of Senegal and Nubia, both on the coast of the western ocean and that of the Red Sea; and after them all the other nations of Africa, from the 18th degree north to the 18th degree south latitude, are perfectly black, the Ethiopians or Abyssinians excepted. [448][449] The portion of the globe by Nature allotted to this race of men, therefore, contains an extent of ground, parallel to the equator, of about 900 leagues in breadth, and considerably more in length, especially northward of the equinoctial line. Beyond the 18th or 20th degree of south



     On trouve dans la relation du voyage autour du monde, de l’Amiral Drack, un fait qui, quoique très-extraordinaire, ne me paroît pas incroyable; il y a, dit ce voyageur, sur les frontières des déserts de l’Éthiopie un peuple qu’on a appellé Acridophages, ou mangeurs de sauterelles, ils sont noirs, maigres, très-légers à la course & plus petits que les autres. Au printemps certains vents chauds qui viennent de l’occident, leur amènent un nombre infini de sauterelles, comme ils n’ont ni bétail ni poisson, ils sont réduits à vivre de ces sauterelles qu’ils ramassent en grande quantité, ils les saupoudrent de sel & ils les gardent pour se nourrir pendant toute l’année; cette mauvaise nourriture produit deux effets singuliers, le premier est qu’ils vivent à peine jusqu’à l’âge de quarante ans, & le second c’est que lorsqu’ils approchent de cet âge il s’engendre dans leur chair des insectes aîlez qui d’abord leur causent une demangeaison vive, & se multiplient en si grand nombre qu’en très-peu de temps toute leur chair en fourmille; ils commencent par leur manger le ventre, ensuite la poitrine & les rongent jusqu’aux os, en sorte que tous ces hommes qui ne se nourrissent que d’insectes, sont à leur tour mangez par des insectes. Si ce fait étoit bien avéré, il fourniroit matière à d’amples réflexions.
     Il y a de vastes déserts de fable en Éthiopie, & dans cette grande pointe de terre qui s’étend jusqu’au Cap-Gardafu. Ce pays qu’on peut regarder comme la partie orientale de l’Éthiopie, est presqu’entiérement inhabité; au



latitude the natives are no longer negroes, as will appear when we come to speak of the Caffres and Hottentots.
     By confounding the Ethiopians with their neighbours the Nubians, who are nevertheless of a different race, we have been long in an error with respect to their colour and features. Marmol says, the Ethiopians are absolutely black, that they have large faces and flat noses, and in this description the Dutch travellers agree. The truth, however, is, that they differ from the Nubians both in colour and features. The skin of the Ethiopians is brown or olive-coloured, like that of the southern Arabs, from whom probably they derive their origin. They are tall, have regular features, strongly marked; their eyes are large and beautiful; their noses well proportioned; their lips thin, and their teeth white. The Nubians, on the contrary, have flat noses, thick and prominent lips, and their faces exceedingly black. These Nubians, as well as the Barberins, their western neighbours, are a species of negroes not unlike those of Senegal.
     The Ethiopians are a people between barbarism and civilization. [449][450] Their garments are of cotton or silk. Their houses are low, and



midi l’Éthiopie est bornée par les Bédouins, & par quelques autres peuples qui suivent la loi Mahométane, ce qui prouve encore que les Éthiopiens sont originaires d’Arabie, ils n’en sont en effet séparez que le détroit de Babel-Mandel, il est donc assez probable que les Arabes auront autrefois envahi l’Éthiopie & qu’ils en auront chassé les naturels du pays qui auront été forcez de se retirer vers le nord dans la Nubie. Ces Arabes se sont même étendus le long de la côte de Mélinde, car les habitans de cette côte ne sont que basanez & ils sont Mahométans de religiona. Ils ne sont pas non plus tout-à-fait noirs dans le Zanguebar, la plûpart parlent Arabe & sont vêtus de toile de coton. Ce pays d’ailleurs, quoique dans la zone torride, n’est pas excessivement chaud, cependant les naturels ont les cheveux noirs & crépus comme les Nègresb; on trouve même sur toute cette côte, aussi-bien qu’à Mosambique & à Madagascar, quelques hommes blancs, qui sont, à ce qu’on prétend, Chinois d’origine, & qui s’y sont habituez dans le temps que les Chinois voyageoient dans toutes les mers de l’orient, comme les Européens y voyagent aujourd’hui; quoi qu’il en soit de cette opinion qui me paroît hasardée, il est certain que les naturels de cette côte orientale de l’Afrique sont noirs d’origine, & que les hommes basanez ou blancs qu’on y trouve, viennent d’ailleurs. Mais pour se former

a Voyez Indiæ Orientalis partem primam, per Philipp. Pigafettam. Francofurti, 1598. page 56.
b Voyez l’Afrique de Marmol. page 107.



of a bad construction; their lands are wretchedly neglected, owing to their nobles, who despise, maltreat, and plunder the citizens and common people. Each of these classes live separate from the other, and have their own villages or hamlets. Unprovided with salt, they purchase it for its weight in gold. So fond are they of raw meat that, at their feasts, the second course, which they consider as the most delicate, consists of flesh entirely so. Though they have vines they make no wine; and their usual beverage is a sour composition made with tamarinds. They use horses for travelling, and mules for carrying their merchandize. Of the arts or sciences they have little knowledge; their language is without rules; and their manner of writing, though their characters are more beautiful than those of the Arabians, is so imperfect, that, to write an epistle, they require several days. Their mode of salutation is something whimsical. Each takes the right hand of the other, and carries it to his mouth; this done, the saluter takes off the scarf of the person saluted, and fastens it round his own body, by which the latter is left half naked, few of the Ethiopians wearing any thing more than this scarf and a pair of cotton drawers.



une idée juste des différences qui se trouvent entre ces peuples noirs, il est nécessaire de les examiner plus particulièrement.
     Il paroît d’abord, en rassemblant les témoignages des voyageurs, qu’il y a autant de variétés dans la race des noirs que dans celle des blancs; les noirs ont, comme les blancs, leurs Tartares & leurs Circassiens, ceux de Guinée sont extrêmement laids & ont une odeur insupportable, ceux de Soffala & de Mosambique sont beaux & n’ont aucune mauvaise odeur. Il est donc nécessaire de diviser les noirs en différentes races, & il me semble qu’on peut les réduire à deux principales, celle des Nègres & celle des Caffres; dans la première je comprends les noirs de Nubie, du Sénégal, du Cap-verd, de Gambie, de Sierra-liona, de la côte des Dents, de la côte d’Or, de celle de Juda, de Bénin, de Gabon, de Lowango, de Congo, d’Angola & de Benguela jusqu’au Cap-nègre; dans la seconde je mets les peuples qui sont au delà du Cap-nègre jusqu’à la pointe de l’Afrique, où ils prennent le nom de Hottentots, & aussi tous les peuples de la côte orientale de l’Afrique, comme ceux de la terre de Natal, de Soffala, du Monomotapa, de Mosambique, de Mélinde; les noirs de Madagascar & des isles voisines seront aussi des Caffres & non pas des Nègres. Ces deux espèces d’hommes noirs se ressemblent plus par la couleur que par les traits du visage, leurs cheveux, leur peau, l’odeur de leur corps, leurs mœurs & leur naturel sont aussi très-différens.



[450][451]     In Admiral Drake’s* voyage round the world, he mentions a fact, which, however, extraordinary, appears not [sic] incredible. He says that on the frontiers of the deserts of Ethiopia there is a people called the Acridophagi, or Locust-eaters, who are black, meagre, exceedingly nimble, and very small. In the spring, by certain hot and westerly winds, an infinite number of locusts are blown into that country, on which, as they are unprovided with cattle or with fish, they are reduced to the necessity of subsisting. After collecting them in large quantities they salt them, and keep them for food throughout the year. This wretched nourishment produces singular effects: they hardly live to the age of 40, and when they approach that age winged insects engender under their skin, which at first creates a violent itching, and shortly multiply so prodigiously, that their whole flesh swarms with them. They begin by eating through the belly, then the breast, and continue their ravages till they eat all the flesh from the bones. Thus, by devouring insects are these men devoured by them in turn. Were this fact well authenticated it would afford a large field for reflection.

* Francis Drake, Le voyage de Francis Drake ... à l’entour du monde, trans. F. de Louvencourt (Paris, 1627). Original English was in 1600-1608. [Duchet 272n79]



     Ensuite en examinant en particulier les différens peuples qui composent chacune de ces races noires, nous y verrons autant de variétés que dans les races blanches, & nous y trouverons toutes les nuances du brun au noir, comme nous avons trouvé dans les races blanches toutes les nuances du brun au blanc.
     Commençons donc par les pays qui sont au nord du Sénégal, & en suivant toutes les côtes de l’Afrique, considérons tous les différens peuples que les voyageurs ont reconnus, & desquels ils ont donné quelque description: d’abord il est certain que les naturels des isles Canaries ne sont pas des Nègres, puisque les voyageurs assurent que les anciens habitans de ces isles étoient bien faits, d’une belle taille, d’une forte complexion; que des femmes étoient belles & avoient les cheveux fort beaux & fort fins, & que ceux qui habitoient la partie méridionale de chacune de ces isles, étoient plus olivâtres que ceux qui demeuroient dans la partie septentrionalea. Duret, page 72 de la relation de son voyage à Lima, nous apprend que les anciens habitans de l’isle de Ténériffe étoient une nation robuste & de haute taille, mais maigre & basanée, que la plûpart avoient le nez platb. Ces peuples, comme l’on voit, n’ont rien de commun avec les Nègres, si ce n’est le nez plat; ceux qui habitent dans le

a Voyez l’histoire de la première découverte des Canaries, par Bontier & Jean le Verrière. Paris, 1630, page 251.
b Voyez l’histoire générale des voyages, par M. l’Abbé Prevôt. Paris, 1746, Tome II, page 230.



     There are vast deserts in Ethiopia, as well as in that tract of land which extends to Cape Gardafu. This country, which may be considered as the eastern part of Ethiopia, is almost entirely uninhabited. [451][452] To the south, Ethiopia is bounded by the Bediouns [sic],1 and a few other nations who follow the law of Mahomet;2 a circumstance which corroborates the supposition, that the Ethiopians are of Arabian extraction; indeed they are only separated by the strait of Babel-Mandel; and therefore it is probable, that the Arabians had formerly invaded Ethiopia,3 and driven the natives northward into Nubia.
     The Arabians have even extended themselves along the coast of Melinda, of which the inhabitants are of the Mahometan religion, and only a tawny complexion. The natives of Zanguebar, are not black; they generally speak Arabic, and their garments are made of cotton. This country, though under the torrid zone, is not excessively hot; and yet the hair of the natives is black and frizly like that of the Negroes. We find, on the whole of this coast, as well as at Mozambique4 and Madagascar, some white men, who, it is pretended came originally from China, and settled there,

1 Bediouns Bedouins. [Meijer]
2 Muslims [Meijer]
3 Islamization occurred between around 1528 and 1542. [Duchet 273n80]
4 Barr spelled it “Mosambique” everywhere else in his text. [Meijer]



continent de l’Afrique à la même hauteur de ces isles, sont des Maures assez basanez, mais qui appartiennent, aussi-bien que ces Insulaires, à la race des blancs.
     Les habitans du Cap-Blanc sont encore des Maures qui suivent la loi Mahométane, ils ne demeurent pas long-temps dans un même lieu, ils sont errans, comme les Arabes, de place en place, selon les pâturages qu’ils y trouvent pour leur bétail dont le lait leur sert de nourriture, ils ont des chevaux, des chameaux, des bœufs, des chèvres, des moutons, ils commercent avec les Nègres qui donnent huit ou dix esclaves pour un cheval, & deux ou trois pour un chameaua; c’est de ces Maures que nous tirons la gomme arabique, ils en font dissoudre dans le lait dont ils se nourrissent, ils ne mangent que très-rarement de la viande, & ils ne tuent guère leurs bestiaux que quand ils les voient près de mourir de vieillesse ou de maladieb.
      Ces Maures s’étendent jusqu’à la rivière du Sénégal qui les sépare d’avec les Nègres; les Maures, comme nous venons de le dire, ne sont que basanez, ils habitent au nord du fleuve, les Nègres sont au midi & sont absolument noirs; les Maures sont errans dans la campagne, les Nègres sont sédentaires & habitent dans des villages; les premiers sont libres & indépendans, les seconds ont des Rois qui les tyrannisent & dont ils sont esclaves; les

a Voyez le voyage du sieur de Maire sous M. Dancourt. Paris, 1695, page 46 & 47.
b Idem, page 66.



in the time that the Chinese navigated all the Eastern seas, in the same manner as they are now navigated by the Europeans.* Whatever foundation there may be for this opinion, it is certain that the natives of this oriental coast of Africa are black, and that the tawny or white men we find there, have come from other countries. [452][453] But, to form a just idea of the differences among these black nations, we should examine them more minutely.
     In the first place, it is evident, from comparing the descriptions given by travellers, that there is as much variety in the race of blacks as in that of the whites; and that, like the latter, the former have their Tartars and their Circassians. Those of Guinea are extremely ugly, and have an insufferable stench; those of Sofala, and Mosambique, are handsome, and have no bad smell. It is necessary, then, to divide the blacks into different races; and in my opinion, they may be reduced to two principal ones, that of the Negroes, and that of the Caffres. In the first I comprehend the blacks of Nubia, Senegal, Cape de Verd, Gambia, Sierra-Leone, the Teeth and Gold Coasts, of the coast of Juda, Benin, Gabon, Loango, Congo, Angola, and of Benguela,

* The origin of the Madagascans remains mysterious. Some think that the island was populated by Malays, others argue that Indonesians first immigrated to east Africa, yet others believe that populations of African origin came first, who were later subdued by the Indonesians. [Duchet 273n81]



Maures sont assez petits, maigres & de mauvaise mine avec de l’esprit & de la finesse; les Nègres au contraire sont grands, gros, bien faits, mais niais & sans génie; enfin le pays habité par les Maures n’est que du sable si stérile qu’on n’y trouve de la verdure qu’en très-peu d’endroits, au lieu que le pays des Nègres est gras, fécond en pâturages, en millet & en arbres toûjours verds, qui à la vérité ne portent presque aucun fruit bon à manger.
      On trouve en quelques endroits, au nord & au midi du fleuve, une espèce d’hommes qu’on appelle Foules, qui semblent faire la nuance entre les Maures & les Nègres, & qui pourroient bien n’être que des Mulâtres produits par le mélange des deux nations; ces Foules ne sont pas tout-à-fait noirs comme les Nègres, mais ils sont bien plus bruns que les Maures & tiennent le milieu entre les deux, ils sont aussi plus civilisez que les Nègres, ils suivent la loi de Mahomet comme les Maures, & reçoivent assez bien les étrangers*.
      Les isles du Cap-verd sont de même toutes peuplées de Mulâtres venus des premiers Portugais qui s’y établirent, & des Nègres qu’ils y trouvèrent, on les appelle Nègres couleur de cuivre, parce qu’en effet, quoiqu’ils ressemblent assez aux Nègres par les traits, ils sont cependant moins noirs, ou plûtôt ils sont jaunâtres; au reste ils sont bien faits & spirituels, mais fort paresseux; ils ne

* Voyez le voyage du sieur le Maire sous M. Dancourt. Paris, 1695, page 75. Voyez aussi l’Afrique de Marmol. Tome I, page 34.



till we come to Cape-Negro. In the second I place the inhabitants beyond Cape-Negro to the point of Africa, where they assume the name of Hottentots; as also all those of the eastern coast of Africa, such as those of the land of Natal, Sofala, Monomotapa, Mosambique, and of Melinda; the blacks of Madagascar, and the neighbouring islands, are likewise Caffres and not Negroes. These two races of black men1 resemble each other more in colour than in their features, hair, skin, or smell. In their manners and disposition there is also a prodigious difference. [453][454]
     When we come particularly to examine the different people of which these races are composed; we shall perceive as many varieties among the blacks as the whites; and all the shades from brown to black, as we have already remarked from brown to fair in the white races.
     Let us begin, then, with the countries northward of Senegal, and, in proceeding along the coasts, take a view of all the different tribes which travellers2 have discovered and described. In the first place it is certain that the natives of the Canary islands are not

1 Today’s ethnology, as a matter of fact, distinguishes between two large linguistic groups: the Negroes and the Bantus. The Kaffirs are one of the Bantu groups. It is also worth noting that the Congolese are also Bantus and that the Hottentots — like the Bushmen and the Negrillos (Pgymies) — are neither Negroes nor Bantus. In Buffon’s day, however, the Kaffirs and Hottentots were still confused with one another. [Duchet 274n82]
2 There was not a single important exploration of Africa during the first half of the eighteenth century. The description of Africa in Prévost’s Histoire des Voyages relied on accounts that were already old. As to the very well known books by Father Labat — who used the narratives by Sieur La Courbe, de Brûe, Des Marchais and Cavazzi — their prejudices render them very suspicious. Cf. Prosper Cultru, Histoire du Sénégal... (Paris, 1910) and R. Mercier, L’Afrique noire dans la littérature française (Dakar, 1962). [Duchet 274n83]



vivent, pour ainsi dire, que de chasse & de pêche, ils dressent leurs chiens à chasser & à prendre les chèvres sauvages, ils font part de leurs femmes & de leurs filles aux étrangers, pour peu qu’ils veuillent les payer, ils donnent aussi pour des épingles ou d’autres choses de pareille valeur, de fort beaux perroquets très-faciles à apprivoiser, de belles coquilles, appellées Porcelaines, & même de l’ambre-gris, &c.*
     Les premiers Nègres qu’on trouve, sont donc ceux qui habitent le bord méridional du Sénégal; ces peuples, aussi-bien que ceux qui occupent toutes les terres comprises entre cette rivière & celle de Gambie, s’appellent Jalofes, ils sont tous fort noirs, bien proportionnez, & d’une taille assez avantageuse, les traits de leur visage sont moins durs que ceux des autres Nègres; il y en a, sur-tout des femmes, qui ont les traits fort réguliers, ils ont aussi les mêmes idées que nous de la beauté, car ils veulent de beaux yeux, une petite bouche, des lèvres proportionnées, & un nez bien fait, il n’y a que sur le fond du tableau qu’ils pensent différemment, il faut que la couleur soit très-noire & très-luisante, ils ont aussi la peau très-fine & très-douce, & il y a parmi eux d’aussi belles femmes, à la couleur près, que dans aucun autre pays du monde, elles sont ordinairement très-bien faites, très-gaies, très-vives & très-portées à l’amour, elles ont du goût pour tous les hommes, &

* Voyez les voyages de Roberts, page 387. ceux de Jean Struys, Tome I, page 11. & ceux d’Innigo de Biervillas, page 15.



Negroes; since from authentic information it appears, that the ancient inhabitants were tall, well-made, and of a becoming complexion; that the women were handsome, and had remarkable fine hair; and that those who occupied the southern parts were more of an olive colour than those in the northern. In the relation of his voyage to Lima, Duret* remarks, that the ancient inhabitants of the island of Teneriffe were tall and vigorous, though meagre and tawny, and that most of them had flat noses. Excepting the flat nose, therefore, these people had nothing in common with the Negroes. [454][455] The natives of Africa in the same latitude with these islands, are Moors, and very tawny, but who belong, as well as the islanders, to the race of whites.
     The inhabitants of Cape-Blanc are Moors, who follow the law of Mahomet, and who wander about, like the Arabians, in quest of pasture for their horses, camels, oxen, goats, and sheep. The Negroes, with whom they traffic, give them eight or ten slaves for a horse, and two or three for a camel. It is from these Moors, that we procure gum-arabic, which they dissolve in their milk. They

* Duret’s report is in volume II of Prévost’s Histoire générale des Voyages (1746). [Duchet 275n84]



particulièrement pour les blancs qu’elles cherchent avec empressement, tant pour se satisfaire, que pour en obtenir quelque présent; leurs maris ne s’opposent point à leur penchant pour les étrangers, & ils n’en sont jaloux que quand elles ont commerce avec des hommes de leur nation, ils se battent même souvent à ce sujet à coups de sabre ou de couteau, au lieu qu’ils offrent souvent aux étrangers leurs femmes, leurs filles ou leurs sœurs, & tiennent à honneur de n’être pas refusez. Au reste, ces femmes ont toûjours la pipe à la bouche, & leur peau ne laisse pas d’avoir aussi une odeur désagréable lorsqu’elles sont échauffées, quoique l’odeur de ces Nègres du Sénégal soit beaucoup moins forte que celle des autres Nègres; elles aiment beaucoup à sauter & à danser au bruit d’une calebasse, d’un tambour ou d’un chaudron, tous les mouvemens de leurs danses sont autant de postures lascives & de gestes indécens; elles se baignent souvent & elles se liment les dents pour les rendre plus égales; la plûpart des filles avant que de se marier se font découper & broder la peau de différentes figures d’animaux, de fleurs, &c.
     Les Nègresses portent presque toûjours leurs petits enfans sur le dos pendant qu’elles travaillent; quelques voyageurs prétendent que c’est par cette raison que les Nègres ont communément le ventre gros & le nez applati; la mère en se haussant & baissant par secousses, fait donner du nez contre son dos à l’enfant, qui pour éviter le coup, se retire en arrière autant qu’il le peut, en avançant



scarcely ever eat any meat, and never destroy their cattle, unless dying of sickness, or old age.
     The Moors are separated from the Negroes by the river Senegal; they live on the northside, and are only tawny; but the Negroes who reside on the south, are absolutely black. The Moors lead an erratic life, while the Negroes occupy villages; the former are free and independent; the latter have tyrants who hold them in slavery; [455][456] the Moors are short, meagre, of a disagreeable aspect, but ingenious and subtle; the Negroes are tall, bulky, and well made, but simple and stupid. The country inhabited by Moors is sandy and sterile, where verdure is to be seen in a very few places; that inhabited by the Negroes, is rich, abounding in pasturage, in millet, and in trees always green, though few bear any fruit fit for food.
     In some places both to the north and south of the river we find a species of men called Foulies,* who seem to form a shade between the Moors and Negroes, and whom, it is possible, are Mulattoes produced by a coalition of the two nations. These Foulies are not black like the Negroes, yet darker than the

* The Fulani are in fact of the “Kamitic” race. The “Hamites” came from Asia Minor, and are ethnically connected with Caucasians. They preceded the Arabs in Africa. [Duchet 276n85]



le ventre*. Ils ont tous les cheveux noirs & crépus comme de la laine frisée; c’est aussi par les cheveux & par la couleur qu’ils diffèrent principalement des autres hommes, car leurs traits ne sont peut-être pas si différens de ceux des Européens que le visage Tartare l’est du visage François. Le Père du Tertre dit expressément que si presque tous les Nègres sont camus, c’est parce que les pères & mères écrasent le nez à leurs enfans, qu’ils leur pressent aussi les lèvres pour les rendre plus grosses, & que ceux auxquels on ne fait ni l’une ni l’autre de ces opérations, ont les traits du visage aussi beaux, le nez aussi élevé, & les lèvres aussi minces que les Européens; cependant ceci ne doit s’entendre que des Nègres du Sénégal, qui sont de tous les Nègres les plus beaux & les mieux faits, & il paroît que dans presque tous les autres peuples Nègres, les grosses lèvres & le nez large & épaté sont des traits donnez par la Nature, qui ont servi de modèle à l’art qui est chez eux en usage d’applatir le nez & de grossir les lèvres à ceux qui sont nez avec cette perfection de moins.
     Les Nègresses sont fort fécondes & accouchent avec beaucoup de facilité & sans aucun secours, les suites de leurs couches ne sont point fâcheuses, & il ne leur faut

* Voyez le voyage du sieur le Maire sous M. Dancourt. Paris, 1695, page 144 jusqu’à 155. Voyez aussi la troisième partie de l’histoire des choses mémorables advenues aux Indes, &c. par le Père du Jaric. Bordeaux, 1614, page 364. Et l’histoire des Antilles par le Père du Tertre. Paris, 1667, page 493 jusqu’à 537.



Moors; they are also more civilized than the former; they follow the laws of Mahomet, and are hospitable to strangers.
     The islands of Cape de Verd are peopled with Mulattoes, descended from the Portuguese, who first settled there, and the original Negro-inhabitants. They are called copper-coloured Negroes, because, though they resemble the Negroes in their features, they are yet more of a yellow than black; they are well-made, ingenious, but intolerably indolent. [456][457] By hunting and fishing they chiefly subsist, and they train up their dogs to hunt the wild goats. They freely resign their wives and daughters to the embraces of strangers for the smallest consideration. For pins and other trifles they will exchange parrots, porcelain shells, amber-gris, &c.
     The first Negroes we meet with are those on the south of the Senegal. These people, as well as those who occupy the different territories between this river and that of Gambia, are called Jaloffs.* They are tall, very black, well proportioned, and their features are less harsh than those of the other Negroes; some of them, especially among the females, have features far from being irregular. They have

* Buffon used Jacques-Joseph Lemaire’s Les voyages ... aux îles Canaries, Cap-Vert, Sénégal et Guinée... (Paris, 1695). [Duchet 276n86]



qu’un jour ou deux de repos pour se rétablir, elles sont très-bonnes nourrices, & elles ont une très-grande tendresse pour leurs enfans, elles sont aussi beaucoup plus spirituelles & plus adroites que les hommes, elles cherchent même à se donner des vertus, comme celles de la discrétion & de la tempérance. Le Père du Jaric dit que pour s’accoûtumer à manger & parler peu, les Nègresses Jalofes prennent de l’eau le matin & la tiennent dans leur bouche pendant tout le temps qu’elles s’occupent à leurs affaires domestiques, & qu’elles ne la rejettent que quand l’heure du premier repas est arrivée*.
     Les Nègres de l’isle de Gorée & de la côte du Cap-verd, sont, comme ceux du bord du Sénégal, bien faits & très-noirs, ils font un si grand cas de leur couleur, qui est en effet d’un noir d’ébène profond & éclatant, qu’ils méprisent les autres Nègres qui ne sont pas si noirs, comme les Blancs méprisent les basanez; quoiqu’ils soient forts & robustes, ils sont très-paresseux, ils n’ont point de bled, point de vin, point de fruits, ils ne vivent que de poisson & de millet, ils ne mangent que très-rarement de la viande, & quoiqu’ils aient fort peu de mets à choisir, ils ne veulent point manger d’herbes, & ils comparent les Européens aux chevaux parce qu’ils mangent de l’herbe; au reste ils aiment passionnément l’eau de vie, dont ils s’enivrent souvent, ils vendent leurs enfans, leurs parens, & quelquefois ils se vendent eux-mêmes pour

* Voyez la troisième partie de l’histoire par le Père du Jaric page 365.



the same ideas of beauty as the Europeans, considering fine eyes, a well formed nose, small mouth, and thin lips, as essential ingredients; in the ground of the picture alone do they differ from us; for, with them, the colour must be exceedingly black and glossy to render it complete. Their skin is soft and delicate, and, colour alone excepted, we find among them, women as handsome as in any other country of the world, they are usually very gay, lively, and amorous. [457][458] They are very fond of white men whom they exert every assiduity to please, both to gratify themselves, and to obtain presents which may flatter their vanity. To their predilection for strangers the husbands make not the smallest opposition, (to whom indeed, they not only make a free offer of their wives, daughters, or sisters, but even construe it into a dishonour, if that offer is rejected) but undergo all the violent effects of jealousy, if they detect them with any of their own nation. These women are never without a pipe in their mouths, and their skin, when they undergo any extraordinary heat, has a disagreeable smell, though by no means so strong as that of other negroes. They are highly fond of leaping and dancing to the sound of a calabash, drum, or kettle; and



en avoira. Ils vont presque nuds, leur vêtement ne consiste que dans une toile de coton qui les couvre depuis la ceinture jusqu’au milieu de la cuisse, c’est tout ce que la chaleur du pays leur permet, disent-ils, de porter sur euxb; la mauvaise chère qu’ils font & la pauvreté dans laquelle ils vivent, ne les empêchent pas d’être contens & très-gais, ils croient que leur pays est le meilleur & le plus beau climat de la terre, qu’ils sont eux-mêmes les plus beaux hommes de l’Univers, parce qu’ils sont les plus noirs, & si leurs femmes ne marquoient pas du goût pour les blancs ils en feroient fort peu de cas à cause de leur couleur.
     Quoique les Nègres de Sierra-Liona ne soient pas tout-à-fait aussi noirs que ceux du Sénégal, ils ne sont cependant pas, comme le dit Struys, Tome I. page 22, d’une couleur rousseâtre & basanée, il [sic] sont comme ceux de Guinée d’un noir un peu moins foncé que les premiers; ce qui a pû tromper ce voyageur, c’est que ces Nègres de Sierra Liona & de Guinée se peignent souvent tout le corps de rouge & d’autres couleurs, ils se peignent aussi le tour des yeux de blanc, de jaune, de rouge, & se font des marques & des raies de différentes couleurs sur le visage, ils se font aussi les uns & les autres déchiqueter la peau pour y imprimer des figures de bêtes ou de plantes; les femmes sont encore plus débauchées que celles du

a Voyez le voyage de M. de Gennes par M. Froger. Paris, 1698. page 15 & suivantes.
b Voyez les Lettres édifiantes. Recueil XI. pages 48 & 49.



all the movements of their dances are so many lascivious or indecent postures. They frequently bathe; and to render their teeth even, they polish them with files. The generality of the young women have figures of animals, flowers, &c. marked upon their skin.
     While at work, or travelling, the Negro-women almost always carry their infants on their backs. To this custom some travellers ascribe the flat nose and big bellies among Negroes; since the mother, from necessarily giving sudden jerks, is apt to strike the nose of the child against her back; who, in order to avoid the blow, keeps its head back by pushing the belly forward. [458][459] Their hair is black and woolly. In hair and in complexion, consists their principal difference from the rest of mankind; and, perhaps, there is a stronger resemblance between their features and those of the Europeans, than between the visage of a Tartar and that of a Frenchman.
     Father du Tertre* says expressly, that, if most negroes are flat-nosed, it is because the parents crush the noses of their children; that they also compress their lips, to render them thick; and that those who escape these operations their features are as comely as those of

* Jean-Baptiste Du Tertre, Histoire générale des Antilles habitées par les François... (Paris: 1667-1671), 3 vols., treats at length the different races of Negroes — their customs, their capacities, their shortcomings — which make them more or less suited as good slaves for the Antilles. [Duchet 277-278n87]



Sénégal, il y en a un très-grand nombre qui sont publiques, & cela ne les deshonore en aucune façon; ces Nègres, hommes & femmes, vont toûjours la tête découverte, ils se rasent ou se coupent les cheveux, qui sont fort courts, de plusieurs manières différentes, ils portent des pendans d’oreilles qui pèsent jusqu’à trois ou quatre onces, ces pendans d’oreilles sont des dents, des coquilles, des cornes, des morceaux de bois, &c. il y en a aussi qui se font percer la lèvre supérieure ou les narines pour y suspendre de pareils ornemens; leur vêtement consiste en une espèce de tablier fait d’écorce d’arbre & quelques peaux de singe qu’ils portent par dessus ce tablier, ils attachent à ces peaux des sonnailles semblables à celles que portent nos mulets; ils couchent sur des nattes de jonc, & ils mangent du poisson ou de la viande lorsqu’ils peuvent en avoir, mais leur principale nourriture sont des ignames & des bananes*. Ils n’ont aucun goût que celui des femmes & aucun desir que celui de ne rien faire, leurs maisons ne sont que de misérables chaumières, ils demeurent très-souvent dans des lieux sauvages, & dans des terres stériles, tandis qu’il ne tiendroit qu’à eux d’habiter de belles vallées, des collines agréables & couvertes d’arbres, & des campagnes vertes, fertiles & entrecoupées de rivières & de ruisseaux agréables, mais tout cela ne leur fait aucun plaisir, ils ont la même indifférence presque sur tout; les chemins qui conduisent d’un lieu à un autre

* Vide Indiæ Orientalis partem secundam, in qua Joannis Hugonis Linstcotani navigatio, &c. Francofurti, 1599. pag. 11 & 12.



the Europeans. This remark, however, applies only to the negroes of Senegal, who, of all others, are the most beautiful. Among all other negroes, thick lips, broad and flat noses, appear formed as gifts by nature; and which are by them considered so much as beauties that every art is used upon the children who, at their birth, discover a deficiency in those ornaments.
     The Negro women are very fruitful; in child-birth they experience little difficulty, and require not the smallest assistance; nor of its effects do they feel any consequence beyond the second day. [459][460] As nurses and mothers they deserve great encomiums, being exceedingly tender of their children. They are more ingenious and alert than the men, and they even study to acquire the virtues of discretion and temperance. Father Jaric* says, that to habituate themselves to eat and speak little, the Jaloff negro women put water into their mouths in the morning, and keep it there till the hour allotted for the first meal arrives.
     The negroes of the island of Goree, and of the Cape de Verd coast, are, like those of Senegal, well made, and very black. So highly do they prize their colour, which is also glossy,

* Père du Jaric, Histoire des choses plus mémorables advenues tant es Indes Orientales que autres pays de la découverte des Portugais (1608-1613). [Duchet 278n88]



sont ordinairement deux fois plus longs qu’il ne faut, ils ne cherchent point à les rendre plus courts, & quoiqu’on leur en indique les moyens ils ne pensent jamais à passer par le plus court, ils suivent machinalement le chemin battua & se soucient si peu de perdre ou d’employer leur temps qu’ils ne le mesurent jamais.
     Quoique les Nègres de Guinée soient d’une santé ferme & très-bonne, rarement arrivent-ils cependant à une certaine vieillesse, un Nègre de cinquante ans est dans son pays un homme fort vieux, ils paroissent l’être dès l’âge de quarante; l’usage prématuré des femmes est peut-être la cause de la briéveté de leur vie; les enfans sont si débauchez & si peu contraints par les pères & mères que dès leur plus tendre jeunesse ils se livrent à tout ce que la Nature leur suggèreb; rien n’est si rare que de trouver dans ce peuple quelque fille qui puisse se souvenir du temps auquel elle a cessé d’être vierge.
     Les habitans de l’isle Saint-Thomas, de l’isle d’Anabon, &c. sont des Nègres semblables à ceux du continent voisin, ils y sont seulement en bien plus petit nombre, parce que les Européens les ont chassez & qu’ils n’ont gardé que ceux qu’ils ont réduits en esclavage. Ils vont nuds hommes & femmes à l’exception d’un petit tablier de cotonc. Mandelslo dit que les Européens qui se sont habituez ou qui s’habituent actuellement dans cette isle de

a Voyez le voyage de Guinée par Guill. Bosman. Utrecht, 1705. p. 143.
b Voyez idem, page 118.
c Voyez les voyages de Pyrard. page 16.



that they despise those who are not the same as much as white men despise the tawny. They are strong and robust, but indolent and slothful, and cultivate neither corn, wine, nor fruit. Rarely do they eat meat; fish and millet are their chief sustenance. They eat no herbs, and because Europeans do, they compare them to horses. Of spirituous liquors they are fond to an excess, and for which they will sell their relations, children, and even themselves. [460][461] They go almost naked, wearing only a small piece of calico, which descends from the waist to the middle of the thigh, and which, they say, is all that the heat of their climate will allow them to wear. Notwithstanding their poverty, and wretchedness of food, they are contented and cheerful. They also think their country is the finest in the world, and that, because they are the blackest, they are the most beautiful of men; and were it not that their women discover a fondness for white men they would deem them unworthy of their notice.
     Though the negroes of Sierra Leona are less black than those of Senegal, they are not, however, as Struys asserts, of a reddish colour. The custom prevalent among them, as well as among the negroes of Guinea, of painting



Saint-Thomas, qui n’est qu’à un degré & demi de l’équateur, conservent leur couleur & demeurent blancs jusqu’à la troisième génération, & il semble insinuer qu’après cela ils deviennent noirs, mais il ne me paroît pas que ce changement puisse se faire en aussi peu de temps.
     Les Nègres de la côte de Juda & d’Arada sont moins noirs que ceux de Sénégal & de Guinée, & même que ceux de Congo, ils aiment beaucoup la chair de chien & la préfèrent à toutes les autres viandes; ordinairement la première pièce de leurs festins est un chien rôti; le goût pour la chair de chien n’est pas particulier aux Nègres, les sauvages de l’Amérique septentrionale & quelques nations Tartares ont le même goût, on dit même qu’en Tartarie on châtre les chiens pour les engraisser & les rendre meilleurs à manger. Voyez les nouveaux voyages des isles. Paris, 1722. Tome IV, page 165.
      Selon Pigafetta, & selon l’Auteur du voyage de Drack qui paroît avoir copié mot à mot Pigafetta sur cet article, les Nègres de Congo sont noirs, mais les uns plus que les autres & moins que les Sénégalois [sic], ils ont pour la plûpart les cheveux noirs & crépus, mais quelques-uns les ont roux, les hommes sont de grandeur médiocre, les uns ont les yeux bruns & les autres couleur de verd de mer, ils n’ont pas les lèvres si grosses que les autres Nègres, & les traits de leur visage sont assez semblables à ceux des Européens*.

* Voyez Indiæ Orientalis partem primam. p. 5. Voyez aussi le voyage de l’Amiral Drack. page 110.



their bodies with red, and other colours, possibly misled that author. Among the latter the women are more debauched than at Senegal; [461][462] prodigious numbers of them are common prostitutes, from which they incur not the smallest disgrace. Both sexes go with their heads uncovered, and their hair, which is very short, they shave or cut in various forms. In their ears they wear pendants, which weigh three or four ounces, made of teeth, horns, shells, wood, &c. Some have the upper lip, or nostrils, pierced, for the same purpose. They wear a kind of apron made of apes’ skins and the bark of trees. They eat fish and flesh, but yams and bananas are their chief food. They have no passions but for women, and no inclinations but to remain idle and inactive. They live in wretched huts, frequently situated on dreary wilds, though in the neighbourhood of fertile and delightful spots. [462][463] The roads from one place to another are commonly twice as long as they need be; they never attempt to curtail them, and even when told how in half the time they may reach any particular spot, they persist in mechanically following the beaten path. They never measure time, nor have the smallest idea of its value.



     Ils ont des usages très-singuliers dans certaines provinces de Congo, par exemple, lorsque quelqu’un meurt à Lowango ils placent le cadavre sur une espèce d’amphithéatre élevé de six pieds dans la posture d’un homme qui est assis les mains appuyées sur les genoux, ils l’habillent de ce qu’ils ont de plus beau & ensuite ils allument du feu devant & derrière le cadavre, à mesure qu’il se dessèche & que les étoffes s’imbibent ils le couvrent d’autres étoffes jusqu’à ce qu’il soit entiérement desséché, après quoi ils le portent en terre avec beaucoup de pompe. Dans celle de Malimba c’est la femme qui ennoblit le mari; quand le Roi meurt & qu’il ne laisse qu’une fille, elle est maîtresse absolue du royaume, pourvû néanmoins qu’elle ait atteint l’âge nubile, elle commence par se mettre en marche pour faire le tour de son royaume, dans tous les bourgs & villages où elle passe tous les hommes sont obligez à son arrivée de se mettre en haie pour la recevoir, & celui d’entre eux qui lui plaît le plus, va passer la nuit avec elle; au retour de son voyage elle fait venir celui de tous dont elle a été le plus satisfaite & elle l’épouse, après quoi elle cesse d’avoir aucun pouvoir sur son peuple, toute l’autorité étant dès-lors dévolue à son mari; j’ai tiré ces faits d’une relation qui m’a été communiquée par M. de la Brosse qui a écrit les principales choses qu’il a remarquées dans un voyage qu’il fit à la côte d’Angola en 1738; il ajoûte un fait qui n’est pas moins singulier: «ces Nègres, dit-il, sont extrêmement vindicatifs, je vais en donner une preuve convaincante; ils envoient à chaque instant à tous nos



     Though the negroes of Guinea are generally healthy, they seldom attain old age. A negro, at the age of 50, is a very old man. This contracted period of existence may, with great probability, be imputed to the premature intercourse between the sexes. The boys, in their tenderest years, are permitted to pursue every debauchery; and as for the girls, nothing in the whole country is so rare as to find one who remembers the period at which she ceased to be a virgin.
     The inhabitants of the island of St. Thomas, of Annobona, &c. are negroes, similar to those of the neighbouring continent. Dispersed, however, by the Europeans, they are few in number, and those subjected to the bondage of their invaders. Both sexes, the covering of a kind of short apron excepted, go naked. Mandelslo* says, that the Europeans, who settle on the island of St. Thomas, [463][464] which is but one degree and a half from the equator, retain their white colour till the third generation; and he seems to insinuate that they afterwards become black: but that this change should be so suddenly effected seems by no means probable.
     The negroes of the coasts of Juda and Arada are less black than those of Senegal,

* Mandelslo and Olearius (Adam Oelschläger) were sent by the Duke of Holstein on mission to Moscow and to Persia in 1633-1639. Their reports were published in French in Leiden in 1719. [Duchet 280n89]



comptoirs demander de l’eau de vie pour le Roi & pour les principaux du lieux, un jour qu’on refusa de leur en donner, on eut tout lieu de s’en repentir, car tous les Officiers François & Anglois ayant fait une partie de pêche dans un petit lac qui est au bord de la mer, & ayant fait tendre une tente sur le bord du lac pour y manger leur pêche, comme ils étoient à se divertir à la fin du repas il vint sept à huit Nègres en Palanquins, qui étoient les principaux de Lowango, qui leur présentèrent la main pour les saluer selon la coûtume du pays; ces Nègres avoient frotté leurs mains avec une herbe qui est un poison très-subtil, & qui agit dans l’instant lorsque malheureusement on touche quelque chose ou que l’on prend du tabac sans s’être auparavant lavé les mains, ces Nègres réussirent si bien dans leur mauvais dessein qu’il mourût sur le champ cinq Capitaines & trois Chirurgiens du nombre desquels étoit mon Capitaine, &c.»
     Lorsque ces Nègres de Congo sentent de la douleur à la tête ou dans quelqu’autre partie du corps, ils font une légère blessure à l’endroit douloureux, & ils appliquent sur cette blessure une espèce de petite corne percée, au moyen de laquelle ils succent comme avec un chalumeau le sang jusqu’à ce que la douleur soit appaisée*.
     Les Nègres du Sénégal, de Gambie, du Cap-verd, d’Angola & de Congo sont d’un plus beau noir que ceux de la côte de Juda, d’Issigni, d’Arada & des lieux circonvoisins, ils sont tous bien noirs quand ils se portent

* Vide Indiæ Orient. partem primam, per Philipp. Pigafettam. page. 51.



Guinea, and Congo. So fond are they of the flesh of dogs that they prefer it to all other viands; and, at their feasts, a roasted dog is always the first dish presented. This predilection for dog’s-flesh is not peculiar to the Negroes, but common among the Tartars and savages of North America. The former, in some places, castrate their dogs, in order to make them fat, and more palatable.
     According to Pigafetta, and Drake, who seems to have literally copied him, the negroes of Congo are black, though in a less degree than those of Senegal. Of the generality the hair is black and frizly, though of some it is red. They are of a middle stature; their eyes are either brown or of a sea-green colour; their lips are not so thick as those of the other negroes, and their features are not unlike those of the Europeans. [464][465]
     In some of the provinces of Congo the customs are truly singular. When, for example a person dies at Loango, they place the body upon a kind of amphitheatre, about six feet high, in a sitting posture, with the hands resting upon the knees; they deck it out in the most ornamental dress, and then light up fires before and behind it: as the clothes absorb the



bien, mais leur teint change dès qu’ils sont malades, ils deviennent alors couleur de bistre, ou même couleur de cuivrea. On préfère dans nos isles les Nègres d’Angola à ceux du Cap-verd pour la force du corps, mais ils sentent si mauvais lorsqu’ils sont échauffez, que l’air des endroits par où ils ont passé en est infecté pendant plus d’un quart d’heure; ceux du Cap-verd n’ont pas une odeur si mauvaise à beaucoup près que ceux d’Angola, & ils ont aussi la peau plus belle & plus noire, le corps mieux fait, les traits du visage moins durs, le naturel plus doux & la taille plus avantageuseb. Ceux de Guinée sont aussi très-bons pour le travail de la terre & pour les autres gros ouvrages, ceux du Sénégal ne sont pas si forts, mais ils sont plus propres pour le service domestique, & plus capables d’apprendre des métiersc. Le P. Charlevoix dit que les Sénégallois sont de tous les Nègres les mieux faits, les plus aisez à discipliner & les plus propres au service domestique; que les Bambaras sont les plus grands, mais qu’ils sont frippons; que les Aradas sont ceux qui entendent le mieux la culture des terres; que les Congos sont les plus petits, qu’ils sont fort habiles pêcheurs, mais qu’ils désertent aisément; que les Nagos sont les plus humains, les Mondongos les plus cruels, les Mimes les

a Voyez les nouveaux voyages aux Isles de l’Amérique. Paris, 1722. Tome IV. page 138.
b Voyez l’Histoire des Antilles du P. du Tertre. Paris, 1667. page 493.
c Voyez les nouveaux voyages aux isles. Tome IV. page 116.



moisture they cover it with fresh ones, until the corpse is thoroughly dried, when, with much funeral ceremony they commit it to the earth. In the province of Malimba the husband is ennobled by the wife; and when the sovereign dies, and only leaves a single daughter, to her, provided she is marriageable, devolves the royal authority. The first thing she does is to travel over the whole of her kingdom.
     On this occasion all her male subjects are obliged, previous to her arrival at each town and village, to form themselves into a line for her reception, and she selects one to pass the night with her. When returned from her journey she sends for the man who best pleased her and instantly marries him; after which the whole regal authority devolves to the husband. These facts M. de la Brosse communicated to me in his written remarks on what he saw most worthy of notice, during his voyage to the coast of Angola, in 1738; and of the vindictiveness of these negroes he adds the following anecdote: — “Every day (says he) did they demand brandy of us for the king and chief men of the place. [465][466] Happening one day to refuse it them we had soon reason to repent; for several officers, both French and English,



plus résolus, les plus capricieux & les plus sujets à se désespérer, & que les Nègres créoles, de quelque nation qu’ils tirent leur origine, ne tiennent de leurs pères & mères que l’esprit de servitude & la couleur, qu’ils sont plus spirituels, plus raisonnables, plus adroits, mais plus fainéans & plus libertins que ceux qui sont venus d’Afrique. Il ajoûte que tous les Nègres de Guinée ont l’esprit extrêmement borné, qu’il y en a même plusieurs qui paroissent être tout-à-fait stupides, qu’on en voit qui ne peuvent jamais compter au delà de trois, que d’eux-mêmes ils ne pensent à rien, qu’ils n’ont point de mémoire, que le passé leur est aussi inconnu que l’avenir; que ceux qui ont de l’esprit font d’assez bonnes plaisanteries & saisissent assez bien le ridicule; qu’au reste ils sont très-dissimulez & qu’ils mourroient plûtôt que de dire leur secret, qu’ils ont communément le naturel fort doux, qu’ils sont humains, dociles, simples, crédules & même superstitieux; qu’ils sont assez fidèles, assez braves, & que si on vouloit les discipliner & les conduire, on en feroit d’assez bons soldat*.
     Quoique les Nègres aient peu d’esprit, ils ne laissent pas d’avoir beaucoup de sentiment, ils sont gais ou mélancoliques, laborieux ou fainéans, amis ou ennemis, selon la manière dont on les traite; lorsqu’on les nourrit bien & qu’on ne les maltraite pas, ils sont contens, joyeux, prêts à tout faire, & la satisfaction de leur ame est peinte

* Voyez l’histoire de St. Domingue, par le P. Charlevoix. Paris, 1730.



[ home ] [ reviews ] [ texts ] [ projects ] [ order ] [ sitemap ]
Miriam Claude Meijer, Ph.D. © All Rights Reserved

Valid HTML 4.0!