Buffon's 'Histoire Naturelle'Les «Variétés dans l’espèce humaine» de G.L.L. Buffon
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pp 370-402 pp 403-435 pp 436-468 pp 469-501 pp 502-530
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different nations. The inhabitants of Borneo and of Baly, he adds, are rather black than tawny; but according to other travellers, they are only brown like the other Indians. [399][400] Carreri1 says, that the inhabitants of Ternate are of the same colour as those of Malacca,2 which is a little darker than those of Philippine islands; that their countenances are comely; that the men are more shapely than the women, and that both bestow particular care upon their hair.
     The Dutch travellers tell us, that the natives of the Island of Banda are remarkable for longevity; that they have seen one man at the age of 130, and numbers on the verge of that period; that in general they are indolent and inactive; and that while the men amuse themselves in sauntering abroad, the women are subjected to all the offices of labour at home. Dampier observes, that the original natives of the island of Timor, which is one of those most adjacent to New Holland, are a middling size, and of an erect form; that their limbs are slender, their visages long, their hair black and bristly, and their skin exceedingly black; that they are alert and dexterous, but superlatively indolent and slothful. He adds, however, that the inhabitants of the Bay of

1 Giovanni Francesco Gemelli Carreri, Voyage autour du monde (Paris, 1719), 6 vols. Original Italian appeared in 1699. This author had a bad reputation in the eighteenth century. Most of the philosophes treated him as a liar. [Duchet 242n37]
2 The original French text says “Malays, p. 400.” [Meijer]

Laphao

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de plus d’un pied, toute couverte d’un poil roux, & fort semblable à celle d’un bœuf; cet homme à queue assuroit que ce défaut, si c’en étoit un, venoit du climat, & que tous ceux de la partie méridionale de cette isle avoient des queues comme lui*. Je ne sais si ce que dit Struys des habitans de cette isle, mérite une entière confiance, & sur-tout si le dernier fait est vrai, il me paroît au moins exagéré & différent de ce qu’ont dit les autres voyageurs au sujet de ces hommes à queue, & même de ce qu’en ont dit Ptolomée, que j’ai cité ci-dessus, & Marc Paul dans sa description géographique imprimée à Paris en 1556, où il rapporte que dans le royaume de Lambry il y a des hommes qui ont des queues de la longueur de la main, qui vivent dans les montagnes. Il paroît que Struys s’appuie de l’autorité de Marc Paul, comme Gemelli Carreri de celle de Ptolomée, & la queue qu’il dit avoir vûe, est fort différente pour les dimensions de celles que les autres voyageurs donnent aux Noirs de Manille, aux habitans de Lambry, &c. L’éditeur des mémoires de Plasmanasar sur l’isles de Formose, ne parle point de ces hommes extraordinaires & si différens des autres; il dit même que, quoiqu’il fasse fort chaud dans cette isle, les femmes y sont fort belles & fort blanches, sur-tout celles qui ne sont pas obligées de s’exposer aux ardeurs du soleil; qu’elles ont un grand soin de se laver avec certaines eaux préparées pour se conserver le teint; qu’elles ont le même soin de leurs dents, qu’elles tiennent blanches autant qu’elles le

* Voyez les voyages de Jean Struys. Rouen, 1719. Tome I, p. 100.

peuvent,

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Laphao are, for the most part, tawny or copper-coloured.
     In turning northward we find Manilla, and the other Philippine islands, [400][401] of which the inhabitants are perhaps more intermixed than those of any other region in the universe, by the alliances they have formed with the Spaniards, the Indians, the Chinese, the Malabars, the blacks, &c. The negroes,1 who live in the rocks and woods of Manilla, differ entirely from the other inhabitants; of some the hair is short and frizly, like the negroes of Angola, and of others it is long. Their colour consists of various shades of black. According to Gemelli Carreri, there are some among them who, like the islanders mentioned by Ptolemy, have tails2 of the length of four or five inches. This traveller adds, that he has been assured, by Jesuits of undoubted testimony, that in the island of Mindoro, which is not far from Manilla, there is a race of men called Manghians,3 who have all tails of that length, and that some of these men had even embraced the Catholic faith; that they are of an olive colour, and have long hair.
     Dampier says, that the inhabitants of the island of Mindanao, which is one of the

1 These are the Negritos who comprise three groups: (1) Malaysia’s “Semnag,” (2) the Andaman Islanders, (3) the Philippines’ “Aeta” in the north of the Luçon Island and Mindanao Island. [Duchet 242n38]
2 “This fact is suspect,” states the article “(Espèce) humaine,” in the Encyclopédie. This was Buffon’s conclusion on pp. 403-4. But these “tailed men,” in which Maupertuis saw “an intermediate species between the monkeys and us” (Lettre sur le progrès des sciences) did not neglect to excite the curiosity of those who searched for species in between man and animal in order to form the “Chain of Being” (cf., e.g., Robinet's De la Nature; Maillet's Telliamed). Linnaeus and Voltaire equally believed in tailed men, although for opposite reasons. Nevertheless Father Lafitau, in his Mœurs des Sauvages américains... (1724), had suggested in respect to the Indians that they had “fake” tails, simple ornaments of war, or even men dressed in animal skins. In the article on “Loango,” De Jaucourt thought that these were monkeys mistaken for men. [Duchet 242-243n39]
3 In fact, the Manghians wear belts of bark flaps. [Duchet 243n40]

principal

404HISTOIRE NATURELLE

peuvent, au lieu que les Chinois & les Japonnois les ont noires par l’usage du bétel; que les hommes ne sont pas de grande taille, mais qu’ils ont en grosseur ce qui leur manque en grandeur; qu’ils sont communément vigoureux, infatigables, bons soldats, fort adroits, &c.* Les voyageurs Hollandois ne s’accordent point avec ceux que je viens de citer, au sujet des habitans de Formose: Mandelslo, aussi-bien que ceux dont les relations ont été publiées dans le recueil des voyages qui ont servi à l’établissement de la Compagnie des Indes de Hollandes, disent que ces insulaires sont fort grands & beaucoup plus hauts de taille que les Européens; que la couleur de leur peau est entre le blanc & le noir, ou d’un brun tirant sur le noir; qu’ils ont le corps velu; que les femmes y sont de petite taille, mais qu’elles sont robustes, grasses & assez bien-faites. La plûpart des écrivains qui ont parlé de l’isle Formose, n’ont donc fait aucune mention de ces hommes à queue, & ils diffèrent beaucoup entre eux dans la description qu’ils donnent de la forme & des traits de ces insulaires, mais ils semblent s’accorder sur un fait qui n’est peut-être pas moins extraordinaire que le premier, c’est que dans cette isle il n’est pas permis aux femmes d’accoucher avant trente-cinq ans, quoiqu’il leur soit libre de se marier long-temps avant cet âge. Rechteren parle de cette

* Voyez la description de l’isle Formose, dressée sur les mémoires de George Plasmanasar, par le sieur N.F.D.B.R. Amst. 1705. p. 103 & suiv.

coûtume

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principal and most southerly of the Philippines, are of a middling height, that their limbs are small, their bodies erect, their heads small, their visages oval, their foreheads flat, their eyes black and small, their noses short, their mouths moderate, their lips thin and red, their teeth black, their hair black and smooth, and their skin tawny, but of a brighter yellow than many of the other Indians; [401][402] that in point of complexion the women have the advantage of the men; that they are also more shapely, and have features tolerably regular; that the men are in general ingenious and alert, but slothful, and addicted to thievery.
     Northward of Manilla is the island of Formosa, situated at no great distance from the coast of Fokien, in China, but the natives bear no resemblance to the Chinese. According to Struys, the Formosans are of small stature, particularly those who inhabit the mountains, and that they have broad faces. The women have large coarse breasts, and a beard like the men; their ears, naturally long, they render still more so by thick shells, which they wear as pendants; their hair is black and long, and their complexions are of different degrees of yellow. Though averse to labour,

they

DE L’HOMME405

coûtume dans les termes suivans: «D’abord que les femmes sont mariées, elles ne mettent point d’enfans au monde, il faut au moins pour cela qu’elles aient 35 ou 37 ans; quand elles sont grosses, leurs prêtresses vont leur fouler le ventre avec les pieds s’il le faut, & les font avorter avec autant ou plus de douleur qu’elles n’en souffriroient en accouchant, ce seroit non seulement une honte, mais même un gros péché de laisser venir un enfant avant l’âge prescrit. J’en ai vû qui avoient déjà fait quinze ou seize fois périr leur fruit, & qui étoient grosses pour la dix-septième fois, lorsqu’il leur étoit permis de mettre un enfant au monde*».
     Les isles Marianes ou des Larrons, qui sont, comme l’on sait, les isles les plus éloignées du côté de l’Orient, &, pour ainsi dire, les dernières terres de notre hémisphère, sont peuplées d’hommes très-grossiers. Le P. Gobien dit qu’avant l’arrivée des Européens ils n’avoient jamais vû de feu, que cet élément si nécessaire leur étoit entiérement inconnu, qu’ils ne furent jamais si surpris que quand ils en virent pour la première fois, lorsque Magellan descendit dans l’une de leurs isles; ils ont le teint basané, mais cependant moins brun & plus clair que celui des habitans des Philippines; ils sont plus forts & plus robustes que les Européens; leur taille est haute, et leur corps est bien proportionné, quoiqu’ils ne se nourrissent que de racines, de fruits & de poisson, ils ont tant d’embonpoint qu’ils en

* Voyez les voyages de Rechteren dans le recueil des voyages de la Comp. Holl. Tome V, page 96.

paroissent

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they are yet admirably skilled in the use of the javelin and bow; they are excellent swimmers, and run with incredible swiftness. [402][403] Struys declares, that in this island he actually saw a man with a tail above a foot long, covered with reddish hair, not unlike that of an ox, and that this man assured him, if it was a blemish to have a tail, it proceeded from the climate, for all the natives of the southern part of the island had tails like himself.
     I know not what credit we ought to give to this relation of Struys, for if the fact be true, it must at least be exaggerated; it differs from what other travellers have said with respect to these men with tails, and even from the account of Ptolemy, and from that of Mark Paul,* the latter of whom, in his geographical description, says, that in the kingdom of Lambry there are mountaineers who have tails of the length of the hand. Struys seems to rest upon the authority of Mark Paul, as Gemelli Carreri does upon that of Ptolemy, though the tail he mentions to have seen is widely different in its dimensions from those of the blacks of Manilla, the inhabitants of Lambry, and other places, as described by other writers.

* Marco Polo. [Meijer]

The

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paroissent enflez, mais cet embonpoint ne les empêche pas d’être souples & agiles. Ils vivent long-temps, & ce n’est pas une chose extraordinaire que de voir chez eux des personnes âgées de cent ans, & cela sans avoir jamais été maladesa. Gemelli Carreri dit que les habitans de ces isles sont tous d’une figure gigantesque, d’une grosse corpulance & d’une grande force, qu’ils peuvent aisément lever sur leurs épaules un poids de cinq cens livresb. Ils ont pour la plûpart les cheveux crépusc, le nez gros, de grands yeux & la couleur du visage comme les Indiens. Les habitans de Guan, l’une de ces isles, ont les cheveux noirs & longs, les yeux ni trop gros ni trop petits, le nez grand, les lèvres grosses, les dents assez blanches, le visage long, l’air féroce, ils sont très-robustes & d’une taille fort avantageuse, on dit même qu’ils ont jusqu’à sept pieds de hauteurd.
     Au midi des isles Marianes & à l’orient des isles Moluques on trouve la terre des Papous & la nouvelle Guinée, qui paroissent être les parties les plus méridionales des terres australes. Selon Argensola ces Papous sont noirs comme les Caffres, ils ont les cheveux crépus, le visage maigre & fort désagréable, & parmi ce peuple si noir on trouve quelques gens qui sont aussi blancs & aussi blonds que les Allemands; ces blancs ont les yeux très-foibles &

a Voyez l’hist. des Isles Marianes, par le P. Charles le Gobien. 1700.
b Voy. les voyages de Gemelli Carreri. Tome V, page 298.
c Voy. les lettres édifiantes. Recueil XVIII, page 198.
d Voy. les voyages de Dampier. Tome I, page 378. Voyez aussi le voyage autour du monde de Cowley.

très-délicats

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     The editor of the description of the island of Formosa, from the memoirs of Psalmanazar,1 makes no mention of a people so very extraordinary; but says, that though the climate is exceedingly hot, the women, those especially who are not exposed to the rays of the sun, are exceedingly fair and beautiful; that with certain lotions they take particular care to preserve their complexion; that they are equally attentive to the beauty of their teeth, and instead of rendering them black, [403][404] like the Japanese and Chinese, they use every effort to keep them white; that the men are not tall, but thick and strong; that they are commonly vigorous, indefatigable, skilful in war, and dexterous in manual exercises.
     In their accounts of the natives of Formosa, the Dutch travellers differ from all those we have yet mentioned. Mandelslo, as well as the writers2 of the collection of voyages, which paved the way for the establishment of the Dutch East-India Company, informs us that these islanders are taller than the Europeans; that the colour of their skin is of a dark brown; that their bodies are hairy; and that the women are low in stature, but robust, fat, and tolerably well proportioned.

1 George Psalmanazar's Description de l'île Formosa en Asie (1704 or 1705) is of doubtful authenticity. [Duchet 244n41]
2 In particular, Seyger van Rechteren. [Duchet 244n42]

In

DE L’HOMME407

très-délicatsa. On trouve dans la relation de la navigation australe de le Maire une description des habitans de cette contrée, dont je vais rapporter les principaux traits. Selon ce voyageur ces peuples sont fort noirs, sauvages & brutaux, ils portent des anneaux aux deux oreilles, aux deux narines, & quelquefois aussi à la cloison du nez, & des bracelets de nacre de perle au-dessus des coudes & aux poignets, & ils se couvrent la tête d’un bonnet d’ecorce d’arbre peintre de différentes couleurs; ils sont puissans & bien proportionnez dans leur taille, ils ont les dents noires, assez de barbe, & les cheveux noirs, courts & crépus, qui n’approchent cependant pas autant de la laine que ceux des Nègres, ils sont agiles à la course, ils se servent de massues & de lances, de sabres & d’autres armes faites de bois dur, l’usage du fer leur étant inconnu; ils se servent aussi de leurs dents comme d’armes offensives, & mordent comme les chiens. Ils mangent du bétel & du piment mêlé avec de la chaux, qui leur sert aussi à poudrer leur barbe & leurs cheveux. Les femmes sont affreuses, elles ont de longues mamelles qui leur tombent sur le nombril, le ventre extrêmement gros, les jambes fort menues, les bras de même, des physionomies de singe, de vilains traitsb, &c. Dampier dit que les habitans

a Voyez l’hist. de la conquête des Isles Moluques. Tome I, page 148. Amst. 1706.
b Voy. la Navigation australe de Jacques le Maire. Tome IV, du recueil des voyages qui ont servi à l’établissement de la Compagnie des Indes de Hollande, page 648.

de

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     In few writers respecting this island do we find any mention of men with tails; and of the form and features of the natives, authors differ also prodigiously. With respect to one fact they seem, however, to agree, though it is not perhaps less extraordinary, namely, that the women are not allowed to bear children before the age of 35, though allowed to marry long before that period. In speaking of this custom, Rechteren thus expresses himself: [404][405] “After the women are married, they must not become mothers till they have completed their 35th or 37th year. When they happen to be pregnant before that time, their priestesses trample upon their bellies with their feet, and thus occasion a miscarriage,1 as painful and dangerous, if not more so than the natural labour. To bring a child into the world previous to the age prescribed, would be not only a disgrace but an enormous crime. I have seen women who had suffered 16 of these forced miscarriages, and were only allowed to bring into the world their 17th child.”
     The Mariana-islands, or the Ladrones, which are the most remote from the eastern coast, are inhabited by a people rude and uncivilized. Father Gobien2 says that, till the

1 This strange custom interested the majority of the philosophes. Montesquieu, Diderot, Helvétius cited it as an example of superstition, a usage against nature. It appears that explorers misinterpreted a practice intended to facilitate delivery. [Duchet 245n43]
2 Charles le Gobien, Histoire des Iles Mariannes (Paris, 1700). [Duchet 245n44]

arrival

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de l’isle Sabala dans la nouvelle Guinée sont une sorte d’Indiens fort basanez, qui ont les cheveux noirs & longs, & qui par les manières ne diffèrent pas beaucoup de ceux de l’isle Mindanao & des autres naturels de ces isles orientales; mais qu’outre ceux-là, qui paroissent êtres les principaux de l’isle, il y a aussi des Nègres, & que ces Nègres de la nouvelle Guinée, ont les cheveux crépus & cotonneza; que les habitans d’une autre isle qu’il appelle Garret-Denis, sont noirs, vigoureux & bien taillez; qu’ils ont la tête grosse & ronde, les cheveux frisez & courts; qu’ils les coupent de différentes manières, & les teignent aussi de différentes couleurs, de rouge, de blanc, de jaune, qu’ils ont le visage rond & large avec un gros nez plat; que cependant leur physionomie ne seroit pas absolument désagréable s’ils ne se défiguroient pas le visage par une espèce de cheville de la grosseur du doigt & longue de quatre pouces, dont ils traversent les deux narines, en sorte que les deux bouts touchent à l’os des joues, qu’il ne paroît qu’un petit brin de nez autour de ce bel ornement; & qu’ils ont aussi de gros trous aux oreilles où ils mettent des chevilles comme au nezb.
     Les habitans de la côte de la nouvelle Hollande qui est à 16 degrés 15 minutes de latitude méridionale & au midi de l’isle de Timor, sont peut-être les gens du monde les plus misérables, & ceux de tous les humains qui approchent le plus des brutes; ils sont grands, droits & menus, ils ont

a Voyez le voyage de Dampier. Tome V, page 82.
b Voy. Idem, Tome V, page 102.

les

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arrival of the Europeans, they had never seen fire; and that nothing could exceed their astonishment when, on the arrival of Magellan, they first beheld it. Their complexion is tawny, though less brown than that of the natives of the Philippines; in strength and robustness they surpass the Europeans. They are tall and well proportioned; and though they feed solely on roots, fruits, and fish, they are very corpulent, which however, does not check their nimbleness and activity. [405][406] They live to a great age; nor is it uncommon to find among them persons who, strangers to sickness, have already reached their 100th year.
     Carreri* says, that the natives of these islands are of a gigantic figure, corpulent, and so strong that they can raise a weight of 500 pounds upon their shoulders. In general their hair is frizly, their noses thick, their eyes are large, and their colour like that of the Indians. The natives of Guan, one of these islands, have long black hair, large noses, thick lips, white teeth, long visages, and fierce aspects. They are also exceedingly robust; and it is said they do not in height measure less than seven feet.

* Giovanni Francesco Gemelli Carreri, Voyage autour du monde (Paris, 1719). 6 vols. The original Italian appeared in 1699-1701. [Duchet 246n45]

Southward

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les membres longs & déliez, la tête grosse, le front rond, les sourcils épais; leurs paupières sont toûjours à demi-fermées, ils prennent cette habitude dès leur enfance, pour garantir leurs yeux des moucherons qui les incommodent beaucoup, & comme ils n’ouvrent jamais les yeux, ils ne sauroient voir de loin à moins qu’ils ne lèvent la tête, comme s’ils vouloient regarder quelque chose au dessus d’eux. Ils ont le nez gros, les lèvres grosses & la bouche grande; ils s’arrachent apparemment les deux dents du devant de la mâchoire supérieure, car elles manquent à tous, tant aux hommes qu’aux femmes, aux jeunes & aux vieux, ils n’ont point de barbe: leur visage est long, d’un aspect très-désagréable, sans un seul trait qui puisse plaire; leurs cheveux ne sont pas longs & lisses comme ceux de presque tous les Indiens, mais ils sont courts, noirs & crépus, comme ceux des Nègres, leur peau est noire comme celle des Nègres de Guinée. Ils n’ont point d’habits, mais seulement un morceau d’écorce d’arbre attaché au milieu du corps en forme de ceinture, avec une poignée d’herbes longues au milieu; ils n’ont point de maisons, ils couchent à l’air sans aucune couverture, & n’ont pour lit que la terre, ils demeurent en troupes de vingt ou trente, hommes, femmes & enfans, tout cela pêle-mêle. Leur unique nourriture est un petit poisson qu’ils prennent en faisant des réservoirs de pierre dans de petits bras de mer, ils n’ont ni pain, ni grain, ni légumes, &c.*
     Les peuples d’une autre côte de la nouvelle Hollande,

* Voyez idem, Tome II, page 171.

à

230 BUFFON’S

     Southward of the Mariana-islands, and eastward of the Malaccas, we find the country of the Papous, and New Guinea, which seem to be the most southern1 regions. Argensola2 tells us, that the Papous are as black as the Caffres, that their hair is frizly, and their countenance meagre and disagreeable. In this country, nevertheless, there are people as fair as the Germans; but their eyes are exceedingly weak and delicate.3 [406][407] According to Le Maire,4 they are not only very black, but also savage and brutal; they wear rings in their ears and nostrils, and sometimes also in the partition of the nose; they likewise wear bracelets of mother-of-pearl above the elbows and on the wrists, and cover their heads with a cap made of the bark of a tree painted with several colours. They are well proportioned, have a sufficiency of beard; their teeth are black, as is also the hair, which, though frizly, is not so woolly as that of the negroes. They run very fast, and their weapons consist of clubs, spears, and sabres, made of hard wood, the use of iron being unknown to them. They also employ their teeth as weapons, and bite like dogs; beetle [sic]5 and pimento mixed with chalk6 make part of their food.7 The women are of

1 The rest of Oceania was still unexplored in 1749. [Duchet 246n46]
2 Leonardo di Argensola's Histoire de la conquête des îles Molûques (1609) was translated only in 1706. [Duchet 246n47]
3 Again, these were about albinos. [Duchet 246n48]
4 Jacques-Joseph Lemaire's Les voyages...aux îles Canaries, Cap-Vert, Sénégal et Guinée... (Paris: J. Collombet, 1695). His navigation's report is grouped with that by the Dutchman Joris van Spilberghen in Miroir Ouest et West-Indical... (Amsterdam, 1621). [Duchet 246n49 or 247n49]
5 beetle betel. [Meijer]
6 lime. [Meijer]
7 As a matter of fact all of these ingredients are part of the composition of a betel product, which has stimulative properties analogous to tobacco's. Its usage also has social, ceremonial, and religious meaning. Refusing an offer of betel is regarded as a grave offense. [Duchet 247n50]

hideous

410 HISTOIRE NATURELLE

à vingt-deux ou vingt-trois degrés latitude sud, semblent être de la même race que ceux dont nous venons de parler, ils sont extrêmement laids, ils ont de même le regard de travers, la peau noire, les cheveux crépus, le corps grand & délié*.
     Il paroît par toutes ces descriptions que les isles & les côtes de l’océan Indien sont peuplées d’hommes très-différens entre eux. Les habitans de Malaca, de Sumatra & des isles Nicobar semblent tirer leur origine des Indiens de la Presqu’isle de l’Inde; ceux de Java, des Chinois, à l’exception de ces hommes blancs & blonds qu’on appelle Chacrelas, qui doivent venir des Européens; ceux des isles Moluques paroissent aussi venir pour la plûpart, des Indiens de la Presqu’isle; mais les habitans de l’isle de Timor qui est la plus voisine de la nouvelle Hollande, sont à peu près semblables aux peuples de cette contrée. Ceux de l’isle Formose & des isles Marianes se ressemblent par la hauteur de la taille, la force & les traits; ils paroissent former une race à part différente de toutes les autres qui les avoisinet. Les Papous & les autres habitans des terres voisines de la nouvelle Guinée, sont de vrais noirs & ressemblent à ceux d’Afrique, quoiqu’ils en soient prodigieusement éloignez, & que cette terre soit séparée du continent de l’Afrique par un intervalle de plus de 2200 lieues de mer. Les habitans de la nouvelle Hollande ressemblent aux Hottentots; mais avant que de tirer des conséquences de tous ces rapports, & avant que de raisonner

* Idem, Tome IV, page 134.

sur

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hideous aspect; their breasts hang down to the navel; their bellies are extremely prominent; their arms and limbs are small; and in their visages they resemble so many apes. [407][408]
     Dampier says, that the natives of the island of Sabala, in New Guinea, are a class of tawny Indians, with long black hair, and whose manners are not much different from those of Mindanao, and the other oriental islands; but besides them, it is also peopled by negroes, with short woolly hair. Speaking of another island, which he calls Garret-Denys, he says, that the natives are black, vigorous, and well shaped; that their heads are large and round; that their hair, which they cut in different fashions, and tinge with different colours, as red, white, and yellow, is short and frizly; that their faces are large and round, and their noses thick and flat; that nevertheless their physiognomy would not be absolutely disagreeable, did they not thrust a kind of peg, about one inch thick and four inches long, across the nostrils, so that both ends may touch the cheek-bones; and that they pierce their ears with similar pegs.*
     According to the same author, the natives of the coast of New Holland, which is in the

* These are ritual mutilations practiced in initiation ceremonies. The same with the boring or extraction of teeth, which Buffon discussed on p. 232, in regards to the Australians. [Duchet 247n51]

latitude

DE L’HOMME411

sur ces différences, il est nécessaire de continuer notre examen en détail des peuples de l’Asie & de l’Afrique.
     Les Mogols & les autres peuples de la presqu’isle de l’Inde ressemblent assez aux Européens par la taille & par les traits, mais ils en diffèrent plus ou moins par la couleur. Les Mogols sont olivâtres, quoiqu’en langue Indienne Mogol veuille dire blanc; les femmes y sont extrêmement propres, & elles se baignent très-souvent, elles sont de couleur olivâtre comme les hommes, & elles ont les jambes & les cuisses fort longues & le corps assez court, ce qui est le contraire des femmes Européennesa. Tavernier dit que lorsqu’on a passé Lahor & le royaume de Cachemire, toutes les femmes du Mogol naturellement n’ont point de poil en aucune partie du corps, & que les hommes n’ont que très-peu de barbeb. Selon Thevenot les femmes Mogoles sont assez fécondes, quoique très-chastes, elles accouchent aussi fort aisément, & on en voit quelquefois marcher par la ville dès le lendemain qu’elles sont accouchées; il ajoûte qu’au royaume de Decan on marie les enfans extrêmement jeunes; dès que le mari a dix ans & la femme huit les parens les laissent coucher ensemble, & il y en a qui ont des enfans à cet âge; mais les femmes qui ont des enfans de si bonne heure, cessent ordinairement d’en avoir après l’âge de trente ans, & elles deviennent extrêmement ridéesc. Parmi ces femmes il y en a qui se

a Voyez les voyages de la Boulaye le Gouz. Paris, 1657. page 153.
b V. les voyages de Tavernier, Rouen, 1713. Tome III, page 80.
c V. les voyages de Thevenot, Tome III, page 246.

font

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latitude of 16, and to the south of the island of Timor, are of all mankind perhaps the most miserable,1 and the most upon a level with the brutes. [408][409] They are tall, erect, and thin; their limbs are long and slender; their heads are large; their foreheads round, and their eye-brows thick. Their eye-lids are always half shut; a habit they contract in their infancy to save their eyes from the gnats, and as they never open their eyes, they cannot see at a distance without raising their head, as if looking at something over their heads. Their noses and lips are thick, and their mouths large. They pull out, it would seem, the two front teeth of the upper jaw; for in neither sex, nor at any age, are they ever found to possess these teeth. They have no beard; their visage is long, nor does it contain one pleasing feature. Their hair is short, black, and frizly, like that of the negroes;2 and their skin is as black as those of Guinea. Their whole cloathing consists of a bit of the bark of a tree fastened round the middle. They have no houses, and they sleep on the bare ground, without any covering. They associate, men, women, and children, promiscuously, in troops,3 to the number of 20 or 30. Their only food is a small fish, which

1 The Australian tribes have always remained nomads, living off hunting and gathering. Their religion prescribes this lifestyle: man should not intervene in the equilibrium of natural forces by working the land to force it to produce. Far from being "primitives," the Australians have a particularly rich and original vision of the world, which protected them from all European influence. [Duchet 247-248n53]
2 In actual fact there were several distinct populations: an original population, of negroid type in the southeast of the continent, and another population with straight hair who came much later from Asia. [Duchet 248n54]
3 A more important grouping never developed in Australia: each tribe had their own hunting territory and ruled themselves. [Duchet 248n55]

they

412 HISTOIRE NATURELLE

font découper la chair en fleurs, comme quand on applique des ventouses, elles peignent ces fleurs de diverses couleurs avec du jus de racines, de manière que leur peau paroît comme une étoffe à fleursa.
     Les Bengalois sont plus jaunes que les Mogols, ils ont aussi des mœurs toutes différentes, les femmes sont beaucoup moins chastes, on prétend même que de toutes les femmes de l’Inde ce sont les plus lascives. On fait à Bengale un grand commerce d’esclaves mâles & femelles, on y fait aussi beaucoup d’eunuques, soit de ceux auxquels on n’ôte que les testicules, soit de ceux à qui on fait l’amputation toute entière. Ces peuples sont beaux & bien-faits, ils aiment le commerce & ont beaucoup de douceur dans les mœursb. Les habitans de la côte de Coromandel sont plus noirs que les Bengalois, ils sont aussi moins civilisez, les gens du peuple vont presque nuds; ceux de la côte de Malabar sont encore plus noirs, ils ont tous les cheveux noirs, lisses & fort longs, ils sont de la taille des Européens; les femmes portent des anneaux d’or au nez; les hommes, les femmes & les filles se baignent ensemble & publiquement dans des bassins au milieu des villes, les femmes sont propres & bien faites, quoique noires, ou du moins très-brunes; on les marie dès l’âge de huit ansc. Les coûtumes de ces différens peuples de l’Inde sont toutes fort singulières, & même bizarres. Les Banianes ne mangent de rien

a Voyez les voyages de Tavernier. Tome III, page 34.
b Voy. les voyages de Pyrard, page 354.
c Voy. le Recueil des voyages. Amsterdam, 1702. Tome VI, p. 461.

de

NATURAL HISTORY. 233

they catch by forming reservoirs in little arms of the sea, and to every kind of grain or bread they are utter strangers.[409][410]
     The natives of another part of New Holland, in the 22d or 23d degree of south latitude, seem to be of the same race as those we have now described; they are ugly to an extreme; their eyes have the same defect as those of the others; their skin is black, their hair frizly, and their bodies tall and slender.
     From these descriptions it appears, that the islands and coasts of the Indian ocean are peopled by men widely different from each other. The natives of Malacca, of Sumatra, and of the Nicobar islands, appear to derive their origin from those of the peninsula of Indus, and those of Java from the Chinese, the white men excepted, who go by the name of Chacrelas, and who must have sprung from the Europeans. The natives of the Malacca islands seem also in general to have originated from the Indians in the peninsula; but those of the island of Timor, which is near to New Holland, are almost similar to the people of that country. Those of Formosa, and the Mariana islands, resemble each other in size,

vigour,

DE L’HOMME413

de ce qui a eu vie, ils craignent même de tuer le moindre insecte, pas même les poux qui les rongent, ils jettent du ris & des fèves dans la rivière pour nourrir les poissons, & des graines sur la terre pour nourrir les oiseaux & les insectes: quand ils rencontrent ou un chasseur ou un pêcheur, ils le prient instamment de se désister de son entreprise; & si on est sourd à leurs prières, ils offrent de l’argent pour le fusil & pour les filets, & quand on refuse leurs offres, ils troublent l’eau pour épouvanter les poissons, & crient de toute leur force pour faire fuir le gibier & les oiseauxa. Les Naires de Calicut sont des militaires qui sont tous nobles, & qui n’ont d’autre profession que celle des armes; ce sont des hommes beaux & bien-faits, quoiqu’ils aient le teint de couleur olivâtre, ils ont la taille élevée & ils sont hardis, courageux & très-adroits à manier les armes, ils s’agrandissent les oreilles au point qu’elles descendent jusque sur leurs épaules, & quelquefois plus bas. Ces Naires ne peuvent avoir qu’une femme, mais les femmes peuvent prendre autant de maris qu’il leur plaît. Le P. Tachard dans sa lettre au P. de la Chaise, datée de Ponticheri du 16 Février 1702, dit que dans les Castes ou Tribus nobles une femme peut avoir légitimement plusieurs maris, qu’il s’en est trouvé qui en avoient eu tout-à-la fois jusqu’à dix, qu’elles regardoient comme autant d’esclaves qu’elles s’étoient soûmis par leur beautéb. Cette liberté d’avoir plusieurs maris est un privilége de noblesse que les femmes de

a Voyages de Jean Struys. Tome II, page 225.
b Voyez les lettres édifiantes. Recueil II, page 188.

condition

234 BUFFON’S

vigour, and features, and seem to form a race distinct from that of every other people around them. The Papus [sic],* and other nations in the neighbourhood of New Guinea, are real blacks, and resemble those of Africa, though at a prodigious distance from that continent, and separated from it by a space of 2,200 leagues of sea. [410][411] The natives of New Holland resemble the Hottentots. But before we draw any conclusions from all these relations and differences, it is necessary to pursue our enquiries with respect to the different nations of Asia and Africa.
     The Moguls, and other nations of the peninsula of India, are not unlike the Europeans in shape and in features; but they differ more or less from them in colour. The Moguls are olive, though in the Indian language the word Mogul signifies White. The women are extremely delicate, and they bathe themselves very often: they are of an olive colour as well as the men; and, what is opposite to the women in Europe, their legs and thighs are long, and their bodies are short. Tavernier says, that after passing Lahor, and the kingdom of Cashmire, the women have naturally no hair on any part of the body, and the men have

* Papus Papous. [Meijer]

hardly

414 HISTOIRE NATURELLE

condition font valoir autant qu’elles peuvent, mais les bourgeoises ne peuvent avoir qu’un mari; il est vrai qu’elles adoucissent la dureté de leur condition par le commerce qu’elles ont avec les étrangers, auxquels elles s’abandonnent sans aucune crainte de leurs maris & sans qu’ils osent leur rien dire. Les mères prostituent leurs filles le plus jeunes qu’elles peuvent. Ces bourgeois de Calicut ou Moucois semblent être d’une autre race que les nobles ou Naires, car ils sont, hommes & femmes, plus laids, plus jaunes, plus mal-faits & de plus petite taillea. Il y a parmi les Naires de certains hommes & de certaines femmes qui ont les jambes aussi grosses que le corps d’un autre homme; cette difformité n’est point une maladie, elle leur vient de naissance; il y en a qui n’ont qu’une jambe & d’autres qui les ont toutes les deux de cette grosseur monstrueuse; la peau de ces jambes est dure & rude comme une verrue, avec cela ils ne laissent pas d’être fort dispos. Cette race d’hommes à grosses jambes s’est plus multipliée parmi les Naires que dans aucun autre peuple des Indes, on en trouve cependant quelques-uns ailleurs, & sur-tout à Ceylanb, où l’on dit que ces hommes à grosses jambes sont de la race de S. Thomas.
     Les habitans de Ceylan ressemblent assez à ceux de la côte de Malabar, ils ont les oreilles aussi larges, aussi

a Voyez les voyages de François Pyrard, pag. 411 & suiv.
b Voy. idem, pag. 416 & suiv. Voy. aussi le Recueil des voyages qui ont servi à l’établissement de la Compagnie des Indes de Holl. page 362. Tom. IV, & le voyage de Jean Huguens.

basses

NATURAL HISTORY. 235

hardly any beard. According to Thevenot, the Mogul women are very fruitful, though exceedingly chaste, and suffer so little from the pains of child-birth, that they are often abroad the day following. He adds, that in the kingdom of Decan they are allowed to marry, the male by his tenth, and the female by her eighth year; and at that age they not unoften have children; but the women who become mothers so soon usually cease bearing before they arrive at 30, and by that period they appear wrinkled, and marked with all the deformities of age. [411][412] It is not an uncommon practice among them to have their skins pricked in the shape of flowers, and by painting them with the juices of plants, they perfectly resemble them.
     The natives of Bengal are more yellow than the Moguls. In disposition also they differ totally; their women, instead of being chaste, of all the Indian women are the most lascivious. In this country they carry on a great traffic of slaves, male and female. They also make numbers of eunuchs. They are comely and well-shaped, are fond of commerce, and have much mildness in their manners.
     The natives of the coast of Coromandel are more black than the people of Bengal; they

are

DE L’HOMME415

basses & aussi pendantes, ils sont seulement moins noirsa, quoiqu’ils soient cependant fort basanez, ils ont l’air doux & sont naturellement fort agiles, adroits & spirituels; ils ont tous les cheveux très-noirs, les hommes les portent fort courts, les gens du peuple sont presque nuds, les femmes ont le sein découvert, cet usage est même assez général dans l’Indeb. Il y a des espèces de Sauvages dans l’isle de Ceylan, qu’on appelle Bedas, ils demeurent dans la partie septentrionale de l’isle, & n’occupent qu’un petit canton; ces Bedas semblent être une espèce d’hommes toute différente de celle de ces climats, ils habitent un petit pays tout couvert de bois si épais qu’il est fort difficile d’y pénétrer, & ils s’y tiennent si bien cachez qu’on a de la peine à en découvrir quelques-uns; ils sont blancs comme les Européens, il y en a même quelques-uns qui sont roux; ils ne parlent pas la langue de Ceylan, & leur langage n’a aucun rapport avec toutes les langues des Indes, ils n’ont ni villages, ni maisons, ni communication avec personne; leurs armes sont l’arc & les flèches, avec lesquelles ils tuent beaucoup de sangliers, de cerfs, &c. ils ne font jamais cuire leur viande, mais ils la confisent dans du miel qu’ils ont en abondance. On ne sait point l’origine de cette nation qui n’est pas fort nombreuse, & dont les familles demeurent séparées les unes des autresc. Il me paroît que ces Bedas de Ceylan, aussi

a Voyez Philip. Pigafettæ Indiæ Orientalis partem primam, 1598. pag. 39.
b Voy. le Recueil des voyages, &c. Tome VII, page 19.
c Voy. l’histoire de Ceylan, par Ribeyro, 1701, pag. 177 & suiv.

bien

236 BUFFON’S

are also less civilized, and in general* go nearly naked. Those of the coast of Malabar are still more black; their hair is black also, straight, and long, and are of the same size with the Europeans. Even in their towns men, women, and children, bathe promiscuously in public basins. Their women wear rings in their noses; they are married at the age of eight, and though black, or at least of a very deep brown, they yet are comely and well proportioned.
     The customs of the different Indian nations are all very singular, if not whimsical. [412][413] The Banians eat nothing which has had life in it; they are even afraid to kill the smallest reptile, however offensive to them; they throw rice and beans into their rivers as food for the fishes, and grains of different kinds upon the earth for the birds and insects. When they meet a hunter, or a fisher, they earnestly beg of him to desist; if deaf to their entreaties, they offer him money for his gun, or his nets, and when no persuasion nor offer will avail, they trouble the water to frighten away the fishes, and cry with all their strength to put the birds and other game to flight.
     The Naires of Calicut form a class of

* The common people, in the original text, p. 412. [Meijer]

nobles,

416 HISTOIRE NATURELLE

bien que les Chacrelas de Java, pourroient bien être de race Européenne, d’autant plus que ces hommes blancs & blonds sont en très-petit nombre. Il est très-possible que quelques hommes & quelques femmes Européennes aient été abandonnez autrefois dans ces isles, ou qu’ils y aient abordé dans un naufrage, & que dans la crainte d’être mal-traitez des naturels du pays, ils soient demeurez eux & leurs descendans dans les bois & dans les lieux les plus escarpez des montagnes où ils continuent à mener la vie de Sauvages, qui peut-être a ses douceurs lorsqu’on y est accoûtumé.
     On croit que les Maldivois viennent des habitans de l’isle de Ceylan, cependant ils ne leur ressemblent pas, car les habitans de Ceylan sont noirs & mal-formez, au lieu que les Maldivois sont bien formez & proportionnez, & qu’il y a peu de différence d’eux aux Européens, à l’exception qu’ils sont d’une couleur olivâtre; au reste, c’est un peuple mêlé de toutes les nations. Ceux qui habitent du côté du nord, sont plus civilisez que ceux qui habitent ces isles au sud, ces derniers ne sont pas même si bien faits & sont plus noirs; les femmes y sont assez belles, quoique de couleur olivâtre, il y en a aussi quelques-unes qui sont aussi blanches qu’en Europe, toutes ont les cheveux noirs, ce qu’ils regardent comme une beauté; l’art peut bien y contribuer, car ils tâchent de les faire devenir de cette couleur, en tenant la tête rase à leurs filles jusqu’à l’âge de huit ou neuf ans. Ils rasent aussi leurs garçons, & cela tous les huit jours, ce qui avec le temps leur

rend

NATURAL HISTORY. 237

nobles, whose sole profession is that of arms. These men are handsome, and of a comely aspect, though of an olive colour, and though they lengthen their ears to such a pitch as to make them fall over their shoulders, and sometimes lower, they are tall, hardy, courageous, and highly expert in military exercise. These Naires are allowed no more than one wife, but the women may have as many husbands as they please.* Father Tachard says, that they sometimes have not fewer than ten, whom they consider as so many slaves, subjected by their beauty. This privilege is annexed to nobility, from which the women of condition derive to themselves every possible advantage. [413][414] Those of inferior rank are allowed but one husband, but they comfort themselves under this restraint by the caresses of strangers, with whom they carry on their illicit amours, in defiance of their husbands, who dare not even speak to them upon the subject. The mothers prostitute their daughters in their early infancy. The nobles, or Naires, seem to be of a race different from the lower order, for the latter, men as well as women, are more ugly, yellow, unshapely, and more diminutive. Among the Naires there are some whose legs are as thick

* This example of polyandry was cited by Montesquieu (Esprit des lois, XVI, chap. V), who explained it by the necessity of soldiers reducing their love for family. The Naïres are not a caste, but a tribe. [Duchet 250n56]

as

DE L’HOMME417

rend à tous les cheveux noirs, car il est probable que sans cet usage ils ne les auroient pas tous de cette couleur, puisqu’on voit de petits enfans qui les ont à demi-blonds. Une autre beauté pour les femmes, est de les avoir fort longs & fort épais; ils se frottent la tête & le corps d’huile parfumée; au reste, leurs cheveux ne sont jamais frisez, mais toûjours lisses; les hommes y sont velus par le corps, plus qu’on ne l’est en Europe. Les Maldivois aiment l’exercice & sont industrieux dans les arts; ils sont superstitieux & fort adonnez aux femmes, elles cachent soigneusement leur sein, quoiqu’elles soient extraordinairement débauchées & qu’elles s’abandonnent fort aisément; elles sont fort oisives & se font bercer continuellement, elles mangent à tous momens du bétel qui est une herbe fort chaude, & beaucoup d’épices à leurs repas; pour les hommes ils sont beaucoup moins vigoureux qu’il ne conviendroit à leurs femmes. Voyez les voyages de Pyrard, pag. 120 & 324.
     Les habitans de Cambaye ont le teint gris ou couleur de cendre, les uns plus, les autres moins, & ceux qui sont voisins de la mer sont plus noirs que les autresa: ceux de Guzarate sont jaunâtresb. Les Canarins, qui sont les Indiens de Goa & des isles voisines, sont olivâtresc.
     Les voyageurs Hollandois rapportent que les habitans de Guzarate sont jaunâtres, les uns plus que les autres; qu’ils sont de même taille que les Européens; que les

a Voyez Pigafettæ Indiæ Orientalis partem primam, pag. 34.
b Voy. les voyages de la Boulaye le Gouz, page 225.
c Voy. Idem, ibid.

femmes

238 BUFFON’S

as the body of another man. This deformity they have from their birth, and not from any particular malady; and nevertheless they are exceedingly active. This race of men with thick legs have not increased much either among the Naires or any other classes of Indians; they are, however, in other places, and especially in Ceylon, where they are said to be the race of St. Thomas.
     The natives of Ceylon are not unlike those of the coast of Malabar. They are less black, but their ears are as large, and descend as low. [414][415] They are of a mild aspect, and naturally nimble, alert, and lively. Their hair which is very black, the men wear short; the common people go almost naked; and the women, according to a custom pretty general in India, have their bosoms uncovered. In Ceylon there is a species of savages, who are called Bedas;* they occupy a small district on the north part of the island, and seem to be of a peculiar race. The spot they inhabit is entirely covered with wood, amidst which they conceal themselves so closely that it is with great difficulty they are discovered. Their complexion is fair, and sometimes red, like that of the Europeans. Their language has not the smallest affinity

* An Indonesian ethnic group, represented in Malaysia (Senö or Sakai) and on Ceylon. [Duchet 251n57]

to

418 HISTOIRE NATURELLE

femmes qui ne s’exposent que très-rarement aux ardeurs du soleil, sont un peu plus blanches que les hommes, & qu’il y en a quelques-unes qui sont à peu près aussi blanches que les Portugaises*.
     Mandelslo en particulier dit que les habitans de Guzarate [sic] sont tous basanez ou de couleur olivâtre plus ou moins foncée, selon le climat où ils demeurent; que ceux du côté du midi le sont le plus, que les hommes y sont forts & bien proportionnez, qu’ils ont le visage large & les yeux noirs; que les femmes sont de petite taille, mais propres & bien-faites, qu’elles portent les cheveux longs; qu’elles ont aussi des bagues aux narines & de grands pendans d’oreilles, page 195. Il y a parmi eux fort peu de bossus ou de boiteux; quelques-uns ont le teint plus clair que les autres, mais ils ont tous les cheveux noirs & lisses. Les anciens habitans de Guzarate sont aisez à reconnoître, on les distingue des autres par leur couleur qui est beaucoup plus noire, ils sont aussi plus stupides & plus grossiers. Id. Tome II, page 222.
     La ville de Goa est, comme l’on sait, le principal établissement des Portugais dans les Indes, & quoiqu’elle soit beaucoup déchûe de son ancienne splendeur, elle ne laisse pas d’être encore une ville riche & commerçante; c’est le pays du monde où il se vendoit autrefois le plus d’esclaves, on y trouvoit à acheter des filles & des femmes fort belles de tous les pays des Indes; ces esclaves

* Voyez le Recueil des voyages qui ont servi à l’établissement de la Compagnie des Indes de Hollande. Tome VI, page 405.

savent

NATURAL HISTORY. 239

to that of any of the other Indians. They have no villages nor houses, nor hold any intercourse with the rest of mankind. Their weapons are bows and arrows, with which they kill a great number of boars, stags, and other animals; they never dress their meat, but sweeten it with honey, which they possess in great abundance. We are strangers to the origin of this tribe, which is far from being numerous, and of which every family lives separate. It appears that the Bedas of Ceylon, as well as the Chacrelas of Java, who are both fair and few in number, are of European extraction. [415][416] It is possible that some European men and women might have formerly been deserted in these islands, or thrown upon them by shipwreck, and that for fear of being maltreated by the natives, they and their descendants have remained in the woods, and in the mountainous parts of the country, where, habituated to a savage life, they might at length consider it as preferable.
     It is supposed that the natives of the Maldivia islands are descended from those of Ceylon, yet they bear no resemblance, the latter being black and badly formed; the former shapely, and, their olive colour excepted, little different

from

DE L’HOMME419

savent pour la plûpart jouer des instrumens, coudre & broder en perfection; il y en a de blanches, d’olivâtres, de basanées, & de toutes couleurs; celles dont les Indiens sont le plus amoureux, sont les filles Cafres de Mosambique, qui sont toutes noires. «C’est, dit Pyrard, une chose remarquable entre tous ces peuples Indiens, tant mâles que femelles, & que j’ai remarquée, que leur sueur ne put point où les Nègres d’Afrique tant en deçà que delà le Cap de Bonne-Espérance, sentent de telle sorte quand ils sont échauffez, qu’il est impossible d’approcher d’eux, tant ils puent & sentent mauvais comme des poireaux verds.» Il ajoûte que les femmes Indiennes aiment beaucoup les hommes blancs d’Europe, & qu’elles les préfèrent aux blancs des Indes, à tous les autres Indiensa.
      Les Persans sont voisins des Mogols & ils leur ressemblent assez, ceux sur-tout qui habitent les parties méridionales de la Perse, ne diffèrent presque pas des Indiens; les habitans d’Ormus, ceux de la province de Basoie & de Balascie sont très-bruns & très-basanez, ceux de la province de Chesimur & des autres parties de la Perse où la chaleur n’est pas aussi grande qu’à Ormus, sont moins bruns, & enfin ceux des provinces septentrionales sont assez blancsb. Les femmes des isles du Golfe Persique sont, au rapport des voyageurs Hollandois, brunes ou jaunes & fort peu

a Voyez la 2e partie du voyage de Pyrard. Tome II, pag. 64 & suiv.
b Voy. la description des Provinces Orientales, par Marc Paul. Paris, 1556. pag. 22 & 39.
     Voyez aussi le voyage de Pyrard, Tome II, page 256.

agréables,

240 BUFFON’S

from the Europeans. Besides they are a people composed of all nations. Those of the northern parts are more civilized than those of the southern. The women, notwithstanding their olive colour are handsome; and some of them are as fair as those of Europe. Their hair is universally black: this they consider as a beauty; and they studiously render it of that colour, by keeping the heads of their boys and girls constantly shaved every eight days till the age of eight or nine years. [416][417] Another beauty is to have the hair very long, and very thick; and for this purpose they anoint their head and body with a perfumed oil. These islanders love exercise, and are industrious artists; they are superstitious and greatly addicted to women; and though the women are particularly cautious of exposing their bosoms, they are yet exceedingly debauched, and lavish of their favours.
     The natives of Cambaia are of an ash-colour; and those bordering on the sea the most swarthy. In their accounts of Guzarat, the Dutch tell us, that the natives are all of yellow shades; that they are of the same size as the Europeans; [417][418] that the women who are rarely exposed to the sun, are fairer than the men; and that some of them are little more swarthy than the Portuguese.

Mandelslo

420 HISTOIRE NATURELLE

agréables, elles ont le visage large & de vilains yeux; elles ont aussi des modes & des coûtumes semblables à celles des femmes Indiennes, comme celles de se passer dans le cartilage du nez des anneaux & une épingle d’or au travers de la peau du nez près des yeuxa; mais il est vrai que cet usage de se percer le nez pour porter des bagues & d’autres joyaux, s’est étendu beaucoup plus loin, car il y a beaucoup de femmes chez les Arabes qui ont une narine percée pour y passer un grand anneau, & c’est une galanterie chez ces peuples de baiser la bouche de leurs femmes à travers ces anneaux, qui sont quelquefois assez grands pour enfermer toute la bouche dans leur rondeurb.
     Xenophon, en parlant des Persans, dit qu’ils étoient la plûpart gros & gras; Marcellin dit au contraire que de son temps ils étoient maigres & secs. Olearius qui fait cette remarque, ajoûte qu’ils sont aujourd’hui, comme du temps de ce dernier auteur, maigres & secs, mais qu’ils ne laissent pas d’être forts & robustes; selon lui ils ont le teint olivâtre, les cheveux noirs & le nez aquilinc. Le sang de Perse, dit Chardin, est naturellement grossier, cela se voit aux Guèbres qui sont le reste des anciens Persans, ils sont laids, mal-faits, pesans, ayant la peau rude & le teint coloré; cela se voit aussi dans les provinces les plus proches de l’Inde

a Voyez le Recueil des voyages de la Compagnie de Hollande, Amst. 1702. Tome V, page 191.
b V. le voyage fait par ordre du Roy dans la Palestine par M.D.L.R. Paris, 1717. page 260.
c V. le voyage d’Olearius. Paris, 1656. Tome I, page 501.

NATURAL HISTORY. 241

Mandelslo says, that the people of Guzarat are all of a colour more or less tawny or olive, according to the climate in which they are situated; that the men are strong and shapely, have large faces and black eyes; that the women are small but well proportioned, that they wear their hair long, also pegs in their nostrils, and large pendants in their ears. Few of them are deformed; some have a more clear complexion than others, yet they have all black straight hair. The ancient inhabitants of Guzarat are easily distinguished from the others by their colour, which is much more black, and by their being more stupid and barbarous.
     Goa is the chief Portuguese settlement in the Indies, and though it may have lost much of its former splendor, it is still, however, a rich and a commercial city. Here, at one time, more slaves were sold than in any other part of the world; and where the most beautiful women and girls, from all parts of Asia, became the property of the highest bidder. [418][419] These slaves were of all colours, and were skilled in music, as well as in the arts of sewing and embroidery. The Indians were chiefly captivated with the Caffre girls from Mozambique,

who

DE L’HOMME421

où les habitans ne sont guère moins mal-faits que les Guèbres, parce qu’ils ne s’allient qu’entr’eux; mais dans le reste du royaume le sang Persan est présentement devenu fort beau par le mélange du sang Géorgien & Circassien, ce sont les deux nations du monde où la Nature forme de plus belles personnes: aussi il n’y a presque aucun homme de qualité en Perse qui ne soit né d’une mère Géorgienne ou Circassienne; le Roy lui-même est ordinairement Géorgien ou Circassien d’origine du côté maternel; & comme il y a un grand nombre d’années que ce mélange a commencé de se faire, le sèxe féminin est embelli comme l’autre, & les Persannes sont devenues fort belles & fort bien-faites, quoique ce ne soit pas au point des Géorgiennes. Pour les hommes ils sont communément hauts, droits, vermeils, vigoureux, de bon air & de belle apparence. La bonne température de leur climat & la sobriété dans laquelle on les élève, ne contribuent pas peu à leur beauté corporelle, ils ne la tiennent pas de leurs pères, car sans le mélange dont je viens de parler, les gens de qualité de Perse seroient les plus laids hommes du monde, puisqu’ils sont originaires de la Tartarie dont les habitans sont, comme nous l’avons dit, laids, mal-faits & grossiers; ils sont au contraire fort polis & ont beaucoup d’esprit; leur imagination est vive, prompte & fertile, leur mémoire aisée & féconde; ils ont beaucoup de disposition pour les sciences & les arts libéraux & méchaniques, ils en ont aussi beaucoup pour les armes; ils aiment la gloire, ou la vanité qui en est la fausse image; leur naturel est pliant & souple, leur esprit facile

& intrigant;

242 BUFFON’S

who are all black. “It is remarkable, says Pyrard, that the sweat of the Indian men or women has no disagreeable smell; whereas of the negroes of Africa, the stench, when they are in any degree over-heated, is insupportable. He adds, that the Indian women are fond of the European men, and that they prefer them to the white men of the Indies.”
     The Persians are neighbours to the Moguls, and bear a considerable likeness to them; those especially who occupy the southern parts of Persia. The natives of Ormus, and of the provinces of Bascia and Balascia, are very brown and tawny; those of Chesmur, and the other provinces, in which the heat is less intense than in Ormus, are more fair; and those of the northern provinces are tolerably white. The women who inhabit the islands of the Persian gulf, are, according to the Dutch travellers, brown or yellow, and not in the least agreeable. [419][420] They have several modes and customs similar to those of the Indian women, as having a hole formed through the cartilage of the nose, for the admission of a ring, and through the skin of the nose, immediately below the eyes, for that of a gold wire. Indeed this custom of piercing the nose, in order

to

422 HISTOIRE NATURELLE

& intrigant; ils sont galans, même voluptueux; ils aiment le luxe, la dépense, & ils s’y livrent jusqu’à la prodigalité; aussi n’entendent-ils ni l’œconomie, ni le commerce. Voyez les voyages de Chardin. Amst. 1711. Tome II, page 34.
     Ils sont en général assez sobres, & cependant immodérez dans la quantité de fruits qu’ils mangent; il est fort ordinaire de leur voir manger un man de melons, c’est-à-dire, douze livres pesans, il y en a même qui en mangent trois ou quatre mans; aussi en meurt-il quantité par les excès des fruitsa.
     On voit en Perse une grande quantité de belles femmes de toutes couleurs, car les marchands qui les amènent de tous les côtés, choisissent les plus belles. Les blanches viennent de Pologne, de Moscovie, de Circassie, de Géorgie & des frontières de la grande Tartarie; les basanées des terres du grand Mogol & de celles du Roy de Golconde & du Roy de Visapour, & pour les noires elles viennent de la côte de Melinde & de celles de la Mer Rougeb. Les femmes du peuple ont une singulière superstition, celles qui sont stériles s’imaginent que pour devenir fécondes il faut passer sous les corps morts des criminels qui sont suspendus aux fourches patibulaires, elles croient que le cadavre d’un mâle peut influer, même de loin, & rendre une femme capable de faire des enfans. Lorsque ce remède singulier ne leur réussit pas, elles vont chercher les canaux

a Voyez les voyages de Thevenot. Paris, 1664. Tome II, page 181.
b V. les voyages de Tavernier. Rouen, 1713. Tome II, page 368.

des

NATURAL HISTORY. 243

to embellish it with rings and other trinkets, has extended much farther than the gulf of Persia. Many of the women in Arabia have an incision made through their nostrils for the same purpose; and with this people it is an act of gallantry for the husband to salute his wife through those rings, which are sometimes so large as to encompass the whole mouth.
     Xenophon, in speaking of the Persians, says, that they were generally fat and gross; Marcellinus, on the contrary, says, that in his time they were meagre and thin. Olearius* adds, that they are to this day what the last mentioned author describes, that they are full of strength and vigour, and that their complexion is olive-coloured, their hair black, and their noses aquiline.
     That the Persian blood is naturally gross, says Chardin, is evident from the Guebres, who are a remnant of the ancient Persians, and who are ugly, ill shaped, and coarse skinned. [420][421] It is evident also from the inhabitants of the provinces nearest to India, who, as they never form any alliances but among each other, are little less deformed than the Guebres. Throughout the rest of the kingdom the Persian blood has become highly refined, by intermixtures

* Adam Oelschläger, dit Oléarius, Voyages très curieux et très renommés en Moscovie, Tartarie et Perse... He was the Duke of Holstein's librarian. [Duchet 254n58]

with

DE L’HOMME423

des eaux qui s’écoulent des bains, elles attendent le temps où il y a dans ces bains un grand nombre d’hommes, alors elles traversent plusieurs fois l’eau qui en sort, & lorsque cela ne leur réussit pas mieux que la première recette, elles se déterminent enfin à avaler la partie du prépuce qu’on retranche dans la circoncision; c’est le souverain remède contre la stérilitéa.
      Les peuples de la Perse, de la Turquie, de l’Arabie, de l’Égypte & de toute la Barbarie peuvent être regardez comme une même nation qui, dans le temps de Mahomet & de ses successeurs, s’est extrêmement étendue, a envahi des terreins immenses, & s’est prodigieusement mêlée avec les peuples naturels de tous ces pays. Les Persans, les Turcs, les Maures se sont policez jusqu’à un certain point, mais les Arabes sont demeurez pour la plûpart dans un état d’indépendance qui suppose le mépris des loix; ils vivent, comme les Tartares, sans règle, sans police, & presque sans société; le larcin, le rapt, le brigandage sont autorisez par leurs chefs; ils se font honneur de leurs vices, ils n’ont aucun respect pour la vertu, & de toutes les conventions humaines ils n’ont admis que celles qu’ont produit le fanatisme & la superstition.
     Ces peuples sont fort endurcis au travail, ils accoûtument aussi leurs chevaux à la plus grande fatigue, ils ne leur donnent à boire & à manger qu’une seule fois en vingt-quatre heures, aussi ces chevaux sont-ils très-maigres, mais en même temps ils sont très-prompts à la course,

a Voy. les voyages de Gemelli Careri. Paris, 1719. Tome II, p. 200.

&, pour

244 BUFFON’S

with the Georgians and Circassians, two nations the most remarkable for the beauty of the inhabitants of any in the world. Thus in Persia there is hardly a man of distinction whose mother came not from Georgia or Circassia; and even the king himself is commonly, by the mother’s side, sprung from a native of one or other of these countries. As it is many years since this mixture first took place, the Persian women, though still inferior in beauty to the Georgian, have become very handsome. The men are commonly tall, erect, fresh-coloured, and vigorous; their air is graceful, and their appearance engaging. The mildness of their climate, and the sobriety in which they are brought up, contribute much to their personal beauty. This they in no degree inherit from their fathers, for without the above mixture the men of rank in Persia would be extremely ugly and deformed, being descendants of the Tartars. The Persians, on the contrary, are polished and ingenious; their imagination is lively, quick, and fertile; [421][422] though fond of arts and sciences, they are yet ambitious of warlike honours; they are proud and very fond of praise; have much familiarity in their tempers; they are amorous and voluptuous,

luxuriant,

424 HISTOIRE NATURELLE

&, pour ainsi dire, infatigables. Les Arabes pour la plûpart vivent misérablement, ils n’ont ni pain ni vin, ils ne prennent pas la peine de cultiver la terre; au lieu de pain ils se nourrissent de quelques graines sauvages qu’ils détrempent & paîtrissent avec le lait de leur bétaila. Ils ont des troupeaux de chameaux, de moutons & de chèvres qu’ils mènent paître çà & là dans les lieux où ils trouvent de l’herbe, ils y plantent leurs tentes qui sont faites de poil de chèvre, & ils y demeurent avec leurs femmes & leurs enfans jusqu’à ce que l’herbe soit mangée, après quoi ils décampent pour aller en chercher ailleursb. Avec une manière de vivre aussi dure & une nourriture aussi simple les Arabes ne laissent pas d’être très-robustes & très-forts, ils sont même d’une assez grande taille & assez bien-faits, mais ils ont le visage & le corps brûlé de l’ardeur du soleil, car la plûpart vont tout nuds ou ne portent qu’une mauvaise chemisec. Ceux des côtes de l’Arabie-heureuse & de l’isle de Socotora sont plus petits, ils ont le teint couleur de cendre ou fort basané, & ils ressemblent pour la forme aux Abyssinsd. Les Arabes sont dans l’usage de se faire appliquer une couleur bleue foncée aux bras, aux lèvres & aux parties les plus apparentes du corps; ils mettent cette couleur par petits points & la font pénétrer dans la chair avec

a Voyez les voyages de Villamon. Lyon, 1620. page 603.
b V. les voyages de Thevenot. Paris, 1664. Tome I, page 330.
c V. les voyages de Villamon, page 604.
d Vide Philip. Pigafettæ Ind. Or. part. prim. Francofurti, 1598. p. 25. Voyez aussi la suite des voyages d’Olearius. Tome II, page 108.

une

NATURAL HISTORY. 245

luxuriant, and prodigal, and are alike unacquainted with economy and commerce.
     Though in general tolerably sober, they are immoderate devourers of fruit; and nothing is more common than to see one man eat twelve pounds of melons. Some will eat three or four times that quantity, and by over-indulging their appetite for fruit, numbers lose their lives.
     Fine women of every colour are common in Persia, as they are brought thither by merchants, selected on account of their beauty. The white women come from Poland, from Muscovy, from Circassia, from Georgia, and from the frontiers of Great Tartary, the tawny ones from the territories of the Great Mogul, the kingdom of Golconda and Visapore; and the black ones from the coast of the Red Sea.
     Among the inferior classes of women a strange superstition prevails. Such as are barren imagine that they have only to pass under the suspended body of a gibbeted criminal to become fruitful; the influence of a male corpse, and that even from a distance, will communicate to them fecundity. When this expedient fails, they go into the canals which flow from the public baths, when they know a number

of

DE L’HOMME425

une aiguille faite exprès, la marque en est ineffaçablea. Cette coûtume singulière se retrouve chez les Nègres qui ont eu commerce avec les Mahométans.
     Chez les Arabes qui demeurent dans les déserts sur les frontières de Tremecen & de Tunis, les filles pour paroître plus belles se font des chiffres de couleur bleue sur tout le corps avec la pointe d’une lancette & du vitriol, & les Africaines en font autant à leur exemple, mais non pas celles qui demeurent dans les villes, car elles conservent la même blancheur de visage avec laquelle elles sont venues au monde; quelques-unes seulement se peignent une petite fleur ou quelqu’autre chose aux joues, au front ou au menton avec de la fumée de noix de galle & du safran, ce qui rend la marque fort noire; elles se noircissent aussi les sourcils. Voyez l’Afrique de Marmol, p. 88. T. I. La Boulaye dit que les femmes des Arabes du désert ont les mains, les lèvres & le menton peints de bleu, que la plûpart ont des anneaux d’or ou d’argent au nez, de trois pouces de diamètre, qu’elles sont assez laides, parce qu’elles sont perpétuellement au soleil, mais qu’elles naissent blanches; que les jeunes filles sont très-agréables, qu’elles chantent sans cesse, & que leur chant n’est pas triste comme celui des Turques ou des Persannes, mais qu’il est bien plus étrange, parce qu’elles poussent leur haleine de toute leur force & qu’elles articulent extrêmement vîte. Voyez les voyages de la Boulaye le Gouz, page 318.

a Voyez les voyages de Pietro della Valle. Rouen, 1745. Tome II, page 269.

«Les

246 BUFFON’S

of men are bathing. [422][423] Should the latter supposed specific prove alike ineffectual as the former, their last resource is to swallow that part of the prepuce which is cut off in the operation of circumcision; and this they deem a sovereign remedy against sterility.
     The inhabitants of Persia, of Turkey, of Arabia, of Egypt, and of all Barbary, may be considered as one and the same people, who, in the time of Mahomet and his successors, invaded immense territories, extended their dominions, and became exceedingly intermixed with the original natives of all those countries. The Persians, the Turks, and the Moors, are to a certain degree civilized; but the Arabs, have for the most part remained in a state of lawless independence. They live like the Tartars, without law, without government, and almost without society: theft, robbery, and violence, are authorized by their chiefs; they glory in their vices, and pay no respect to virtue; and all human institutions they despise, excepting such as are founded upon fanaticism and superstition.
     They are inured to labour, and to which they habituate their horses, allowing them refreshment but once in twenty-four hours.

Their

426 HISTOIRE NATURELLE

     « Les princesses & les dames Arabes, dit un autre voyageur, qu’on m’a montrées par le coin d’une tente, m’ont paru fort belles & bien faites, on peut juger par celles-ci & par ce qu’on m’en a dit, que les autres ne le sont guère moins, elles sont fort blanches, parce qu’elles sont toûjours à couvert du soleil. Les femmes du commun sont extrêmement hâlées, outre la couleur brune & basanée qu’elles ont naturellement; je les ai trouvées fort laides dans toute leur figure, & je n’ai rien vû en elles que les agrémens ordinaires qui accompagnent une grande jeunesse. Ces femmes se piquent les lèvres avec des aiguilles & mettent par-dessus de la poudre à canon mêlée avec du fiel de bœuf qui pénètre la peau & les rend bleues & livides pour tout le reste de leur vie; elles font des petits points de la même façon aux coins de leur bouche, aux côtés du menton & sur les joues; elles noircissent le bord de leurs paupières d’une poudre noire composée avec de la tutie, & tirent une ligne de ce noir au dehors du coin de l’œil pour le faire paroître plus fendu, car en général la principale beauté des femmes de l’Orient est d’avoir de grands yeux noirs, bien ouverts & relevez à fleur de tête. Les Arabes expriment la beauté d’une femme en disant qu’elle a les yeux d’une gazelle: toutes leurs chansons amoureuses ne parlent que des yeux noirs & des yeux de gazelle, & c’est à cet animal qu’ils comparent toûjours leurs maîtresses; effectivement il n’y a rien de si joli que ces gazelles, on voit sur-tout en elles une certaine crainte innocente qui ressemble fort à la pudeur & à la timidité d’une jeune fille. Les dames

& les

NATURAL HISTORY. 247

Their horses are necessarily meagre, but are excellent coursers, and seem indefatigable. [423][424]
     In general the Arabs live miserably: they have neither bread nor wine,1 nor do they take the trouble to cultivate the earth. Instead of bread, they use wild grain, mixed and kneaded with the milk of their camels, sheep, and goats. These they conduct in flocks from place to place, till they find a spot of sufficient herbage for them. On this spot they erect their tents, and live with their wives and children till the herbage is consumed, when they decamp and proceed in search of more.
     However hard may be their mode of living, and simple their food, yet the Arabs are robust and stout; they are of a tolerable size and rather handsome. As the generality of them go naked, or with the slight covering of a wretched shirt, their skins are much scorched by the heat of the sun. Those of the coasts of Arabia-Felix,2 and of the island of Scolora, are more diminutive; their complexion is either ash-coloured or tawny; and in form they resemble the Abyssinians.
     The Arabs paint their arms, lips, and different parts of their body, of a deep blue, which they penetrate into the flesh by means of a kind

1 From a French perspective! [Meijer]
2 The province of Yemen, particularly fertile. Ptolemy was the one who distinguished between Arabia Felix, Arabia Petraea (i.e. stony), and Arabia Deserta. [Duchet 257n59]

of

DE L’HOMME427

& les nouvelles mariées noircissent leurs sourcils & les font joindre sur le milieu du front, elles se piquent aussi les bras & les mains, formant plusieurs sortes de figures d’animaux, de fleurs, &c. elles se peignent les ongles d’une couleur rougeâtre, & les hommes peignent aussi de la même couleur les crins & la queue de leurs chevaux; elles ont les oreilles percées en plusieurs endroits avec autant de petites boucles & d’anneaux; elles portent des brasselets aux bras & aux jambes ». Voyez le voyage fait par ordre du Roy dans la Palestine par M.D.L.R. page 260.
     Au reste tous les Arabes sont jaloux de leurs femmes, & quoiqu’ils les achettent ou qu’ils les enlèvent, ils les traitent avec douceur, & même avec quelque respect.
     Les Égyptiens qui sont si voisins des Arabes, qui ont la même religion, & qui sont comme eux soûmis à la domination des Turcs, ont cependant des coûtumes fort différentes de celles des Arabes; par exemple, dans toutes les villes & villages le long du Nil on trouve des filles destinées aux plaisirs des voyageurs, sans qu’ils soient obligez de les payer; c’est l’usage d’avoir des maisons d’hospitalité toûjours remplies de ces filles, & les gens riches se font en mourant un devoir de piété de fonder ces maisons & de les peupler de filles qu’ils font acheter dans cette vûe charitable: lorsqu’elles accouchent d’un garçon, elles sont obligées de l’élever jusqu’à l’âge de trois ou quatre ans, après quoi elles le portent au patron de la maison ou à ses héritiers qui sont obligez de recevoir l’enfant, & qui s’en servent dans la suite comme d’un esclave; mais les

petites

248 BUFFON’S

of needle contrived on purpose, and it can never be effaced. [424][425] This custom is also common among the negroes who traffic with the Mahometans. Some of the young girls among the Arabs1 paint various devices on their bodies, of a blue colour, which is done by vitriol on the point of a lancet, and this they consider as an embellishment to their beauty.
     La Boulaye2 says, that the Arabian women of the Desert paint their hands, lips, and chin, of a blue colour; that in their noses they mostly have gold or silver rings, of three inches in diameter; that though born fair, they yet lose all their complexion by being constantly exposed to the sun; that the young girls are very agreeable, and immoderately fond of singing; that their songs are not melancholy and plaintive like those of the Turks and Persians, but more strange, they raise their voices as much as possible, and articulate with prodigious velocity. [425][426]
     “The Arabian princesses and ladies,” says another traveller, “are very beautiful, and being always sheltered from the sun, are very fair. The women of the inferior classes are not only naturally tawny, but are rendered much more so by the sun, and are of a disagreeable

1 The Arabs of Tremecen or Tlemcen and Tunis. On the maps of the times, the desert region south of Tlemcen was called the “Desert of Angad.” [Duchet 257n60]
2 François de La Boullaye Le Gouz, Les voyages et observations du sieur de la Boullaye Le Gouz ... où sont décrites les religions, gouvernemens, et situations des estats et royaumes d’Italie, Grèce, Natolie, Syrie, Palestine, Karaminie, Kaldée, Assyrie, Grand Mogul, Bijapour, Indes orientales des Portugais, Arabie, Egypte, Hollande, Grande-Bretagne, Irlande, Dannemark, Pologne, isles et autres lieux d’Europe, Asie, et Afrique... (Paris: G. Clousier, 1653). [Duchet 257n61 or 259n62]

figure.

428 HISTOIRE NATURELLE

petites filles restent toûjours avec leur mère, & servent ensuite à les remplacera. Les Égyptiennes sont fort brunes, elles ont les yeux vifsb; leur taille est au-dessous de la médiocre, la manière dont elles sont vêtues n’est point du tout agréable, & leur conversation est fort ennuyeusec; au reste elles font beaucoup d’enfans, & quelques voyageurs prétendent que la fécondité occasionnée par l’inondation du Nil, ne se borne pas à la terre seule, mais qu’elle s’étend aux hommes & aux animaux; ils disent qu’on voit par une expérience qui ne s’est jamais démentie, que les eaux nouvelles rendent les femmes fécondes, soit qu’elles en boivent, soit qu’elles se contentent de s’y baigner; que c’est dans les premiers mois qui suivent l’inondation, c’est-à-dire, au mois de juillet & d’août, qu’elles conçoivent ordinairement, & que les enfans viennent au monde dans les mois d’avril & de mai; qu’à l’égard des animaux les vaches portent presque toûjours deux veaux à la fois, les brebis deux agneaux, &c.d On ne sait pas trop comment concilier ce que nous venons de dire de ces bénignes influences du Nil, avec les maladies fâcheuses qu’il produit; car M. Granger dit que l’air de l’Égypte est mal-sain, que les maladies des yeux y sont très-fréquentes, & si difficiles à guérir que presque tous ceux qui en sont attaquez perdent la vûe; qu’il y a plus d’aveugles en Égypte

a Voyez les voyages de Paul Lucas. Paris, 1704, page 363, &c.
b Voyez les voyages de Gemelli Careri. Tome I, page 190.
c Voyez les voyages du P. Vansleb, Paris, 1677, page 43.
d Voyez les voyages du sieur Lucas. Rouen, 1719, page 83.

qu’en

NATURAL HISTORY. 249

figure. They prick their lips with needles, and cover them with gunpowder, mixed with ox-gall, by which the lips are rendered blue and livid ever after. In like manner they prick the cheeks, and each side of the mouth and chin. They draw a line of black along the eye-lids, as also on the outward corner of each eye, that it may appear more expanded, for large and prominent eyes are considered the principal beauty of the Eastern women. To express the beauty of women, the Arabs say, “She has the eyes of the antelope.” To this animal they always compare their mistresses; and black eyes, or the eyes of the antelope, never fail to be the burden of their love songs. Than the antelope nothing can be more beautiful; and it particularly discovers a certain innocent fear, which bears a strong resemblance to the natural modesty and timidity of a young woman. [426][427] The ladies, and women newly married, blacken the eye-brows, and make them unite on the middle of their forehead; they also prick their arms and hands, and form upon them figures of animals, flowers, &c. They also paint their nails of a reddish colour. The men paint the tails of their horses with this colour.

The

DE L’HOMME429

qu’en aucun autre pays, & que dans le temps de la crûe du Nil la plûpart des habitans sont attaquez de dissenteries opiniâtres, causées par les eaux de ce fleuve, qui dans ce temps-là sont fort chargées de selsa.
      Quoique les femmes soient communément assez petites en Égypte, les hommes sont ordinairement de haute tailleb. Les uns & les autres sont, généralement parlant, de couleur olivâtre, & plus on s’éloigne du Caire en remontant, plus les habitans sont basanez, jusque-là que ceux qui sont aux confins de la Nubie, sont presque aussi noirs que les Nubiens mêmes. Les défauts les plus naturels aux Égyptiens sont l’oisiveté & la poltronnerie, ils ne font presque autre chose tout le jour que boire du caffé, fumer, dormir ou demeurer oisifs en une place, ou causer dans les rues; ils sont fort ignorans, & cependant pleins d’une vanité ridicule. Les Coptes eux-mêmes ne sont pas exempts de ces vices, & quoiqu’ils ne puissent pas nier qu’ils n’aient perdu leur noblesse, les sciences, l’exercice des armes, leur propre histoire & leur langue même, & que d’une nation illustre & vaillante ils ne soient devenus un peuple vil & esclave, leur orgueil va néanmoins jusqu’à mépriser les autres nations, & à s’offenser lorsqu’on leur propose de faire voyager leurs enfans en Europe pour y être élevez dans les sciences & dans les artsc.

a Voyez le voyage de M. Granger. Paris, 1745, page 21.
b Voyez les voyages de Pietro della Valle. Tome I, page 401.
c Voyez les voyages du sieur Lucas. Tome III, page 194. & la relation d’un voyage fait en Égypte par le P. Vansleb, page 42.

Les

250 BUFFON’S

The women wear rings in their ears, and bracelets upon their arms and legs.”
     To this account it may be added, that the Arabs are all jealous of their wives, and that, whether they obtain them by purchase or carry them away by force, they treat them with mildness and even with respect.
     The Egyptians, though they live so near the Arabians, have the same religion, and are governed by the same laws, yet they are very different in their manners and customs. In all the towns and villages along the Nile, for example, we meet with girls set apart for the embraces of travellers, without any obligation to pay for such indulgence. For this purpose they have houses always full of these girls; and when a rich man finds himself dying, as an act of pious charity he disburses a sum of money to provide damsels and an edifice of this kind. When any of these girls have a male child, the mother is obliged to rear him till the age of three or four, after which she carries him to the patron of the house, or his heir, who employs him as one of his slaves. [427][428] The girls, however, remain with the mother, and when of a proper age they supply her place.
     The Egyptian women are very brown, their

eyes

430 HISTOIRE NATURELLE

      Les Nations nombreuses qui habitent les côtes de la méditerranée depuis l’Égypte jusqu’à l’océan, & toute la profondeur des terres de Barbarie jusqu’au mont Atlas & au delà, sont des peuples de différente origine, les naturels du pays, les Arabes, les Vandales, les Espagnols, & plus anciennement les Romains & les Égyptiens, ont peuplé cette contrée d’hommes assez différens entr’eux, par exemple, les habitans des montagnes d’Auress ont un air & une physionomie différente de celle de leurs voisins, leur teint loin d’être basané, est au contraire blanc & vermeil, & leurs cheveux sont d’un jaune foncé au lieu que les cheveux de tous les autres sont noirs; ce qui, selon M. Shaw, peut faire croire que ces hommes blonds descendent des Vandales, qui après avoir été chassez trouvèrent moyen de se rétablir dans quelques endroits de ces montagnesa. Les femmes du royaume de Tripoli ne ressemblent point aux Égyptiennes dont elles sont voisines, elles sont grandes, & elles font même consister la beauté à avoir la taille excessivement longue; elles se font, comme les femmes Arabes, des piqûres sur le visage, principalement aux joues & au menton; elles estiment beaucoup les cheveux roux, comme en Turquie, & elles font même peindre en vermillon les cheveux de leurs enfansb.
     En général les femmes Maures affectent toutes de porter les cheveux longs jusque sur les talons, celles qui

a Voyez les voyages de M. Shaw. La Haye, 1743, Tome I, p. 168.
b Voyez l’état des royaumes de Barbarie. La Haye, 1704.

n’ont

NATURAL HISTORY. 251

eyes are lively, their stature rather low, their mode of dress by no means agreeable, and their conversation very tiresome. They are remarkable for bearing a number of children; and some travellers pretend, that the fertility occasioned by the inundation of the Nile is not confined to the earth, but to the human and animal creation. They add, that by drinking of the Nile, or by bathing in it, the first two months after its overflow, which are those of July and August, the women generally conceive; that in April and May they are as generally delivered, and that cows almost always bring forth two calves, a ewe two lambs, &c.
     To reconcile this benign influence of the Nile with the troublesome disorders occasioned by it would be difficult. Granger* says, that in Egypt the air is unwholesome; that the eyes are peculiarly subject to diseases so inveterate, that many lose their sight; that in this country there are more blind people than in any other; [428][429] and that during the increase of the Nile the generality of the inhabitants are afflicted with obstinate dysenteries, occasioned by the water being then strongly impregnated with saline particles.
     Though the women of Egypt are commonly small, yet the men are of a good height.

* Paris, 1745. [Duchet 259n62]

Both,

DE L’HOMME431

n’ont pas beaucoup de cheveux ou qui ne les ont pas si longs que les autres, en portent de postiches, & toutes les tressent avec des rubans; elles se teignent le poil des paupières avec de la poudre de mine de plomb, elles trouvent que la couleur sombre que cela donne aux yeux est une beauté singulière. Cette coûtume est fort ancienne & assez générale, puisque les femmes Grecques & Romaines se brunissoient les yeux comme les femmes de l’Orient. Voyage de M. Shaw, Tome I, page 382.
     La plûpart des femmes Maures passeroient pour belles, même en ce pays-ci, leurs enfans ont le plus beau teint du monde & le corps fort blanc, il est vrai que les garçons qui sont exposez au soleil brunissent bien-tôt, mais les filles qui se tiennent à la maison, conservent leur beauté jusqu’à l’âge de trente ans qu’elles cessent communément d’avoir des enfans, en récompense elles en ont souvent à onze ans, & se trouvent quelquefois grand’mères à vingt-deux, & comme elles vivent aussi long-temps que les femmes Européennes, elles voient ordinairement plusieurs générations. Idem, Tome I, page 395.
     On peut remarquer en lisant la description de ces différens peuples dans Marmol, que les habitans des montagnes de la Barbarie sont blancs, au lieu que les habitans des côtes de la mer & des plaines sont basanez & très-bruns. Il dit expressément que les habitans de Capez, ville du royaume de Tunis sur la méditerranée, sont de pauvres gens fort noirs*, que ceux qui habitent le long

* Voyez l’Afrique de Marmol. Tome II, page 536.

de

252 BUFFON’S

Both, generally speaking, are of an olive colour, and the more we remove from Cairo the more tawny we find the natives, till we come to the confines of Nubia, where they are nearly as black as the Nubians themselves.
     The greatest defects of the Egyptians are, idleness and cowardice. They do nothing the whole day but drink coffee, smoke tobacco, sleep, or chatter in the streets. They are extremely ignorant, yet are full of the most ridiculous vanity. Though they cannot deny they have lost that nobleness they once possessed, their skill in sciences and in arms, their history, and even their language; and that from an illustrious nation they have degenerated into a people dastardly and enslaved, they yet scruple not to despise all other nations, and to take offence at advising them to send their children to Europe, to acquire a knowledge of the arts and sciences. [429][430]
     Of a distinct origin are the numerous natives that inhabit the coasts of the Mediterranean, between Egypt and the western ocean, as well as the extensive territories from Barbary to Mount Atlas. The Arabs, Vandals, Spaniards, and, more anciently, the Romans and the Egyptians, peopled these regions with

men

432 HISTOIRE NATURELLE

de la rivière de Dara dans la province d’Escure au royaume de Maroc, sont fort basaneza; qu’au contraire les habitans de Zarhou & des montagnes de Fez du côté du mont Atlas, sont fort blancs, & il ajoûte que ces derniers sont si peu sensibles au froid, qu’au milieu des neiges & des glaces de ces montagnes ils s’habillent très-légèrement & vont tête nue toute l’annéeb; & à l’égard des habitans de la Numidie, il dit qu’ils sont plûtôt basanez que noirs, que les femmes y sont même assez blanches & ont beaucoup d’embonpoint, quoique les hommes soient maigresc, mais que les habitans du Guaden dans le fond de la Numidie sur les frontières du Sénégal, sont plûtôt noirs que basanezd, au lieu que dans la province de Dara les femmes sont belles, fraîches, & que par-tout il y a une grande quantité d’esclaves Nègres de l’un & de l’autre sèxee.
     Tous les peuples qui habitent entre le 20me & le 30me ou le 35me degré de latitude nord dans l’ancien continent depuis l’empire du Mogol jusqu’en Barbarie, & même depuis le Gange jusqu’aux côtes occidentales du royaume de Maroc, ne sont donc pas fort différens les uns des autres, si l’on excepte les variétés particulières occasionnées par le mélange d’autres peuples plus septentrionaux qui ont conquis ou peuplé quelques-unes de ces vastes

a Voyez l’Afrique de Marmol. Tome II, page 125.
b Idem, Tome II, page 198 & 305.
c Idem, Tome III, page 6.
d Idem, Tome III, page 7.
e Idem, Tome III, page. 11.

contrées.

NATURAL HISTORY. 253

men very different from each other. The inhabitants of the mountains of Arras,1 for example, have an aspect and complexion very different from those of their neighbours; their skin, far from being tawny, is fair and ruddy; and their hair is of a deep yellow, while that of the adjacent nations is black; circumstances which have led Dr. Shaw2 to suppose them the descendants of the Vandals, who, on their expulsion, might have settled in some parts of these mountains.
     The women of the kingdom of Tripoli, though so near to those of Egypt, have yet no resemblance to them. The former are tall; and they even consider length of stature as an essential article of beauty. Like the Arabian women they mark their cheeks and chin; and as in Turkey they so highly esteem red hair, they even paint that of their children with vermillion.
     In general the Moorish women affect to wear their hair down to their heels, [430][431] and those whose hair is less in length, use false locks; and they all adorn their tresses with ribbons. The hair of the eye-lids they tinge with the dust of black lead; and the dark colour which this gives to the eyes they esteem a singular beauty. In

1 The Kabyles, who are of the Berber race. [Duchet 260n63]
2 Thomas Shaw, Voyages ... dans plusieurs provinces de la Barbarie et du Levant, translated in 1743 from the English. [Duchet 260n64]

this

DE L’HOMME433

contrées. Cette étendue de terre sous les mêmes parallèles, est d’environ deux mille lieues; les hommes en général y sont bruns & basanez, mais ils sont en même temps assez beaux & assez bien faits. Si nous examinons maintenant ceux qui habitent sous un climat plus tempéré, nous trouverons que les habitans des provinces septentrionales du Mogol & de la Perse, les Arméniens, les Turcs, les Géorgiens, les Mingréliens, les Circassiens, les Grecs & tous les peuples de l’Europe, sont les hommes les plus beaux, les plus blancs & les mieux faits de toute la terre, & que quoiqu’il y ait fort loin de Cachemire en Espagne, ou de la Circassie à la France, il ne laisse pas d’y avoir une singulière ressemblance entre ces peuples si éloignez les uns des autres, mais situez à peu près à une égale distance de l’équateur. Les Cachemiriens, dit Bernier, sont renommez pour la beauté, ils sont aussi bien faits que les Européens & ne tiennent en rien du visage Tartare, ils n’ont point ce nez écaché & ces petits yeux de cochon qu’on trouve chez leurs voisins; les femmes sur-tout sont très-belles, aussi la plûpart des étrangers nouveaux venus à la cour du Mogol, se fournissent de femmes Cachemiriennes, afin d’avoir des enfans qui soient plus blancs que les Indiens, & qui puissent aussi passer pour vrais Mogols*. Le sang de Géorgie est encore plus beau que celui de Cachemire, on ne trouve pas un laid visage dans ce pays, & la Nature a répandu sur la

* Voyez les voyages de Bernier. Amsterdam, 1710, Tome II, page 281.

plûpart

254 BUFFON’S

this circumstance, indeed they differ not from the women of ancient Greece and Rome.
     Most part of the Moorish women would pass for handsome even in Europe. The skin of their children is exceedingly fair and delicate; and though the boys, by being exposed to the sun, soon grow swarthy, yet the girls, who are kept more at home, retain their beauty till the age of 30, when they commonly cease to have children. At this premature sterility they have less cause to repine; as they are often mothers at the age of 11, and grandmothers at that of 22; and living as long as European women, they commonly see several generations.’
     In reading Marmol’s1 description of these different nations, it is evident that the inhabitants of the mountains of Barbary are fair, and those of the sea-coasts and plains are very brown and tawny. He says expressly, that the inhabitants of Capex,2 a city of Tunis, are poor people exceedingly black; that those who dwell on the river Dara,3 [431][432] in the kingdom of Morocco, are very tawny; and that the inhabitants of Zarhou,4 and of the mountains of Fez, on the side of Mount Atlas, are white. He adds, that the latter are so little affected by

1 Luys de Marmol Carvajal, Tierra de los Negros (1599), the second part of his Description general de Africa (1573) translated into French, L'Afrique de Marmol (1667). [Duchet 257nF]
2 Capex Capez. [Meijer]
Gabès. [Duchet 261n66]
3 Wadi Dara. [Duchet 261n67]
4 Azrou. [Duchet 261n68]

cold,

434 HISTOIRE NATURELLE

plûpart des femmes, des graces qu’on ne voit pas ailleurs, elles sont grandes, bien faites, extrêmement déliées à la ceinture, elles ont le visage charmanta. Les hommes sont aussi fort beauxb, ils ont naturellement de l’esprit & ils seroient capables des sciences & des arts, mais leur mauvaise éducation les rend très-ignorans & très-vicieux, & il n’y a peut-être aucun pays dans le monde où le libertinage & l’ivrognerie soient à un si haut point qu’en Géorgie. Chardin dit que les gens d’église, comme les autres, s’enivrent très-souvent & tiennent chez eux de belles esclaves dont ils font des concubines; que personne n’en est scandalisé, parce que la coûtume en est générale & même autorisée, & il ajoûte que le Préfet des Capucins lui a assuré avoir ouï dire au Catholicos (on appelle ainsi le Patriarche de Géorgie) que celui qui aux grandes fêtes, comme Pâques & Nœl, ne s’enivre pas entiérement, ne passe pas pour Chrétien & doit être excommuniéc. Avec tous ces vices les Géorgiens ne laissent pas d’être civils, humains, graves & modérez, ils ne se mettent que très-rarement en colère, quoiqu’ils soient ennemis irréconciliables lorsqu’ils ont conçu de la haine contre quelqu’un.
     Les femmes, dit Struys, sont aussi fort belles & fort

a Voyez les voyages de Chardin, première partie. Londres, 1686, page 204.
b Voyez il genio vagante del conte Aurelio degli Anzl. In Parma, 1691, Tome I, page 170.
c Voyez les voyages de Chardin, page 205.

blanches

NATURAL HISTORY. 255

cold, that even in frost and snow their dress is very slight; and through the whole year they go with the head uncovered. The Numidians, he says, are rather tawny than black; the women are tolerably fair, and even lusty, though the men are meagre; but that the inhabitants of Guaden, at the extremity of Numidia, and on the frontiers of Senegal, are rather black than tawny; that, on the other hand, in the province of Dara, the women are beautiful and fresh-coloured; and that throughout the whole regions negro-slaves of both sexes are numerous.
     The difference then is not great among the nations that dwell between the 20th, 30th, or 35th degree north latitude, in the old continent; that is, from the Mogul empire to Barbary, and even from the Ganges to the western coasts of Morocco, if we except the varieties occasioned by the mixture with more northern nations, by which some of these vast countries have been conquered and peopled. [432][433] In this territory, the extent of which is not less than 2000 leagues, the inhabitants are in general brown and tawny, yet well made, and tolerably handsome.

If

DE L’HOMME435

blanches en Circassie, & elles ont le plus beau teint & les plus belles couleurs du monde, leur front est grand & uni, & sans le secours de l’art elles ont si peu de sourcils qu’on diroit que ce n’est qu’un filet de soie recourbé; elles ont les yeux grands, doux & pleins de feu, le nez bien fait, les lèvres vermeilles, la bouche riante & petite, & le menton comme il doit être pour achever un parfait ovale; elles ont le col & la gorge parfaitement bien faits, la peau blanche comme neige, la taille grande & aisée, les cheveux du plus beau noir; elles portent un petit bonnet d’étoffe noire, sur lequel est attaché un bourlet de même couleur; mais ce qu’il y a de ridicule, c’est que les veuves portent à la place de ce bourlet une vessie de bœuf ou de vache des plus enflées, ce qui les défigure merveilleusement. L’été les femmes du peuple ne portent qu’une simple chemise qui est ordinairement bleue, jaune ou rouge, & cette chemise est ouverte jusqu’à mi-corps; elles ont le sein parfaitement bien fait, elles sont assez libres avec les étrangers, mais cependant fidèles à leurs maris qui n’en sont point jaloux. Voyez les voyages de Struys, page 75, Tome II.
     Tavernier dit aussi que les femmes de la Comanie & de la Circassie sont, comme celles de Géorgie, très-belles & très-bien faites, qu’elles paroissent toûjours fraîches jusqu’à l’âge de quarante-cinq ou cinquante ans; qu’elles sont toutes fort laborieuses, & qu’elles s’occupent souvent des travaux les plus pénibles; ces peuples ont conservé la plus grande liberté dans le mariage, car s’il arrive que

le

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